
Dans l'édition datée du 24 octobre du quotidien Le Monde, Marie Jégo rappelle le traitemenet cruel des prisonniers de l'affaire Ioukos, la société pétrolière démantelée de Mikhaïl Khodorkovski. Elle souligne aussi la mobilisation de la société civile pour demander la grâce de Svetlana Bakhmina, mère de deux enfants en bas âge et enceinte de sept mois. Cette ex-juriste de Ioukos, purge actuellement une peine de six ans dans une colonie pénitentiaire de Mordovie, à 600 km à l'est de Moscou. Près de soixante mille personnes - parmi lesquelles les écrivains Boris Akounine et Dmitri Bykov, l'ancien ministre de l'économie Evgueni Iassine, les avocats Guenri Reznik et Alexeï Koutcherena - ont adressé une lettre au président russe, Dmitri Medvedev pour demander sa libération.
Condamnée en 2005 à six ans et six mois de prison pour fraude fiscale, Svetlana Bakhmina, 39 ans, a déjà purgé la moitié de sa peine. En septembre, sa demande de libération anticipée a toutefois été rejetée par un tribunal malgré l'avis favorable de l'administration pénitentiaire et bien qu'elle se soit "repentie", comme l'a souligné Roman Golovkine, son avocat. Après ce refus, la détenue a adressé une demande de grâce au président Medvedev. "Je suis bien déterminée à me corriger", écrit-elle.
"PAS ASSEZ RÉÉDUQUÉ"
Une telle propension au repentir devrait finir par payer. Svetlana Bakhmina est en droit d'espérer la grâce, car "elle a reconnu sa faute", a expliqué, mardi 21 octobre, Sergueï Mironov, président du Conseil de la Fédération. Mais pour le moment, le Kremlin fait la sourde oreille.
La justice russe se montre inflexible sur les demandes de libération anticipée concernant les protagonistes de l'affaire Ioukos. L'ancien patron de la "major", Mikhaïl Khodorkovski, qui purge une peine de huit ans de prison à la frontière avec la Chine, a essuyé un refus en août. "Pas assez rééduqué", a tranché le tribunal, arguant du fait que l'ancien "golden boy" avait refusé un travail d'opérateur sur machine à coudre. Enfin Vassili Alexanian, un ancien vice-président de Ioukos atteint d'un cancer et du sida, a vu lui aussi sa demande de mise en liberté refusée. Un tribunal moscovite a estimé qu'il devait être maintenu sous bonne garde à l'hôpital où il est soigné jusqu'à son procès. Selon la juge, ses crimes - détournement de fonds et évasion fiscale - "sont un grand danger pour la société". Un léger progrès est toutefois à noter. Depuis quelque temps, cet ancien avocat diplômé de Harvard, devenu aveugle pendant sa détention, n'est plus attaché à son lit.
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