November 2008 Archives

Sarko le Russe

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Le grand reporter Vincent Jauvert analyse aujourd'hui dans Le Nouvel Observateur le fort changement apparent de l'attitude du président français Nicolas Sarkozy envers le Kremlin. Avant son élection, le candidat à la Présidence n'avait pas de mots assez durs envers Poutine et rêvait de faire plier Moscou. Une fois au pouvoir, l'approche sarkozyenne de la Russie semble changer radicalement. En effet, Nicolas Sarkozy apparaît désormais comme un partenaire très accommodant. Une Realpolitik au service des intérêts commerciaux de quelques grandes entreprises françaises?

L'hôte de l'Elysée cherche à établir des rapports personnels avec les chefs du Kremlin dont il a pourtant dit pis que pendre quelques semaines auparavant. «Tout de suite, dit un officiel russe, l'équipe de Sarkozy nous fait comprendre qu'elle veut maintenir la même coopération que sous Chirac.» C'est d'autant plus simple que le nouveau président n'a pas confié de postes clés aux partisans d'une attitude musclée envers la Russie, tel Pierre Lellouche, qui voit dans sa mise à l'écart le résultat d'une opération d'intox de Moscou. Au contraire. Les nouveaux responsables de la politique étrangère française connaissent de longue date leurs homologues russes et les apprécient. Quand Kouchner représentait l'ONU au Kosovo, Sergueï Lavrov, son alter ego à Moscou, était ambassadeur aux Nations unies. Les deux hommes se tutoient depuis des années. De même, Levitte, dont le père était russe, retrouve son ami Sergueï Prikhodko, le sherpa de Poutine (et désormais de Medvedev). Où ? A la place exacte où il l'avait quitté en 2000, quand lui-même était déjà à l'Elysée, conseiller diplomatique de... Chirac. «Diplomator» était aussi le collègue de Lavrov à l'ONU, au moment où la France et la Russie faisaient bloc contre l'Amérique et sa guerre en Irak. Tout cela crée des liens, des liens particulièrement forts. Ce n'est pas tout. Matignon est désormais dirigé par des partisans de rapports très étroits avec Moscou. Au premier rang desquels François Fillon, lui-même (en avril dernier, il sera le premier responsable occidental à justifier publiquement le refus des candidatures=2 0de la Géorgie et de l'Ukraine à l'Otan par la nécessité de ménager Moscou) . Deux des plus proches conseillers du Premier ministre, Jean de Boishue et Igor Mitrofanoff, parlent admirablement la langue de Pouchkine et se rendent régulièrement, depuis longtemps, à Moscou. De Boishue y était déjà avec Pompidou...
Bref, tout est en place pour une relation franco-russe «intense», comme on dit au Quai-d'Orsay. D'ailleurs très vite après son arrivée aux Affaires étrangères, Kouchner fait savoir à Lavrov que la France veut être «l'interlocuteur privilégié de la Russie en Europe». L'annonce n'est pas publique mais elle est officielle. Elle revient à vouloir damer le pion à l'Allemagne. Rien de moins. Au sommet du G8, début juin 2007, en Allemagne justement, Sarkozy rencontre pour la première fois Poutine. L'homme l'impressionne. «Un vrai dur», dit-il. Même âge, même taille (ou presque), même démarche, même langage cru, ces deux-là semblent faits pour s'entendre. Nicolas essaie de charmer Vladimir. Entre deux séances de travail, il téléphone à Cécilia qui n'est pas de la fête. Il dit à Poutine : «J'ai parié avec elle que tu lui parlerais». Et il lui passe son portable. Si bien que la femme du président de la République échange quelques mots en anglais avec le maître du Kremlin, tout sourire. Politesse pour politesse, Poutine appelle quelques jours plus tard Sarkozy afin de lui annoncer une bonne nouvelle : parmi les grands groupes internationaux en compétition, il a choisi Total pour exploiter avec Gazprom le gigantesque champ gazier de Chtockman, en Sibérie. Un beau cadeau pour sceller leur amitié naissante.
Quelques mois plus tard, en octobre 2007, Poutine reçoit Sarkozy dans sa datcha. Les deux hommes font le tour des affaires en cours : le Liban, où le Russe accepte de pousser le Hezbollah et la Syrie à soutenir le candidat de la France à la présidence; le Tchad où il se dit prêt à envoyer des hélicoptères pour aider la force européenne. Après le dîner, le chef de l'Etat français briefe quelques journalistes à l'hôtel National, à deux pas de la place Rouge. Il est dithyrambique. «Vladimir est très intelligent, très au courant des affaires du monde. Et il n'est pas fermé.» Bref, il ne «correspond pas au portrait un peu binaire, un peu réduit, fait dans la presse.» En réalité, la rencontre ne s'est pas si bien passée que cela. Poutine refuse catégoriquement d'augmenter les pressions sur l'Iran. Il ne marche plus aux claques dans le dos, il s'est raidi. La méthode du KGB, dit-on à Sarkozy. Ce dernier est déçu, décontenancé. Mais il continue de poursuivre le chef du Kremlin de ses assiduités.
En décembre 2007, le parti de Poutine remporte haut la main20les élections législatives. Et pour cause : elles sont truquées. Angela Merkel et Gordon Brown mettent en doute leur caractère démocratique. Pas Sarkozy qui se débrouille pour être le premier chef d'Etat à féliciter le chef de Kremlin. La nouvelle fait des vagues. Le philosophe André Glucksmann appelle l'Elysée. Il aimerait que le président en sache plus sur la réalité du pouvoir «néo-soviétique» à Moscou. Il lui propose d'écouter un grand spécialiste de la chose. Sarkozy doit bien ça à Glucksmann qui l'a soutenu pendant la campagne. Début janvier 2008, le chef de l'Etat reçoit donc, en secret, un anti-Poutine virulent, Vladimir Boukovski, l'un des dissidents les plus célèbres de l'ex-URSS, qui a passé des années en hôpital psychiatrique.Pour la première fois, celui-ci raconte son audience à l'Elysée : «André Glucksmann voulait que j'explique à Sarkozy qui étaient vraiment les créatures au pouvoir au Kremlin, ces anciens du KGB que je connais malheureusement si bien. Pendant une heure, je lui ai dit qu'il était dangereux de faire copain-copain avec ces gens-là, qu'il n'y gagnerait rien si ce n'est un certain mépris, et qu'il risquait de se faire avoir. Il semblait d'accord.» Mais Boukovski ajoute, déçu : «La visite, très courtoise, n'a servi à rien. Sarkozy a continué ses relations ambiguës avec Poutine puis Medvedev.">blockquote>De fait au printemps 2008, il est le premier à féliciter - encore ! - le nouveau président russe, Medvedev, de sa très large (mais fort peu démocratique) élection. Puis il envoie Kouchner le jauger. Medvedev sera-t-il plus facile à manoeuvrer que Poutine ? Il est tout miel avec le ministre français. Remerciement pour le «non» de la France à la candidature de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'Otan et... proposition d'une entente commerciale pour vendre ensemble du nucléaire civil à l'étranger ! Réponse de Kouchner, toujours la même : la France entend être l'interlocuteur privilégié de la Russie. Il promet de convaincre les autres Européens de signer un partenariat «stratégique» avec Moscou. «A mon retour, j'ai dit à Sarkozy que Medvedev n'était pas une marionnette, raconte le french doctor. Il est jeune, timide et très surveillé, mais aussi très intelligent et ambitieux. J'ai expliqué au président qu'il y avait une carte à jouer avec lui.» C'est dire si la crise géorgienne tombe mal. Elle risque de tout ficher par terre. A moins que... Sarkozy échafaude un plan : tirer profit du conflit en nouant avec le nouveau président russe, qui joue là sa carrière internationale, une relation unique. Le 2 septembre, au cours d'un déjeuner à l'Elysée, le président français décrit sa nouvelle stratégie à un groupe de spécialistes, réunis par l'incontournable André Glucksmann, notamment son fils Raphaël, la journaliste Laure Mandeville, la politologue Marie Mendras (1) et Hélène Carrère d'Encausse. «Il nous a dit qu'il pensait que Medvedev était réellement plus libéral que Poutine et qu'il fallait l'aider à renforcer sa position, dit l'une des personnes présentes à cette rencontre confidentielle. Il se voit jouer auprès de lui le même rôle que Thatcher avec Gorbatchev.» Vaste programme. Le président français déploie cette stratégie «thatchérienne» une semaine plus tard, le 9 septembre, dans une datcha moscovite. Là, les deux hommes négocient l'application du plan en six points sur la fin des hostilités en Géorgie. Les Russes bloquent sur une phrase clé. Sarkozy menace de partir. Il lance à Medvedev : «Dimitri, t'as 42 ans, t'es un jeune dirigeant et t'as une bonne image. C'est une chance incroyable. Ne la gâche pas.» Puis il menace : «Si tu refuses, je ne pourrai pas empêcher les Européens de prendre des sanctions contre toi. Tu veux vivre comme un proscrit ?» D'après Kouchner, c'est comme cela, à la tchatche, que Sarkozy aurait arraché la signature du président russe, apparemment plus apprenti autocrate effrayé que Gorbatchev en herbe.Thatcher ou pas, un pacte implicite est scellé. Depuis, Nicolas et Dimitri font assaut d'amabilités. D'abord, selon une source sûre, Sarkozy renonce à vendre à la Géorgie le matériel de guerre que Tbilissi voulait acheter avant le conflit, et en particulier, une corvette de surveillance maritime. Tandis qu'il accepte, concession symbolique forte, que le croiseur «Pierre le Grand», le plus grand navire de la flotte russe, fasse escale à Toulon. Et cela, quelques semaines seulement après l'invasion de la Géorgie ! Il faut dire que selon la lettre confidentielle «Russia Intelligence», Moscou pourrait bientôt acheter des bateaux de guerre français; et que le président d'Alstom, Patrick Kron, un proche de Sarkozy, vient de signer un accord faramineux avec le patron des chemins de fer russes, un intime de Poutine. Avec, à la clef, un marché potentiel de 85 milliards d'euros. Sornettes ?

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Natalie Nougayrède et Thomas Ferenczi analysent aujourd'hui dans le quotidien Le Monde le conflit persistant derrière l'annonce de l'UE de reprendre des pourparlers avec Moscou sur un nouvel accord de partenariat. En effet, depuis le conflit dans le Caucase cet été, le clivage s'est accentué entre d'un côté des pays, dont ceux de l'Est européen et de l'autre, les partisans de la conciliation avec Moscou (France, Allemagne et Italie en tête). Les auteurs de l'article soulignent que c'est surtout la France, qui a fortement poussé depuis des semaines pour renouer le fil du dialogue avec Moscou, allant jusqu'à menacer de passer en force en invoquant un point de procédure qui ne rendait pas nécessaire l'unanimité des Vingt-Sept.

L'annonce de l'UE, faite à l'issue d'une réunion des ministres européens des affaires étrangères, lundi 10 novembre à Bruxelles, intervient à quelques jours du sommet UE-Russie de Nice prévu vendredi, suivi samedi par une réunion du G20 à Washington sur la crise financière mondiale.L'activisme déployé par Paris pour renouer le fil du dialogue avec Moscou a vivement heurté ces derniers temps les dirigeants de certains pays d'Europe centrale et orientale, qui estiment que la France va un peu vite en besogne - surtout au moment où la Russie a repris un certain discours offensif, parlant de déployer des missiles dans l'enclave russe de Kaliningrad.Selon un haut responsable européen, depuis le conflit dans le Caucase cet été, le clivage s'est accentué entre d'un côté des pays de l'Est européen - dont les craintes sécuritaires ont été mises à vif - et de l'autre, les partisans de la conciliation avec Moscou (France, Allemagne et Italie en tête). En plus de l'attitude du Kremlin, c'est la crise financière internationale, fortement ressentie notamment dans les Etats baltes, qui "alimente un sentiment de vulnérabilité de ces pays de la périphérie de l'Europe", dit cette source.
Mais ceux qui estiment, en Europe centrale et orientale, qu'il ne faut pas baisser la garde face à la Russie, qui à leurs yeux ne s'est pas conformée à ses obligations relatives aux textes de cessez-le-feu, sont aussi rejoints par la Suède et le Royaume-Uni. C'est la raison pour laquelle, lundi, les éléments d'un texte préparé conjointement par Londres et Stockholm ont été repris dans la déclaration de la présidence de l'UE. Il s'agit d'éviter de donner à Moscou l'impression que l'Union "tourne" définitivement "la page" de la guerre dans le Caucase. La déclaration souligne en effet que les négociations avec la Russie "ne légitiment en rien le statu quo en Géorgie, ou les comportements russes contraires à nos valeurs et principes".Les Européens disent attendre de la Russie "un comportement responsable, fidèle à l'ensemble de ses engagements" et promettent de rester "vigilants". Ils estiment que "le conflit en Géorgie a affecté la confiance nécessaire au partenariat entre l'Union européenne et la Russie". Ils rappellent qu'ils continuent à "soutenir pleinement l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie".
Le 1er septembre, lors d'un sommet extraordinaire à Bruxelles, convoqué en raison du refus persistant des Russes de retirer leurs troupes de Géorgie, les Vingt-Sept avaient décidé de "reporter" les réunions sur la négociation d'un nouvel accord de partenariat avec Moscou jusqu'à ce que les forces russes soient "sur leurs positions antérieures au 7 août". A partir de la mi-octobre, après un sommet bilatéral entre Nicolas Sarkozy et son homologue russe, Dmitri Medvedev, à Evian, la France s'est mise à plaider intensément pour la reprise de ces pourparlers, estimant que la Russie avait globalement respecté ses engagements. Paris a aussi argué que l'UE, en bloquant l'accord de partenariat, se privait elle-même d'un instrument susceptible de l'aider à forger à l'avenir une position commune face aux Russes. C'est aussi le point de vue du chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, qui évoquait le 30 octobre, lors d'un discours à Paris, la nécessité d'un "réengagement ferme" des Européens auprès de la Russie, soulignant que la relation énergétique n'était pas à sens unique, mais faite d'"interdépendance". Dans un récent document, la Commission de Bruxelles a estimé que l'UE devait reprendre les négociations avec Moscou, sans pour autant accepter le statu quo en Géorgie. La date de cette reprise pourrait dépendre de la tournure que prendront les prochains pourparlers, prévus à Genève le 18 novembre, sur l'avenir des provinces séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Lundi, la Lituanie, le pays le plus ouvertement opposé à cette reprise, a campé sur sa position, sachant qu'elle n'avait pas le pouvoir de bloquer la décision. La Pologne s'est ralliée au consensus. Les responsables tchèques, tout en considérant en privé que Paris avait forcé la main à ses partenaires, ont fait le même choix, avec en vue leur prochaine présidence de l'UE.

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Dans l'édition de la Libération datée du 10 novembre Lorraine Millot s'interroge sur le sort de Svetlana Bakhmina, 39 ans, l'ancienne juriste de Ioukos, qui a été condamnée à 7 ans de prison pour vol et fraude fiscale. Sa condamnation est l’une des plus pathétiques de «l’affaire Ioukos» et elle est particulièrement révélatrice de l’acharnement du Kremlin contre l’équipe de l’ex-PDG, Mikhaïl Khodorkovski. Son cas est si tragique qu’il suscite un début de polémique en Russie, partisans et opposants de sa libération s’affrontant sur Internet.

Ses deux garçons, maintenant âgés de 11 et 7 ans, croient qu’elle est en «voyage d’affaires». Un voyage qui dure depuis bientôt quatre ans et ne lui permet que de téléphoner de temps en temps. En quatre ans, Svetlana Bakhmina n’a pu voir qu’une seule fois ses enfants, lors d’une permission de dix jours, qui lui a permis de tomber enceinte d’un petit troisième, lequel a maintenant toutes chances de naître en prison, sauf grâce de dernière minute…
Conte. L’histoire de la jeune et jolie juriste de Ioukos commençait pourtant comme un conte : fille de modestes ouvriers - son père était soudeur sur les chantiers, sa mère travaille aujourd’hui encore comme vendeuse dans une épicerie -, elle avait été la première de sa famille à réussir des études supérieures. Diplômée de droit de l’université de Moscou, elle est embauchée en 1995 par le groupe de Mikhaïl Khodorkovski, d’abord comme simple juriste, puis promue à des postes de responsabilités de plus en plus importants, jusqu’au poste de directrice adjointe du département juridique. A l’automne 2004, Mikhaïl Khodorkovski est arrêté, officiellement pour fraude fiscale, mais surtout car il avait osé défier Vladimir Poutine. Là, Svetlana Bakhmina commet sans doute l’erreur de sa vie : tandis que ses chefs s’enfuient à l’étranger, elle reste tranquillement en Russie, estimant que ses fonctions subalternes, et ses enfants à élever la mettraient à l’abri. En décembre 2004, elle est arrêtée, puis condamnée à six ans et demi de prison pour vol et fraude fiscale. Selon l’acte d’accusation, elle aurait contribué au détournement de plus de 18 milliards de roubles (500 millions d’euros) d’actifs de Tomskneft, une filiale de Ioukos. Elle aurait procédé à une expertise de Tomskneft minimisant de près de deux fois sa valeur. Après l’arrestation de Mikhaïl Khodorkovski, elle aurait aussi participé à la braderie des actifs de Ioukos pour tenter de détourner un maximum de fonds avant que l’Etat russe ne s’en empare. A l’évidence, les poursuites contre cette jeune mère de famille visaient surtout ses patrons, son supérieur direct, Dmitri Gololobov, qui réussit à s’enfuir à Londres, et Leonid Nevzline, ancien actionnaire de Ioukos, réfugié en Israël. Les avocats de Svetlana Bakhmina évitent cette polémique. «De toute façon, le droit russe ne prévoit pas la rétention d’otages, ni la responsabilité collective pour les agissements d’une entreprise», souligne l’un d’eux. Svetlana Bakhmina n’en paie pas moins pour ses chefs, et pour que le Kremlin puisse aussi suggérer : «quels infâmes types que ces Nevzline et Gololobov, qui se sont enfuis à l’étranger, laissant une pauvre mère de famille croupir à leur place.»

Mobilisation. A un mois de l’accouchement prévu de son troisième enfant (début décembre), le sort de Svetlana Bakhmina a commencé tout de même à susciter quelque émotion en Russie. Une pétition sur Internet (Bakhmina.ru) supplie le président Dmitri Medvedev de lui octroyer sa grâce. En quelques semaines, elle a réuni plus de 82 000 signatures, mobilisation rarement atteinte en Russie. Plusieurs personnalités, comme l’ancien président Mikhaïl Gorbatchev ou l’écrivain Viktor Erofeev s’y sont associés. De façon plus inhabituelle, une contre-pétition a pourtant été lancée sur Internet (Bakhmina.net), exhortant le président Medvedev à laisser Svetlana Bakhmina «purger sa peine jusqu’au bout». «Des centaines d’autres détenues» ont aussi des enfants dont le sort est bien pire encore, mais «personne ne s’en soucie», plaide ce texte. «La miséricorde ne doit pas s’appliquer qu’à quelques privilégiés», poursuit cette contre-pétition, qui se targue de 2 500 signatures. Le sort de l’ancienne juriste de Ioukos est donc entre les mains de Dmitri Medvedev, qui pourrait montrer sa différence et son humanité en graciant cette jeune mère de famille. Mais le sort des autres détenus de l’affaire Ioukos n’invite guère à l’optimisme : outre Mikhaïl Khodorkovksi, qui purge toujours une peine de huit ans de prison en Sibérie, deux autres anciens dirigeants de Ioukos sont gravement malades et n’en restent pas moins emprisonnés : Platon Lebedev et Vassili Aleksanian, atteint du sida et d’un cancer du foie.

«Abandonnés». Lors de son arrestation, persuadée qu’elle serait vite libérée, Svetlana Bakhmina avait décidé, avec son mari, de ne pas dire à ses enfants qu’elle était en prison. «Elle avait peur de les choquer, explique un ami de la famille. Ses enfants savaient qu’elle était une très bonne juriste, pas une criminelle. Mais aujourd’hui l’aîné se doute bien qu’on lui cache quelque chose. Il a dit un jour à sa nounou : "Maman nous a abandonnés."» Quatre ans plus tard, la prison n’a pas trop changé la brillante juriste de Ioukos, «sauf sur un point», confie son ami : «Maintenant, elle ne croit plus guère en l’efficacité du droit dans notre pays.»

mbk-thumb.jpgRIA Novosti a repris le 7 novembre un article de Mikhaïl Khodorkovski, qui dans les colonnes du quotidien Vedomosti analyse l'arrivée du nouveau président à la Maison Blanche . L'élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis n'est pas un simple changement du pouvoir dans un pays donné, elle a une dimension mondiale, souligne l'ancien patron de la compagnie pétrolière Ioukos.

Nous sommes au seuil d'un changement de paradigme s'agissant du développement mondial. L'époque actuelle, ouverte il y a 30 ans par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, s'achève. En me plaçant sans doute dans la partie libérale de la société, je vois qu'un tournant à gauche nous attend. Une perestroïka mondiale sera inévitablement la réponse à la crise mondiale. Nous avons tout droit moral et professionnel de constater que ces 30 années de règne des idées libérales touchent à leur fin. Il est vrai qu'au début des années 1980 les nouveaux leaders américain et britannique, Reagan et Thatcher, ont compris que le "socialisme réel" perdait sa compétitivité dans le domaine économique, politique et social. Ce qui signifiait que le monde bipolaire n'était pas perpétuel et qu'il était possible de gagner la guerre froide. De plus, il fallait le faire en s'appuyant sur le bon vieux libéralisme, car la social-démocratie ne pouvait pas s'opposer aussi distinctement et explicitement au communisme, auquel elle reconnaissait beaucoup de traits productifs et positifs. En outre, les gauches américaines et européennes de cette époque estimaient que le camp communiste était éternel et que la lutte ne devait pas viser une victoire décisive et sans appel.
Aujourd'hui, le monde voit naître la situation inverse. La reaganomie s'est épuisée à ce moment historique après plus d'un quart de siècle d'heureuse destinée. Un néo-socialisme franchit le seuil de l'époque contemporaine. Dans un avenir proche, les idées de Keynes seront plus populaires que celles de Friedman ou Hayek. Les mains tangibles des Etats et des alliances internationales auront plus d'importance que la main invisible du marché. Le tournant à gauche sera cette fois mondial et non national ou régional. Il représentera une réponse du monde au défi de la crise, et notamment aux problèmes qui se sont accumulés pendant les 25 années précédentes. C'est le néo-socialisme qui sera vainqueur aujourd'hui, à l'issu de la première décennie du XXIe siècle. Il ne s'agit cependant pas du socialisme totalitaire de la paix de Yalta: nombre de ses traits remontent au néolibéralisme de Reagan et Thatcher. La mondialisation subira un certain ralentissement, mais ne s'arrêtera pas. Le "milliard doré" devrait renoncer à ses espoirs d'améliorer davantage son statut de consommateur, mais les standards élevés de la consommation, formés à la fin du siècle dernier, resteront toutefois la norme. L'aspiration à la liberté politique et à la compétition ouverte des individus ne disparaîtra pas non plus. Les prédictions de Fukuyama ne se sont pas formellement réalisées, mais bon nombre de ses estimations étaient justes, et il faut le reconnaitre en abordant un tournant global à gauche. La nouvelle révolution de l'histoire, qui arrivera probablement dans 12 à 15 ans, quand le néo-socialisme aura déblayé tous les encombrements de la crise et harmonisé l'économie mondiale, sera marquée par une nouvelle offensive du libéralisme. Un virage à droite suivra celui effectué à gauche. Mais c'est déjà l'ordre du jour de demain.

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Alexandre Cèdre s'interroge aujourd'hui 6 novembre dans Le Figaro sur les mesures destinées à renforcer la démocratie, proposées mercredi par le président Medvedev. Dans son discours à la nation Dmitri Medvedev est revenu sur sa politique anticorruption et a révélé ses mesures destinées à renforcer l'influence de la société civile. Mais, paradoxalement, la proposition phare de cette réforme vise le chef du Kremlin lui-même : élu en mars dernier pour quatre ans, Dmitri Medvedev propose d'allonger le mandat présidentiel à six ans. Mais est ce que cette modification de la durée du mandat présidentiel sera vraiment une bonne moyen de renforcer la démocratie? Selon Alexandre Cèdre, Medevedev s'est montré assez évasif sur le sujet.

Intarissable pendant son discours de près d'une heure et demie sur la nécessité de renforcer la démocratie, Dmitri Medvedev s'est néanmoins peu étendu sur les raisons d'allonger le mandat présidentiel. Le chef du Kremlin a en fait inclus cette proposition surprise dans un ensemble plus large de mesures. Il veut notamment ouvrir davantage la scène politique aux ONG, invitées à participer plus étroitement au travail législatif. Les petits partis d'opposition devront être garantis d'avoir une présence à la Douma. Ils n'avaient pas réussi à se faire élire lors des dernières législatives. Une situation qualifiée par Dmitri Medvedev «d'injuste et qui doit être corrigée». Il a cependant refusé de défendre une proposition de l'opposition suggérant un abaissement, de 7 % à 5 % des voix, du seuil minimal nécessaire aux élections pour qu'un parti entre à la Douma. Le chef du Kremlin s'est contenté d'affirmer que ces partis doivent être représentés par «un ou deux députés». Sans donner plus de détail. Dmitri Medvedev s'est montré tout aussi évasif sur les moyens pratiques de ses autres réformes : élargir les droits constitutionnels du Parlement, contraindre le gouvernement à rendre devant la Douma des comptes annuels sur son activité, assouplir les règles d'enregistrement des partis.
Alléger la bureaucratie
«Il faut des amendements importants ne touchant pas à l'essence politique ou légale des institutions existantes mais destinés à rendre la Constitution plus précise», a déclaré Dmitri Medvedev, très en verve aussi sur la nécessité d'alléger une bureaucratie «nourrissant une seule chose, la corruption, et un mépris généralisé de la loi». Par le passé, Vladimir Poutine, son prédécesseur au Kremlin devenu un influent premier ministre, avait pareillement condamné la corruption et les insuffisances de la société civile. Mais, outre la création d'une Chambre publique, peu de mesures avaient été prises pour changer la situation. Au contraire : le Kremlin avait supprimé l'élection des gouverneurs régionaux et réduit considérablement l'indépendance de la presse. Des réformes clefs de la présidence Poutine auxquelles n'a pas voulu toucher Dmitri Medvedev, un dauphin encore très respectueux du «père».

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Le Figaro analyse aujourd'hui 5 novembre la réaction du président russe Dmitri Medvedev à l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche. Le président russe salue l'élection d'Obama tout en soulignant la responsabilité des Etats-Unis dans la crise financière et la crise géorgienne. Et va déployer des missiles pour neutraliser le bouclier américain.

Alors que les dirigeants de la planète rivalisent de formules pour congratuler le nouveau chef de la Maison Blanche, le président russe Dmitri Medvedev s'est contenté du minimum syndical. Dans son premier discours annuel à la nation, prononcé mercredi devant les parlementaires, des représentants des corps constitués et un parterre de personnalités russes réunis au Kremlin, Medvedev a simplement espéré que « la nouvelle administration américaine opterait pour de bonnes relations avec la Russie », ne citant pas une seule fois le nom de Barack Obama. Ce n'est que quelques heures plus tard que le président russe a envoyé un télégramme de félicitations à Obama, dans lequel il l'invite à «un dialogue constructif sur la base de la confiance.» Dans son discours à la nation, le sucesseur de Vladimir Poutine a ramené les projecteurs sur la crise financière internationale. Il a accusé les Etats-Unis d'en être à l'origine. « En gonflant la bulle financière pour stimuler leur croissance, les Etats-Unis ne se sont pas donné la peine de coordonner leurs efforts avec d'autres participants des marchés et ont ignoré tout sens élémentaire de la mesure», a-t-il déclaré Dmitri Medvedev a également fait endosser à l'administration américaine la responsabilité de la crise géorgienne.
« Neutraliser le système de défense antimissile »
« Le conflit dans le Caucase a été utilisé comme prétexte pour introduire dans la mer Noire des bateaux de guerre de l'Otan et pour imposer plus vite encore à l'Europe le système de défense antimissile américain, ce qui va provoquer des mesures de rétorsion de la Russie», a ajouté le président russe, annonçant du même coup que le pays avait organisé la riposte. « Pour neutraliser en cas de nécessité le système de défense antimissile, on va déployer le complexe de missiles Iskander », a-t-il déclaré. C'est dans la région de Kaliningrad, l'enclave russe entre la Pologne et la Lituanie, que le Kremlin envisage ce déploiement. « Depuis la même région, on va brouiller les nouveaux éléments du système de défense antimissile que les Etats-Unis ont l'intention de déployer en Pologne et en république Tchèque », a-t-il poursuivi. Sur le plan de la politique intérieure, Dmitri Medvedev a proposé d'allonger à six ans la durée du mandat présidentiel en Russie contre quatre actuellement. Et de faire passer à cinq ans, celui des députés de la Douma, la chambre basse du Parlement, contre quatre aujourd'hui. Il n'a asuggéré aucun calendrier pour ces changements.