Ce mardi 31 mars, j'ai pu rentrer dans la salle du tribunal Khamovnitchesky de Moscou avec une cinquantaine de confrères, parmi lesquels des caméramen autorisés à filmer l'intégralité des débats. La salle est trop petite, les journalistes sont restés debout. Les accusés comparaissent dans un box vitré, "l'aquarium" comme dit Khodorkovski. Le temps de ce deuxième procès, Khodorkovski incarcéré jusque là en Sibérie et Platon Lebedev emprisonné dans le grand nord peuvent au moins se retrouver. Dans la salle, soutiens indéfectibles, les parents de "Micha".
Au moment de décliner son identité, Platon Lebedev a refusé de dire qu'il avait été condamné en 2005: "j'ai été jugé par un verdict criminel".
Mikhaïl Borissovitch Khodorkovski (alias "MBK") a pu s'exprimer à plusieurs reprises, d'une voix de jeune homme timide. "Il est important que Vladimir Vladimirovitch Poutine soit convoqué comme témoin car je lui ai remis personnellement sur la destination des revenus" de Ioukos. Il a aussi demandé le témoignage d'Igor Setchine, premier vice-premier ministre qui supervise l'énergie et président de Rosneft, le groupe pétrolier public qui a récupéré les actifs de Ioukos mis en faillite. Setchine est considéré par Khodorkovski et son entourage comme le maître d'oeuvre des poursuites intentées contre lui.
Pour les avocats de Khodorkovski, les 14 tomes de l'acte de l'accusation de ce deuxième procès sont un monument kafkaïen d'absurdité. Ioukos est accusé d'avoir détourné pour 20 milliards de dollars de pétrole. L'équivalent de six ans de production. "Ce procès n'a aucun sens du point de vue légal. Le gouvernement a déjà acquis la propriété de Ioukos".
Un point de vue que partagent nombre d'observateurs, y compris Alexandre Chokhine, patron des patrons russes qui a l'oreille du président Medvedev. Ce dernier s'est exprimé publiquement sur ce sujet archi-sensible en haut lieu début mars, quelques jours après les audiences préliminaires, à huis clos.
La voix de Khodorkovski s'est légèrement voilée lorsqu'il a dit, appelant à ajourner ce deuxième procès absurde où il risque 22 ans de prison, "moi personnellement, j'en ai assez de tout ça". "Dans les années 70, les dissidents disaient: pouvoir, observe tes lois. Nous aussi nous n'avons besoin que de cela pour nous protéger".
Dans la salle, face à "Micha", une vieille dame aux cheveux blancs. Lioudmila Alexeïeva (ci-contre), 81 ans, incarnation des dissidents soviétiques, exilée 13 ans aux Etats-Unis avant de rentrer en 1990. Depuis, elle dénonce sans relâche les atteintes aux droits de l'homme de toutes sortes en Russie et reste un indéfectible soutien à Khodorkovski, "prisonnier politique".
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