
Le site Internet du quotidien La Croix a repris hier 16 juillet une dépêche de l'AFP annonçant que " Mikhaïl Khodorkovski, prenant au mot le nouveau président Dmitri Medvedev sur l'indépendance de la justice, a demandé mercredi sa libération anticipée, après un procès considéré comme largement politique".
"Je demande une libération anticipée car j'ai purgé plus de la moitié de ma peine, j'ai travaillé consciencieusement en prison (...) et fait tout mon possible pour rembourser de mon propre gré les arriérés fiscaux qu'on m'impute", écrit l'ex-milliardaire dans un message publié par ses avocats lors d'une conférence de presse à Moscou. "Dès le début, il n'y a pas eu de nécessité de me garder en prison, et aujourd'hui il y en a encore moins", affirme-t-il.Les avocats de l'ex-patron de Ioukos, condamné à huit ans de prison pour fraude fiscale, ont déclaré avoir réussi à "le convaincre de franchir ce pas" après l'arrivée à la tête de l'Etat en mai de Dmitri Medvedev.
"Nous avons beaucoup d'espoir après les propos de M. Medvedev sur l'indépendance de la justice", a déclaré l'avocat Iouri Chmidt. "Ce qui nous réjouit, c'est que ces paroles sont confirmées par des actes", a-t-il ajouté en évoquant de "récentes décisions judiciaires qui auraient été inespérées auparavant", sous la présidence de Vladimir Poutine. "S'il obtient l'indépendance réelle de la justice, ce sera une vraie révolution", a lancé M. Chmidt. Cette nouvelle tendance politique "déroute les juges", a ajouté son confrère Vadim Kluvgant. "Ne recevant plus de signes d'en haut, la cour peut enfin montrer son indépendance".
M. Khodorkovski, qui était devenu l'homme le plus riche de Russie et disposait d'une influence politique croissante, a été arrêté en 2003 et condamné en 2005, sous la présidence de Vladimir Poutine, à l'issue d'un procès considéré comme inspiré par le Kremlin. La direction de la prison de Tchita (en Sibérie orientale, à 6.000 kilomètres de Moscou où Mikhail Khodorkovski est incarcéré) doit estimer d'ici dix jours si le comportement de l'ex-patron de Ioukos autorise une libération anticipée. Le tribunal Ingodinski de Tchita s'exprimera ensuite d'ici un mois sur la libération. Mais le chef du Département régional de l'application des peines, Iounous Amaïev, s'est déjà montré sceptique quant à une telle perspective. "Une libération anticipée ? il faut encore la mériter", a-t-il dit à l'agence Interfax. Fin 2007, alors que M. Khodorkovski avait purgé la moitié de sa peine, l'administration pénitentiaire avait déjà rejeté toute libération en invoquant des motifs futiles, comme d'être allé à la promenade sans mettre les mains derrière le dos. En cas d'un refus du tribunal, Khodorkovski peut encore bénéficier d'une grâce présidentielle. Mais début juillet, Dmitri Medvedev, dont chaque propos est scruté, a déclaré que l'exécutif ne devait "pas prendre position" dans cette affaire. Début juin, il avait rejeté une intervention de la diplomatie allemande en faveur de M. Khodorkovski, arguant du fait que "les questions relatives à l'exécution des peines et à la grâce présidentielle ne doivent pas faire l'objet de négociations interétatiques".Depuis fin juin, Khodorkovski est l'objet de nouvelles accusations, notamment d'avoir blanchi 28 milliards de dollars (18 milliards d'euros) et volé presque 350 millions de tonnes de pétrole.Selon sa défense, qui soupçonne le parquet de vouloir prolonger ainsi la procédure dans l'attente de "nouveaux ordres" du Kremlin, il s'agit simplement d'une "nouvelle mouture d'accusations avancées pour la première fois en février 2007".
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