September 2008 Archives

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Philippe Bolopion et Natalie Nougayrède analysent dans le quotidien Le Monde daté d'aujourd'hui comment le conflit en Géorgie a provoqué le durcissement des positions des diplomates russes dans différentes enceintes multilatérales. Et en particulier sur la question sensible du programme nucléaire iranien.

L'annulation, sur décision russe, d'une réunion prévue, jeudi 25 septembre, à New York, entre les ministres des affaires étrangères des six pays (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, Chine), traitant ce dossier de prolifération nucléaire a relancé les inquiétudes. La décision semble porter un coup aux discussions à haut niveau sur le processus de sanctions de l'ONU contre Téhéran. Dans différentes enceintes multilatérales, la Russie a durci sa position, pratiquant une diplomati e du "niet" qui pose problème aux Occidentaux. Au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), elle bloque le déploiement d'observateurs supplémentaires en Géorgie. Elle a suspendu certaines coopérations avec l'Alliance atlantique prévues dans le Conseil OTAN-Russie. Elle laisse aussi planer le doute sur l'avenir de la mission d'observateurs militaires de l'ONU en Abkhazie, ce qui menace tout l'échafaudage des accords de cessez-le-feu négociés par l'Union européenne.

Moscou "envoie des signaux différents", constate un diplomate occidental. Au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie a voté, lundi, aux côtés des quatorze autres pays membres, le renouvellement pour un an du mandat de la force internationale en Afghanistan (ISAF), suscitant un certain soulagement côté occidental. En 2007, elle s'était abstenue. Pour l'analyste américain Gary Samore, du Council on Foreign Relations, il est évident que "les Russes ont décidé, notamment sur le dossier iranien, de ne faire aucun cadeau à l'administration Bush en fin de parcours". "Ils veulent jouer leurs cartes avec la prochaine administration", dit-il. Moscou a fait passer le message qu'il était "prématuré" de voter une nouvelle résolution de sanctions contre l'Iran. M. Lavrov a énuméré, mercredi, les doléances à l'encontre des Etats-Unis : bouclier antimissile, bases américaines en Roumanie et Bulgarie, projet de rapprocher l'Ukraine et la Géorgie de l'OTAN, et d'installer des radars dans la région baltique.
Selon un ambassadeur européen auprès de l'ONU, au-delà de leur rhétorique dure, "les Russes ont intérêt à ce que les problèmes suscités par la crise géorgienne ne débordent pas sur d'autres domaines". "On les sent partagés, dit-il, ils savent que les difficultés de leurs marchés financiers, à Moscou, ne sont pas seulement liées à la crise mondiale, mais aussi à l'impact de l'affaire géorgienne." A la tribune de l'ONU cette semaine, la Russie a été exposée à une salve de critiques, venant notamment de pays d'Europe orientale. Le président ukrainien, Viktor Iouchtchenko, a parlé de la Russie en termes de "menace", dénonçant "tout acte d'agression dans la région" et un "retour à la rhétorique de la guerre froide qui suscite une profonde préoccupation". Son homologue lituanien a fustigé "le révisionnisme qui suinte des tours du Kremlin". Présent à New York, le ministre thèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a déclaré au Monde que les Occidentaux "vont faire face à une longue période difficile avec la Russie". "Nous allons devoir l'aider à sortir de son attitude menaçante, qui la mène dans une impasse", estime-t-il.
George Bush, dans son discours à l'ONU, a parlé d'"invasion de la Géorgie", accusant la Russie d'avoir "violé" la Charte de l'ONU. Nicolas Sarkozy a, pour sa part, adopté un ton plus modéré. Rappelant que l'Europe "ne peut pas transiger sur le principe de la souveraineté et de l'indépendance des Etats", il a aussi dit que l'Europe voulait être le "partenaire" de la Russie, et a lancé l'idée d'un "espace économique commun". L'analyste américain Cliff Kupchan, du groupe Eurasia, estime que "Poutine va miser, probablement avec succès, sur la vieille Europe (Allemagne, France, Italie en tête) contre les Etats-Unis". "Avec les Européens, la relation reviendra peu à peu à une certaine normalité d'ici à six mois", prédit-il. "Avec les Etats-Unis, quel que soit le vainqueur de l'élection américaine, le froid va durer plus longtemps", ajoute-t-il. Selon un diplomate européen, "rien n'indique que la Russie veuille une confrontation durable avec l'Europe. Mais elle ne fera aucun geste en direction de l'administration Bush finissante".

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Les avocats de Mikhaïl Khodorkovski ont rendu public ce jour une résolution co-signée par les sénateurs Barak Obama et John Mc Cain, ainsi que Joe Biden, apportant leur soutien au prisonnier politique le plus célèbre de Russie.
Cette résolution, en date du 18 novembre 2005, co-signée par les deux candidats à la Présidence des Etats-Unis, soulignait que : "Le procès, la sentence et l'emprisonnement de Mikhaïl Khodorkovski et de Platon Lebedev posent des questions troublantes quant à l'impartialité et l'intégrité du système judiciaire russe." La résolution ajoutait que: "Leur emprisonnement constitue une violation des normes et des pratiques de la loi Russe". Ces considérations rejoignent celles faites notamment par l'assemblée parlementaire du conseil de l'Europe mais aussi, la Cour Fédérale Suisse.
L'avocat Robert Amsterdam a rendu public le communiqué ci-dessous, dans lequel il estime que "à l'heure d'un débat passionné quant au choix de politique extérieure des Etats-Unis vis à vis de la Russie, il est important aussi d'identifier des points de consensus", dont cette résolution signée Obama et Mc Cain en faveur de Mikhaïl Khodorkovski. Le texte de cette résolution est téléchargeable sur la la version anglais de ce site (http://www.robertamsterdam.com) ainsi que sur le site de défense de Khodorkovski, http://www.khodorkovsky.info. Lawyers Cite Joint McCain-Obama

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Le quotidien «Le Figaro» a publié aujourd'hui 20 septembre la première interview accordée à la presse française par Mikhaïl Khodorkovski. Depuis cinq ans, il purge une peine de neuf années de prison. Il a été condamné au terme d'un procès politique. Sa demande de la libération anticipée a été refusée en août dernier. Il est en attente d'un éventuel second procès au terme duquel il risquerait une peine supplémentaire de plus de 20 ans.

LE FIGARO. Avec l'élection de Dmitri Medvedev, beaucoup ont espéré un dégel en Russie. De votre prison, avez-vous entretenu cet espoir ? Que change la crise géorgienne ?
Mikhaïl KHODORKOVSKI. Dans mes conférences, juste avant mon arrestation en 2003, je disais qu'il ne peut y avoir d'économie efficace sans démocratie. Beaucoup, notamment au sein du pouvoir russe actuel, le comprennent et souhaitent la mise en place d'ins titutions démocratiques normales, avec des élections libres, des médias indépendants, une opposition. Les autres ont peur du changement. Ils se raccrochent à une «stabilité» de type brejnévien, qui mènera inéluctablement la Russie à une perte de compétitivité puis à une «nouvelle perestroïka». L'alternative actuelle croissance économique ou contrôle de l'inflation s'explique exclusivement par la piètre qualité des institutions démocratiques et l'écrasement des entrepreneurs par la bureaucratie corrompue. Mais j'ai espoir : la question clé de l'indépendance des tribunaux a été formulée clairement par Medvedev. Est apparu ce que tout le monde avait peur d'admettre : la pratique des pressions, notamment celles de l'administration présidentielle sur le cours des enquêtes. L'important est de ne pas prendre peur. De continuer le nettoyage des écuries d'Augias.
Le refus de votre demande de libération anticipée en août n'est pas encourageant…
Mes amis et mes ennemis comprennent l'énorme signification symbolique de mon cas pour le pays, ainsi que sa signification pour ceux qui sont tombés dans le laminoir de la justice russe. Aujourd'hui, il est clair qu'aucun fonctionnaire ne prendra de risque me concernant. Toute décision sera la décision du pouvoir, un message adressé à la société. La question est simple : a-t-on le droit de se venger de ses adv ersaires politiques en s'emparant de leurs biens et en les envoyant en prison, à l'aide d'une interprétation arbitraire de la loi ? Si c'est le cas, notre pays en reste à la loi préhistorique du plus fort. Sinon, il faut mettre un terme à cette affaire.
Le clan Setchine, que vous désignez comme le principal instigateur de votre chute, a-t-il été affaibli ?
Ceux qui me poursuivent vont continuer leurs pressions sur le pouvoir. On va me menacer, et peut-être pas seulement me menacer. Leurs méthodes sont connues, leur désir de me laisser en prison pour toujours est inextinguible. Ne pensez pas que les positions de mes persécuteurs après le changement de président se sont vraiment affaiblies. D'énormes ressources économiques et administratives sont toujours sous leur contrôle. Juste après l'arrivée de Medvedev pourtant, j'ai vu des changements. Auparavant, après une interview comme celle-ci, j'aurais été envoyé au cachot. Mais, de mai à août, il n'y a plus eu de réactions aussi dures. Toutefois, le refus d'accepter ma demande de libération anticipée montre qu'on est loin de changements majeurs. Deux jours avant la séance du tribunal, on m'a présenté une plainte de l'administration pénitentiaire absurde, m'accusant de ne pas avoir communiqué au directeur de la prison le nombre de prisonniers vivant dans ma cellule! Ma demande de libération a été refusée au pr étexte que je n'avais pas acquis la maîtrise de la profession d'opératrice de machine à coudre! N'est-ce pas une insulte à la justice ? L'enquête pour un deuxième procès se poursuit. C'est dans ce cadre que je suis accusé d'avoir volé tout (!) le pétrole extrait par Ioukos pendant une décennie. Les enquêteurs comprennent bien qu'ils sont des instruments. Ils essaient de prévenir les désirs de leur hiérarchie.
Angela Merkel a évoqué votre cas avec Medvedev. Qu'attendez-vous de l'Europe ?
Pour l'Europe et la Russie, le pire serait que l'un cherche à dominer l'autre. C'est la voie évidente vers une confrontation insensée. Mais une approche strictement pragmatique est tout aussi peu productive. Vivre sur le même continent, approfondir l'interdépendance sans partager les mêmes valeurs est impossible. Le seul chemin réaliste est celui de l'intégration mutuelle des élites dans le respect des règles de base consignées dans nos Constitutions nationales et nos accords européens. Je veux parler de la troisième corbeille d'Helsinki, des droits de l'homme. L'Europe a emprunté avec succès ce chemin au milieu du siècle dernier. La Russie ne porte nullement en elle un code génétique autoritaire. Oui, c'est un grand pays, qui exige une attention particulière pour maintenir un équilibre entre tendances centrifuges et centralisation excessive. Mais c'est un pays européen par l 'esprit et les traditions culturelles, avec une population éduquée, capable d'absorber les expériences nouvelles. Croyez-moi, je connais désormais mon pays sous tous les angles. Et même ce fameux syndrome de la nation renaissante, tellement présent aujourd'hui en Russie, n'est pas nouveau pour l'Europe. La Russie est en train de passer de son statut d'empire à celui d'État national classique, un chemin parcouru par la France. Notre route est difficile et cahoteuse, mais si tout se passe bien, nous deviendrons un allié de l'Europe, pas une alternative continentale hostile. L'Europe et la Russie ne doivent pas être ensemble à cause du gaz et du pétrole, mais à cause de valeurs communes fondatrices, dans un même système de sécurité.
Votre démonstration avait plus de poids avant l'intervention en Géorgie...
Il est à la mode de dire que la guerre «de cinq jours» au Caucase, et la reconnaissance par la Russie de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud porteront un coup majeur aux relations russo-européennes et aux perspectives de libéralisation en Russie. Je n'en suis pas convaincu. Il ne peut y avoir de rideau de fer entre l'Ouest et la Russie l'élite russe n'a ni le désir ni l'idéologie qui le permettent. Cette crise pourrait au contraire pousser le Kremlin à faire des pas pour améliorer ses relations avec l'Occident. Si ces pas ne reviennent pas à lâcher sur les positions g éopolitiques de la Russie. D'ail-leurs, les événements en Ossétie du Sud ont montré que les pays fondateurs de l'UE comme la France regardent les problèmes de la Russie et de son ex-empire de manière nuancée. Le rôle du président Sarkozy dans la gestion pacifique de la crise n'est pas un hasard.
L'Occident est-il assez ferme avec les dérives russes ?
Quand la Russie a tort, l'Europe doit parler haut et fort, sans avoir peur pour son gaz et son pétrole. La Russie est aussi intéressée par des consommateurs stables que l'Europe par des producteurs stables. Cela ne veut pas dire que la Russie a tort par définition. Mais il est sûr que les hurlements faussement patriotiques de certains de mes compatriotes sont insupportables à entendre.

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Pierre Briançon remarque aujourd'hui 19 septembre dans le quotidien Le Monde que les investisseurs, russes ou étrangers, ont perdu toute confiance dans la capacité de Moscou à créer un cadre économique stable. Selon l'auteur le meilleur signe de cette crise de confiance est peut-être le fait que les banques d'Etat, comme la Sberbank, ont vu leurs cours chuter encore plus vite que la moyenne ces derniers jours. Est que l'effondrement de la Bourse de Moscou pourrait mobiliser le gouvernement russe pour que de sérieuses réformes aient enfin lieu?

La Bourse de Moscou a chuté de plus de 50 % depuis début juillet - deux fois plus vite que la moyenne des pays émergents. La chute s'est accélérée au cours des derniers jours, au point d'obliger les autorités de marché à suspendre les cotations. Il faut, à l'évidence, y voir bien davantage que la simple contagion de la crise financière mondiale, ou l'effet de la baisse du prix du pétrole, qui affecte la balance des paiements. La guerre de Géorgie a servi de déclic - en rappelant au monde le caractère imprévisible de certaines décisions du Kremlin. Il est vrai que les idées de MM. Medvedev et Poutine ont de quoi inquiéter. Ils ont ainsi suggéré que le Fonds national de solidarité investisse en Bourse pour soutenir les cours - ce qui ruinerait la réputation de relative rigueur du gouvernement : le Fonds avait été créé pour épargner une partie des revenus tirés du pétrole, et protéger le pays des tensions inflationnistes.
DOUCHE FROIDE
Quelques-unes des plus grandes entreprises russes tentent de lancer des programmes de rachat d'actions, mais la perte de confiance s'explique aussi par la chute du rouble, l'inflation en hausse et la paralysie du gouvernement, incapable de se décider sur des questions cruciales comme la réforme fiscale.Il reste peut-être un espoir. Les milliardaires russes sont frappés au portefeuille par la chute brutale des cours. Cette douche froide pourrait les pousser à faire pression sur le gouvernement pour que de sérieuses réformes aient enfin lieu.



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Dans l'édition du Monde datée du16 septembre, Jean-Michel Bezat analyse le fonctionnement du marche énergétique en l'Union européenne et sa dépendance à l'égard de la Russie, qui fournit à l'Europe 26 % de son gaz. Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire américain Newsweek, Bernard Kouchner, le ministre français des affaires étrangères, évoquait récemment la mise en place d'une "centrale européenne d'achat de gaz". Mais est ce possible, alors qu'il n'existe déjà pas aujourd'hui de politique coordonnée en la matière au sein de l'UE, le Kremlin et son bras armé Gazprom jouant subtilement de ces divisions?

A Bruxelles, experts et hauts fonctionnaires de la Commission sont nombreux à penser que l'achèvement de la libéralisation du marché intérieur de l'énergie (transparence des prix, accès des tiers aux lignes à haute tension et aux gazoducs, multiplication des interconnexions électriques et gazières, séparation des producteurs et des distributeurs, renforcement des régulateurs...) est le meilleur garant de la sécurité des approvisionnements. Mais la décision d'investir est entre les mains des compagnies pétrolières, gazières ou électriques, privées ou sorties récemment du giron public. Ce ne sont ni l'UE ni ses Etats membres qui investissent dans les terminaux méthaniers qui permettraient à l'Europe de ne pas dépendre des "tuyaux" venant de Russie, de Norvège et d'Algérie pour son approvisionnement en gaz, mais les géants comme Shell, BP, Total, EDF, Eni, GDF Suez ou Gas Natural. Et il n'existe pas de politique coordonnée en la matière.
GRANDS PROJETS
Il n'y a pas davantage de coordination sur les choix énergétiques. Le Royaume-Uni vit depuis trente ans sur son pétrole et son gaz, l'Allemagne sur son charbon, ses énergies renouvelables et ses liens privilégiés avec la Russie. La France se targue d'avoir développé le nucléaire, qui lui permet de moins dépendre du gaz et du charbon pour ses centrales, et de présenter de surcroît un bon bilan CO2. "Sécurité et propreté", résument les défenseurs du modèle français, mais Paris commence à peine à convaincre les pays qui ont programmé leur sortie du nucléaire. Les grands projets gaziers avec la Russie ne se sont pas faits avec l'UE, mais avec des entreprises s'appuyant sur les Etats. Au risque, parfois, d'ébranler la cohésion de l'Union. Quand l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder a accepté de présider le consortium russo-allemand chargé de construire le gazoduc Northstream sous la Baltique, il savait que le projet piloté par le russe Gazprom susciterait la colère de la Pologne et des pays baltes, exclus des routes de transit. Quand le président du conseil italien Romano Prodi a parrainé en 2007 le projet de gazoduc Southstream - lui aussi dirigé par Gazprom avec l'appui du groupe pétrolier italien Eni -, il n'ignorait qu'il sapait ainsi Nabucco, le projet de gazoduc reliant les gisements gaziers de la mer Caspienne à l'Europe en contournant, par le Caucase et la Turquie, le territoire russe, pourtant défendu par Bruxelles comme "prioritaire et stratégique". Il n'aurait plus manqué que l'ex-président de la Commission européenne accepte la proposition de Vladimir Poutine de prendre la tête du consortium ! Dans ces affaires, les relations bilatérales, les intérêts financiers et l'histoire ont prévalu. Avec respectivement 42 % et 39 % de leur gaz provenant de Russie, l'Allemagne et l'Italie n'ont pas les mêmes intérêts que le Royaume-Uni (2 %) ou l'Espagne (0 %). A travers Eni et l'électricien Enel, l'Italie a tissé de solides liens avec la Russie. Qu'importe, pour ces entreprises italiennes, si Southstream "doublonnerait" avec Nabucco dans plusieurs pays membres de l'UE (Grèce, Bulgarie, Hongrie et Autriche). Les relations entre l'Allemagne et la Russie, depuis les années 1970 et l'Ostpolitik de Willy Brandt, sont encore plus fortes. M. Schröder a récemment déclaré qu'en présidant le Northstream, il travaillait "dans l'intérêt des consommateurs européens". L'Allemagne représente 40 % des investissements de l'UE en Russie. Ses industriels ne veulent pas connaître les mésaventures rencontrées par Shell et BP, qui ont perdu le contrôle de certains de leurs projets stratégiques en Russie. Symbole de ces liens dans l'énergie, la présence de la société allemande E.ON-Rurhgas dans le capital de Gazprom, et celle de son président, Burckhard Bergmann, au conseil d'administration du géant russe.


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Selon le Figaro daté d'aujourd'hui, l'entourage du président français à qualifié les discussions de Nicolas Sarkozy avec son homologue russe hier à Moscou comme "très tendues"."On s'en va. Ce n'est pas négociable"- a lancé le Président français aux négociateurs russes, au milieu des discussions, selon plusieurs sources.

Voilà quatre heures que les délégations russes et européennes discutent à Moscou, lundi, de l'application de l'accord de paix en Géorgie signé en août, quand l'incident survient. Le président Medvedev s'est absenté, mais les négociateurs russes annoncent qu'ils souhaitent supprimer une partie de l'accord qui stipule que leurs forces doivent se retirer sur «leurs positions antérieures au début des hostilités». Coup de sang : de Nicolas Sarkozy. Selon plusieurs sources, le chef de l'Etat se lève et dit «on s'en va. Ce n'est pas négociable, nous ne pouvons pas accepter l'invasion d'un pays indépendant». Et d'ajouter : «les retrait des forces russes sur leurs positions du 7 août, c'est notre ligne rouge». La délégation russe retourne alors chercher Dmitri Medvedev, qui «appelle au calme». La discussion peut reprendre. Et la délégation européenne annoncer à la fin de la nuit qu'elle a obtenu des Russes l'engagement d'un retrait de leurs troupes de Géorgie d'ici un mois. Elles resteront en revanche stationnées dans les provinces autonomistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie.
L'UE prête à «tirer toutes les conséquences»
Nicolas Sarkozy et la délégation européenne, conduite par le président de la Commission Jose Manuel Barroso, sont partis de Moscou dans la nuit pour la capitale de la Géorgie, Tbilissi. Ils y ont réitéré leur soutien au président Saakachvili. «La Géorgie peut compter sur la solidarité et l'engagement déterminé de l'Union européenne dans ces heures difficiles. «L'Union européenne et ses 27 Etats membres, ses institutions, parlent et agissent d'une façon ferme, unie», a assuré Jose Manuel Barroso, précisant que 200 observateurs de l'UE seraient déployés en Géorgie d'ici au 1er octobre, «dans le cadre des mandats de l'OSCE et de la Monug (la Mission des Nations unies en Géorgie, ndlr)». Et Nicolas Sarkozy de prévenir : «Le 15 octobre, il ne doit pas y avoir un seul soldat russe qui soit sur des positions qui n'étaient pas celles où (les troupes) se trouvaient avant le 7 août. Soit c'est fait et dans ce cas là chacun a respecté sa parole. Soit ce n'est pas fait et alors cinq jours plus tard, l'Europe en tirera les conséquences». Autre promesse, celle d'une «conférence des donateurs» pour aider la Géorgie, qui devrait se tenir «en octobre», sous l'égide notamment du FMI et de la Banque Mondiale. De son côté, le président Saakachvili a signé une lettre dans laquelle il réitère «son engagement à respecter l'accord» du mois d'août qui exclut le recours à la force, condition posée par Moscou par un retrait de ses troupes du territoire géorgien.

Sarkozy: le test russe

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Le quotidien Libération annonce aujourd'hui 8 septembre que Nicolas Sarkozy, le président en exercice de l'UE, retourne dans les capitales russe et géorgienne, accompagné du président de la Commission européenne José Manuel Barrosose et du diplomate en chef de l'UE, Javier Solanase. Selon le journal, ce deuxième voyage de Sarkozy dans ces capitales engage non seulement sa crédibilité, mais aussi celle de l’Union.

Le chef de l’Etat français, qui s’est démené pour obtenir un accord de cessez-le-feu, le 12 août, après le déclenchement des hostilités par Tbilissi quatre jours plus tôt, est envoyé par ses partenaires européens pour obtenir de Moscou le respect de ses engagements, en particulier le retour des troupes russes, encore présentes sur le territoire géorgien, sur leurs positions d’avant le 7 août. Faute de quoi, l’Union sera contrainte d’adopter des sanctions contre la Russie, une escalade qu’elle ne souhaite pas.
«Curseur».
Prudemment, les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept, qui se sont réunis vendredi et samedi de façon «informelle», à Avignon, la ville de naissance de Bernard Kouchner, ont soigneusement évité de dire ce qu’ils attendaient de ce voyage : «Personne n’a dit où devait se situer le curseur pour que l’on parle de succès», se félicite un diplomate français. Il n’est pas question d’accentuer la pression sur Moscou, qui n’a déjà pas apprécié que les Vingt-Sept décident, lundi dernier, lors d’un sommet extraordinaire, de suspendre les négociations d’un partenariat stratégique entre l’Union européenne et la Russie. «On n’a même pas envisagé un refus de retrait russe, poursuit cette même source : On verra bien ce qui se passera. On avance pas à pas». En croisant les doigts. Le président français n’arrive pas les mains vides dans la capitale russe : les chefs de la diplomatie européenne ont en effet accepté la proposition allemande d’appeler à la création d’une mission d’enquête internationale sur les origines et le déroulement du conflit entre la Russie et la Géorgie, qui risque de pointer la responsabilité du président géorgien Mikhaïl Saakachvili dans le déclenchement des hostilités. C’est exactement ce que souhaitent les Russes qui voudraient que leur point de vue soit pris en compte par la communauté internationale. «Il faut savoir ce qui s’est passé», s’est justifié Bernard Kouchner. «Les chiffres les plus fantaisistes - ou réels d’ailleurs - circulaient. 1000 ou 2000 morts ? Qui a commencé, quel genre de provocations, à quel moment, pendant combien de temps, qu’est-ce qui était préparé de part et d’autre ?» Durant la réunion à huis clos des ministres, Kouchner n’a pas hésité à laisser éclater sa colère contre Saakachvili, qu’il accuse d’avoir joué la politique du pire.
Sourdine.
Moscou ne pourra pas jouer sur les divergences européennes, qui ont été mises en sourdine depuis le sommet du 1er septembre. Il faut dire que les Vingt-Sept savent que leur unité est la seule arme dont ils disposent pour l’instant face à la Russie. Quelle que soit l’issue de cette crise, elle aura permis aux Européens de prendre conscience que «la question du voisinage de l’Union ne va pas de soi», comme le résume un diplomate français. Les États membres ont affirmé, à Avignon, qu’il fallait «anticiper les crises». «L’Europe doit être présente dans le Caucase pour éviter la répétition du scénario géorgien», comme l’explique un diplomate européen.
«Puissance douce».
L’Union s’inquiète aussi de la politique russe vis-à-vis de l’Ukraine («Pour les Russes, l’Ukraine c’est l’Alsace-Lorraine pour la France», dit un diplomate français), de la Moldavie et de la Biélorussie. La Pologne encourage ainsi les Vingt-Sept à lever les sanctions contre Minsk, même si ce pays demeure une dictature, afin de l’ancrer dans le camp européen. L’Union est désormais «moins naïve», explique un diplomate européen : «Le curseur s’est déplacé depuis la guerre en Géorgie : le sommet européen de lundi et la rencontre d’Avignon de ce week-end montrent que la Russie est désormais davantage perçue comme une puissance qui peut menacer les intérêts de l’Union, même s’il reste des différences de perceptions entre les pays européens.» «Nous sommes de retour au monde brutal de 1914 : les deux superpuissances, c’est fini, le monde dominé par les États-Unis, c’est fini, on est dans le multipolaire», analyse un diplomate français. Or, dans ce monde incertain, «l’Europe est postmoderne et n’a que l’arme diplomatique à sa disposition». Plusieurs pays ont donc insisté pour que l’Union, «puissance douce», puisse aussi disposer des instruments du «hard power», c’est-à-dire se dote de capacités militaires. Afin d’être écoutée plus attentivement.

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Le quotidien Libération a publié dans son édition d'aujourd'hui un article de Marc Semo, Lorraine Millot et Thomas Hofnung qui analyse l'impact de la crise géorgienne sur les relations entre les Européens et Moscou. La Russie est-elle vraiment intouchable? Peut-elle se permettre d’ignorer les critiques de ses anciens adversaires, devenus d’importants partenaires économiques? Libération rappelle que l'affaire Khodorkovski a certes refroidit les ardeurs de certains investisseurs, mais que les liens économiques sont toujours plus forts entre les deux zones.

D’éventuelles sanctions décrétées par l’UE pourraient-elles gêner les Russes?
Le sentiment dominant à Moscou est que les Européens ne peuvent pas faire grand-chose contre la Russie. Les négociations sur son entrée au sein de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce) piétinent depuis des années, au point que les Russes affirment aujourd’hui pouvoir s’en passer. Pour ce qui est des visas, Moscou demande depuis des années leur suppression, en vain. Elle sait qu’un nouveau durcissement européen serait contre-productif, renforçant encore les sentiments anti-Occidentaux en Russie. Cibler des oligarques, qui ont élu domicile à Londres ou sur la Côte d’Azur, n’est pas si simple : sur quels critères définir qui est proche du pouvoir et qui ne l’est pas ? Par ailleurs, les élites russes ne croient guère aux sanctions économiques. L’affaire Khodorkovski, du nom de l’ancien patron du géant pétrolier Ioukos tombé en disgrâce du jour au lendemain et emprisonné en Sibérie, a certes effrayé un temps les investisseurs occidentaux. Mais ils sont ensuite revenus au galop : la Russie est l’un des marchés économiques les plus prometteurs et les multinationales s’y bousculent. A Moscou, on assume d’ailleurs assez bien de sacrifier quelques points de croissance à la résurrection géopolitique du pays. En revanche, les Russes, qui se bercent d’illusions sur la nature démocratique et presque «occidentale» de leur régime, sont très sensibles aux critiques. Un discours plus cohérent des Européens, qui dénonceraient clairement les crimes du régime Poutine-Medvedev, à commencer par le nettoyage ethnique en voie de parachèvement en Ossétie et en Abkhazie, serait un vrai choc pour Moscou. Il ne pourrait pas passer totalement inaperçu dans le pays, même à travers la propagande du régime. Déjà, on a bien noté aussi à Moscou que les ministres du G7 ont repris l’habitude, ces derniers temps, de se concerter sans la Russie, qui tient beaucoup à l’appartenance à ce «club des riches».
Faut-il suspendre les négociations sur le partenariat stratégique?
Depuis la fin de l’Union soviétique, l’UE a noué d’étroits liens politiques et économiques avec la Russie, dont les Vingt-Sept sont, de loin, le premier partenaire commercial. De tous les pays qui entretiennent avec l’UE des relations suivies, la Russie est celui avec lequel les rencontres sont les plus fréquentes : deux sommets annuels, alors qu’il n’y en a qu’un avec les Etats-Unis ou la Chine. Mais depuis quatre ans, après l’entrée dans l’UE d’anciennes démocraties populaires, que leur histoire tragique a rendu méfiantes vis-à-vis de Moscou, les relations sont devenues plus tendues. D’autant que l’Europe a réalisé l’ampleur de sa dépendance énergétique. Les discussions au sein de l’Union pour un nouveau partenariat stratégique furent donc difficiles. Les négociations avec Moscou ont commencé en juillet et elles sont menacées directement par la crise géorgienne. Les plus anti-Russes parmi les Vingt-Sept appellent à les arrêter. «Il est utopique dans la situation actuelle de lancer un tel partenariat stratégique», a rappelé le président estonien Toomas Ilves, alors que les pays de la «vieille Europe», notamment les plus dépendants du gaz russe comme l’Allemagne sont nettement plus prudents.
Les Européens sont-ils paralysés par leur dépendance vis-à-vis du gaz russe?
La dépendance est réelle, mais à double face. Près du quart du gaz et du pétrole consommés par les Européens vient de Russie. Et selon une étude de la Commission européenne, cette dépendance devrait augmenter, du fait de l’extinction progressive des gisements norvégiens. A l’horizon 2030, Moscou devrait fournir 54% des besoins gaziers des Vingt-Sept. Une perspective pas forcément rassurante : début 2006, Italiens et Tchèques ont vu leur approvisionnement en gaz perturbé par les tensions entre Ukrainiens et Russes. Depuis, l’UE a accéléré la mise en œuvre d’un projet de gazoduc contournant la Russie via la Turquie, le projet Nabucco. Mais l’Europe avance en ordre dispersé. Gazprom a ainsi conclu un accord avec les Italiens d’ENI, reliant la Russie à l’Italie via la Bulgarie et la Grèce. De même, les Allemands ont signé un accord avec les Russes pour la construction d’un gazoduc unissant les deux pays sous la mer Baltique. En retour, la Russie, fortement dépendante de certains équipements technologiques européens, ne peut se permettre de rompre avec son principal acheteur. Hier, Vladimir Poutine affirmait ainsi que son pays ne jouerait pas de l’arme énergétique, tout en ajoutant qu’il comptait «diversifier» ses clients.