
Philippe Bolopion et Natalie Nougayrède analysent dans le quotidien Le Monde daté d'aujourd'hui comment le conflit en Géorgie a provoqué le durcissement des positions des diplomates russes dans différentes enceintes multilatérales. Et en particulier sur la question sensible du programme nucléaire iranien.
L'annulation, sur décision russe, d'une réunion prévue, jeudi 25 septembre, à New York, entre les ministres des affaires étrangères des six pays (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, Chine), traitant ce dossier de prolifération nucléaire a relancé les inquiétudes. La décision semble porter un coup aux discussions à haut niveau sur le processus de sanctions de l'ONU contre Téhéran. Dans différentes enceintes multilatérales, la Russie a durci sa position, pratiquant une diplomati e du "niet" qui pose problème aux Occidentaux. Au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), elle bloque le déploiement d'observateurs supplémentaires en Géorgie. Elle a suspendu certaines coopérations avec l'Alliance atlantique prévues dans le Conseil OTAN-Russie. Elle laisse aussi planer le doute sur l'avenir de la mission d'observateurs militaires de l'ONU en Abkhazie, ce qui menace tout l'échafaudage des accords de cessez-le-feu négociés par l'Union européenne.
Moscou "envoie des signaux différents", constate un diplomate occidental. Au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie a voté, lundi, aux côtés des quatorze autres pays membres, le renouvellement pour un an du mandat de la force internationale en Afghanistan (ISAF), suscitant un certain soulagement côté occidental. En 2007, elle s'était abstenue. Pour l'analyste américain Gary Samore, du Council on Foreign Relations, il est évident que "les Russes ont décidé, notamment sur le dossier iranien, de ne faire aucun cadeau à l'administration Bush en fin de parcours". "Ils veulent jouer leurs cartes avec la prochaine administration", dit-il. Moscou a fait passer le message qu'il était "prématuré" de voter une nouvelle résolution de sanctions contre l'Iran. M. Lavrov a énuméré, mercredi, les doléances à l'encontre des Etats-Unis : bouclier antimissile, bases américaines en Roumanie et Bulgarie, projet de rapprocher l'Ukraine et la Géorgie de l'OTAN, et d'installer des radars dans la région baltique.
Selon un ambassadeur européen auprès de l'ONU, au-delà de leur rhétorique dure, "les Russes ont intérêt à ce que les problèmes suscités par la crise géorgienne ne débordent pas sur d'autres domaines". "On les sent partagés, dit-il, ils savent que les difficultés de leurs marchés financiers, à Moscou, ne sont pas seulement liées à la crise mondiale, mais aussi à l'impact de l'affaire géorgienne." A la tribune de l'ONU cette semaine, la Russie a été exposée à une salve de critiques, venant notamment de pays d'Europe orientale. Le président ukrainien, Viktor Iouchtchenko, a parlé de la Russie en termes de "menace", dénonçant "tout acte d'agression dans la région" et un "retour à la rhétorique de la guerre froide qui suscite une profonde préoccupation". Son homologue lituanien a fustigé "le révisionnisme qui suinte des tours du Kremlin". Présent à New York, le ministre thèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a déclaré au Monde que les Occidentaux "vont faire face à une longue période difficile avec la Russie". "Nous allons devoir l'aider à sortir de son attitude menaçante, qui la mène dans une impasse", estime-t-il.
George Bush, dans son discours à l'ONU, a parlé d'"invasion de la Géorgie", accusant la Russie d'avoir "violé" la Charte de l'ONU. Nicolas Sarkozy a, pour sa part, adopté un ton plus modéré. Rappelant que l'Europe "ne peut pas transiger sur le principe de la souveraineté et de l'indépendance des Etats", il a aussi dit que l'Europe voulait être le "partenaire" de la Russie, et a lancé l'idée d'un "espace économique commun". L'analyste américain Cliff Kupchan, du groupe Eurasia, estime que "Poutine va miser, probablement avec succès, sur la vieille Europe (Allemagne, France, Italie en tête) contre les Etats-Unis". "Avec les Européens, la relation reviendra peu à peu à une certaine normalité d'ici à six mois", prédit-il. "Avec les Etats-Unis, quel que soit le vainqueur de l'élection américaine, le froid va durer plus longtemps", ajoute-t-il. Selon un diplomate européen, "rien n'indique que la Russie veuille une confrontation durable avec l'Europe. Mais elle ne fera aucun geste en direction de l'administration Bush finissante".





