France-Russie : surmonter la crise de confiance

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Dans l'édition du Monde datée d'aujourd'hui, la journaliste Natalie Nougayrède analyse les pourparlers entre Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev pendant la conférence d'Evian, mercredi 8 octobre. Elle souligne que les retrouvailles franco-russes se font dans une ambiance malaisée, à fleurets mouchetés. Ces dernières semaines, Moscou a poussé son avantage en se livrant à une interprétation maximaliste des textes de cessez-le-feu, ce qui a irrité le président français.

M. Sarkozy dit qu'il "ne regrette pas d'avoir fait le pari du dialogue avec Moscou", mais il a constaté que les négociations avaient été "longues" et que ce dialogue "n'allait pas de soi". La relation entre la Russie et l'UE "vient de traverser une rude épreuve", a-t-il observé, "la crise géorgienne a enfoncé un nouveau coin, profond, dans la confiance entre l'Europe et la Russie". Le président français a évoqué "les interrogations et les craintes sur les objectifs réels de la Russie, notamment vis-à-vis de ses voisins et sur les méthodes" qu'elle emploie. Il a ajouté que la Russie devait "lever l'ère des suspicions". "La Russie, a-t-il affirmé, dépend de l'Europe pour son développement économique et la sécurité des débouchés pour ses hydrocarbures."
Dans son discours, M. Medvedev a été clair sur l'un des objectifs russes, un "pacte de sécurité" pan-européen qu'il avait déjà proposé en juin, à Berlin. Il tire désormais argument des événements dans le Caucase, qui ont "démontré la justesse" de ce projet, car "l'OTAN-centrisme" n'a "pas pu prévenir" le conflit. Il a longuement fustigé "l'unilatéralisme" des Etats-Unis, notamment le projet américain de bouclier antimissile.
M. Sarkozy a répondu qu'il était "prêt à discuter" d'un tel "pacte de sécurité". Il a proposé que cela se fasse dans le cadre d'un "sommet" de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui pourrait être "convoqué à la fin de l'année 2009". Mais il a voulu poser des bornes au projet. Il a procédé à des rappels qui n'étaient pas sans évoquer les accords d'Helsinki de 1975.
"La démocratie et les droits de l'homme sont des facteurs essentiels" pour "une sécurité durable", a dit M. Sarkozy. Il a aussi émis comme condition "un renoncement définitif à l'ambition des "sphères d'influence"". Il a glissé que "l'"étranger proche" de la Russie est souvent, aussi, celui de l'Union européenne". Quant aux Etats-Unis, "amis et alliés" de l'Europe, ils "doivent être associés à ce dialogue", car "la sécurité de notre continent repose sur un lien transatlantique fort".
Après les discours, les deux chefs d'Etats ont déjeuné ensemble. Ils ont parlé des modalités des "discussions internationales" qui doivent s'ouvrir, le 15 octobre à Genève, sur la "sécurité et la stabilité" en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Aucun accord n'a été annoncé publiquement à Evian sur ce point, avant que chacun regagne sa capitale.

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