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Dans l'édition du Monde datée du16 septembre, Jean-Michel Bezat analyse le fonctionnement du marche énergétique en l'Union européenne et sa dépendance à l'égard de la Russie, qui fournit à l'Europe 26 % de son gaz. Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire américain Newsweek, Bernard Kouchner, le ministre français des affaires étrangères, évoquait récemment la mise en place d'une "centrale européenne d'achat de gaz". Mais est ce possible, alors qu'il n'existe déjà pas aujourd'hui de politique coordonnée en la matière au sein de l'UE, le Kremlin et son bras armé Gazprom jouant subtilement de ces divisions?
A Bruxelles, experts et hauts fonctionnaires de la Commission sont nombreux à penser que l'achèvement de la libéralisation du marché intérieur de l'énergie (transparence des prix, accès des tiers aux lignes à haute tension et aux gazoducs, multiplication des interconnexions électriques et gazières, séparation des producteurs et des distributeurs, renforcement des régulateurs...) est le meilleur garant de la sécurité des approvisionnements. Mais la décision d'investir est entre les mains des compagnies pétrolières, gazières ou électriques, privées ou sorties récemment du giron public. Ce ne sont ni l'UE ni ses Etats membres qui investissent dans les terminaux méthaniers qui permettraient à l'Europe de ne pas dépendre des "tuyaux" venant de Russie, de Norvège et d'Algérie pour son approvisionnement en gaz, mais les géants comme Shell, BP, Total, EDF, Eni, GDF Suez ou Gas Natural. Et il n'existe pas de politique coordonnée en la matière.GRANDS PROJETS
Il n'y a pas davantage de coordination sur les choix énergétiques. Le Royaume-Uni vit depuis trente ans sur son pétrole et son gaz, l'Allemagne sur son charbon, ses énergies renouvelables et ses liens privilégiés avec la Russie. La France se targue d'avoir développé le nucléaire, qui lui permet de moins dépendre du gaz et du charbon pour ses centrales, et de présenter de surcroît un bon bilan CO2. "Sécurité et propreté", résument les défenseurs du modèle français, mais Paris commence à peine à convaincre les pays qui ont programmé leur sortie du nucléaire. Les grands projets gaziers avec la Russie ne se sont pas faits avec l'UE, mais avec des entreprises s'appuyant sur les Etats. Au risque, parfois, d'ébranler la cohésion de l'Union. Quand l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder a accepté de présider le consortium russo-allemand chargé de construire le gazoduc Northstream sous la Baltique, il savait que le projet piloté par le russe Gazprom susciterait la colère de la Pologne et des pays baltes, exclus des routes de transit. Quand le président du conseil italien Romano Prodi a parrainé en 2007 le projet de gazoduc Southstream - lui aussi dirigé par Gazprom avec l'appui du groupe pétrolier italien Eni -, il n'ignorait qu'il sapait ainsi Nabucco, le projet de gazoduc reliant les gisements gaziers de la mer Caspienne à l'Europe en contournant, par le Caucase et la Turquie, le territoire russe, pourtant défendu par Bruxelles comme "prioritaire et stratégique". Il n'aurait plus manqué que l'ex-président de la Commission européenne accepte la proposition de Vladimir Poutine de prendre la tête du consortium ! Dans ces affaires, les relations bilatérales, les intérêts financiers et l'histoire ont prévalu. Avec respectivement 42 % et 39 % de leur gaz provenant de Russie, l'Allemagne et l'Italie n'ont pas les mêmes intérêts que le Royaume-Uni (2 %) ou l'Espagne (0 %). A travers Eni et l'électricien Enel, l'Italie a tissé de solides liens avec la Russie. Qu'importe, pour ces entreprises italiennes, si Southstream "doublonnerait" avec Nabucco dans plusieurs pays membres de l'UE (Grèce, Bulgarie, Hongrie et Autriche). Les relations entre l'Allemagne et la Russie, depuis les années 1970 et l'Ostpolitik de Willy Brandt, sont encore plus fortes. M. Schröder a récemment déclaré qu'en présidant le Northstream, il travaillait "dans l'intérêt des consommateurs européens". L'Allemagne représente 40 % des investissements de l'UE en Russie. Ses industriels ne veulent pas connaître les mésaventures rencontrées par Shell et BP, qui ont perdu le contrôle de certains de leurs projets stratégiques en Russie. Symbole de ces liens dans l'énergie, la présence de la société allemande E.ON-Rurhgas dans le capital de Gazprom, et celle de son président, Burckhard Bergmann, au conseil d'administration du géant russe.
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