
Nous publions ci-dessous l'intégralité de l'interview que Robert Amsterdam,
l'avocat international de Mikhaïl Khodorkovski, a accordé à l'hebdomadaire français
Marianne, qui l'a publiée dans son édition datée du 5 juillet:
Marianne:Vous avez déposé une demande de libération anticipée pour l'ancien PDG du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, qui a déjà purgé la moitié de sa peine de huit ans de prison pour fraude fiscale. Pensez-vous que le président Medvedev y sera plus favorable que Poutine ?* Avocat américain de Mikhaïl Khodorkovski
Robert Amsterdam: Nous espérons que Medvedev comprendra combien l'acharnement judiciaire contre Khodorkovski et notamment les blâmes pour mauvaise conduite qu'on lui a infligés pour avoir croisé les bras ou bu du thé au mauvais endroit - nuit à l'image de la Russie. Car nous sommes très inquiets pour sa vie là où il est. Je vous rappelle le sort monstrueux réservé à son ancien avocat,Vassili Alexanian, longtemps privé de soins en prison alors qu'il souffre d'un cancer et du sida.
Medvedev peut-il s'opposer à Poutine sur une affaire aussi emblématique ?
R.A. :Je pense qu'on a tort de considérer Medvedev comme un simple pantin dont Poutine actionnerait les fils. Pour autant, je ne sais pas ce qu'il est véritablement. Par ailleurs, je pense qu'on a attribué trop de pouvoir à Poutine. En fait, il a surtout su jouer l'équilibre entre les différents pouvoirs.
Beaucoup se réjouissent du ton plus conciliant de Medvedev envers l'Union européenne et les Etats-Unis, mais déplorent l'absence de réel changement...
R.A. : Il y a incontestablement un changement de ton et de vocabulaire chez Medvedev. Il y a aussi quelques signes qui vont dans le bon sens: ainsi les récentes déclarations d'un juge très critique sur les interférences de l'exécutif. A mon sens, le fait d'accorder plus d'indépendance au pouvoir judiciaire serait pour Medvedev une occasion extraordinaire de consolider son pouvoir. On est dans ses cent premiers jours de présidence.Laissons-lui un peu de temps.
Propos recueillis par Anne Dastakian