July 2008 Archives

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Le Monde a repris aujourd'hui 29 juillet sur son site Internet une dépêche de l'AFP annonçant que "l'ex patron de la compagnie pétrolière Ioukos Mikhaïl Khodorkovski a reproché mardi aux enquêteurs de ne pas lui avoir fourni de preuves de sa culpabilité dans le cadre de nouvelles accusations contre lui, lors des auditions à Tchita (Sibérie orientale)."

"On m'accuse d'avoir volé du pétrole des filiales de Ioukos, mais dans le dossier il n'y a pas un seul document financier. On ne m'a pas fourni de preuves originales, seulement des dérivés qui se contredisent", a déclaré M. Khodorkovski cité par l'agence Interfax. Selon lui, ses avocats ont obtenu des services d'Etat concernés des copies des documents qui ne constituent pas des preuves. Mikhaïl Khodorkovski qui purge une peine en Sibérie pour fraude fiscale à grande échelle s'est plaint de ne pas avoir accès aux bases de données électroniques de Ioukos "afin de vérifier les résultats d'expertises". Le parquet a rendu public le 30 juin ce qu'il a présenté comme étant de nouvelles accusations contre l'ex-patron de Ioukos, qui aurait selon lui blanchi 28 milliards de dollars (18 milliards d'euros). Ces "nouvelles accusations" visant l'ex-milliardaire et son collaborateur Platon Lebedev portent non seulement sur le blanchiment d'argent, mais aussi sur "le vol de presque 350 millions de tonnes de pétrole". Arrêté en 2003 et condamné pour fraude fiscale en 2005 à l'issue d'un procès considéré comme inspiré par le Kremlin, M. Khodorkovski purge une peine de huit ans de camps en Sibérie. Il a déjà été inculpé de nouveaux délits en février 2007 pour "détournement de biens à très grande échelle". Il a demandé à la mi-juillet sa libération anticipée, après avoir purgé plus de la moitié de sa peine.


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Le site 20 minutes.fr a publié un article intéressant daté du 25 juillet à partir des critiques ouvertes du Premier ministre russe vis-à-vis de Igor Ziouzine, PDG et principal actionnaire d’un des géants russes du secteur métallurgique, Metchel. A l’occasion d’une réunion du gouvernement qui lui était consacrée jeudi, Poutine l'accusait d’avoir dissimulé des profits au fisc en exportant du minerai de coke en-deça des prix du marché.

«Je pense qu’Igor Vladimirovitch devrait guérir au plus vite. Sinon, il faudra lui envoyer le docteur pour nettoyer tous ces problèmes.» Depuis le démembrement du géant pétrolier Ioukos, et l’emprisonnement de son dirigeant Mikhaïl Khodorkovski, les hommes d’affaires russes savent ce que pèsent ce genre de phrases dans la bouche de Vladimir Poutine.
Poutine a prévenu: il s'intéresse à l'économie nationale

Mal lui en a pris: suite aux déclarations du dirigeant russe, l’action de Metchel a perdu en une seule journée 38% à la bourse de New York, soit une chute de plus de 5 milliards de dollars de sa valeur boursière. Vladimir Poutine ne s’est pas arrêté là et a demandé au Parquet général et au Service fédéral antimonopole – déjà saisi de la question – de s’intéresser de plus près à Metchel. Du jamais vu depuis l’affaire Ioukos – et ce n’est pas par hasard. A son entrée en fonction, le Premier ministre avait promis de se détourner de la politique internationale – et donc de ses acteurs économiques comme Gazprom – pour se concentrer sur l’économie nationale. Première cible logique: le secteur métallurgique, devenu capital depuis que les prix mondiaux de l’acier et d’autres métaux atteignent des records.
Se tenir loin de la politique n'est plus suffisant
C’est Igor Setchine, leader officieux des «siloviki», ce clan politique issu en majorité de l’ex-KGB, et passé avec Vladimir Poutine de l’administration présidentielle au gouvernement, qui s’est collé au problème. Début avril, des géants énergétiques dont la filiale pétrolière de Gazprom s’étaient plaints de l'augmentation des prix de l’acier qu’ils jugeaient artificielle. Fin juin, le vice-Premier ministre Setchine a donné un mois aux différents acteurs de la branche pour régler la question. Le fouet est retombé sur Metchel, qui selon les informations du quotidien économique Vedomosti, aurait contribué à l’inflation des prix en jouant de sa position dominante sur le marché de l’extraction du charbon et de la coke. S’assurant de solides bénéfices en exportant ce minerai, les dirigeants de Metchel ont négligé les entreprises nationales et c’est ce qui lui coûte un tel redressement, affirme Vedomosti. La plupart des experts évitent cependant pour l’instant de prédire à l’entreprise un destin à la Ioukos: Mikhaïl Khodorkovski a été emprisonné pour avoir voulu s’opposer politiquement à Vladimir Poutine. Ici la mise au pas semble strictement économique. Les capitaines d’industrie sont désormais prévenus: il ne suffira plus de se tenir loin de la politique, il faudra aussi suivre les règles économiques imposées par le gouvernement.

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Dans son édition d'hier 25 juillet, Le Figaro faisait état du départ discret de Russie du PDG de TNK-BP Robert Dudley, menacé par ses actionnaires et la justice russes.

Il entend cependant continuer de diriger le groupe de l'étranger. La localisation de ses nouveaux bureaux n'a pas été précisée, mais le patron a exclu de s'installer au siège de BP, à Londres.Ses difficultés administratives en Russie interviennent alors que les actionnaires russes de TNK-BP demandent sa démission. Ils estiment en effet que Robert Dudley a favorisé les intérêts de BP au sein de la co-entreprise détenue à parts égales par le groupe pétrolier britannique et son homologue russe TNK.Le conflit est apparu au grand jour en mai dernier. BP a été assigné en justice, et condamné mercredi dernier par une cour sibérienne, pour avoir utilisé 148 techniciens de BP au sein de la co-entreprise, ce qui aurait porté atteinte aux intérêts de la société selon les a ctionnaires russes. BP a indiqué son intention de faire appel de cette décision en Suède, une localisation choisie en raison de la création de la co-entreprise sous le droit suédois. Le groupe britannique a cependant rapatrié l'ensemble des personnels concernés, qui ne pouvaient plus travailler depuis mars dernier.

Après l'affaire Ioukos
Par ailleurs, Robert Dudley a été convoqué par le ministre russe de l'Intérieur, sur des soupçons de fraude fiscale présumée au sein de TNK-BP. «J'espère que la pression administrative sur le groupe va maintenant diminuer», a déclaré le PDG dans un communiqué publié après son départ, qui a été préparé dans le secret. Après que la Russie a décidé lundi de ne pas renouveler son visa à Robert Dudley, le patron se disait alors confiant, et avait indiqué qu'il ne comptait pas quitter le pays. En revanche, les Etats-Unis se sont déclarés «préoccupés» par la situation de leur concitoyen.Les accusations contre le PDG de TNK-BP ne sont pas sans rappeler celles qui ont conduit à la chute de Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien dirigeant du géant pétrolier Ioukos, qui est détenu en Sibérie depuis 2006, avec son associé Platon Lebedev. D'autant que des rumeurs évoquent la volonté des groupes russes Gazprom et Rosneft d'entrer au capital de TN K-BP. Cette affaire témoigne du climat des affaires en Russie. Le dossier Ioukos lui-même n'est pas encore refermé. Mercredi dernier, le Parquet russe a requis la prison à vie contre Leonid Nevzline, l'ancien premier actionnaire de Ioukos. Il est jugé par contumace, soupçonné d'avoir «organisé» deux meurtres. Leonid Nevzline s'est réfugié en Israël."

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Une dépêche de RIA Novosti révèle aujourd'hui 18 juillet que "le tribunal Simonovski de Moscou a prolongé jusqu'au 23 octobre la garde à vue de l'ancien vice-président du groupe pétrolier Ioukos, Vassili Aleksanian".

M. Aleksanian fait l'objet d'un procès pour détournement de fonds qui a été suspendu le 6 février dernier en raison de son état de santé. Atteint d'un cancer et du sida, il est actuellement incarcéré dans un hôpital de Moscou. La défense de l'ancien homme d'affaires a jugé inutile cette prolongation de la garde à vue. "Nous estimons que prolonger la garde à vue de M. Aleksanian n'a aucune raison d'être, car il n'a pas l'intention de fuir la justice.
Fuir l'aide médicale qu'il reçoit reviendrait à se suicider", a souligné son avocat Guevorg Danguian. Pour le procureur Nikolaï Vlassov, cette mesure est au contraire indispensable, car une fois en liberté l'ex-entrepreneur pourrait fuir la justice, faire pression sur des témoins ou détruire des pièces à conviction. "La garde à vue n'empêche pas M . Aleksanian de recevoir les traitements nécessaires", a-t-il déclaré.

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Le site Internet du quotidien La Croix a repris hier 16 juillet une dépêche de l'AFP annonçant que " Mikhaïl Khodorkovski, prenant au mot le nouveau président Dmitri Medvedev sur l'indépendance de la justice, a demandé mercredi sa libération anticipée, après un procès considéré comme largement politique".

"Je demande une libération anticipée car j'ai purgé plus de la moitié de ma peine, j'ai travaillé consciencieusement en prison (...) et fait tout mon possible pour rembourser de mon propre gré les arriérés fiscaux qu'on m'impute", écrit l'ex-milliardaire dans un message publié par ses avocats lors d'une conférence de presse à Moscou. "Dès le début, il n'y a pas eu de nécessité de me garder en prison, et aujourd'hui il y en a encore moins", affirme-t-il.Les avocats de l'ex-patron de Ioukos, condamné à huit ans de prison pour fraude fiscale, ont déclaré avoir réussi à "le convaincre de franchir ce pas" après l'arrivée à la tête de l'Etat en mai de Dmitri Medvedev.
"Nous avons beaucoup d'espoir après les propos de M. Medvedev sur l'indépendance de la justice", a déclaré l'avocat Iouri Chmidt. "Ce qui nous réjouit, c'est que ces paroles sont confirmées par des actes", a-t-il ajouté en évoquant de "récentes décisions judiciaires qui auraient été inespérées auparavant", sous la présidence de Vladimir Poutine. "S'il obtient l'indépendance réelle de la justice, ce sera une vraie révolution", a lancé M. Chmidt. Cette nouvelle tendance politique "déroute les juges", a ajouté son confrère Vadim Kluvgant. "Ne recevant plus de signes d'en haut, la cour peut enfin montrer son indépendance".
M. Khodorkovski, qui était devenu l'homme le plus riche de Russie et disposait d'une influence politique croissante, a été arrêté en 2003 et condamné en 2005, sous la présidence de Vladimir Poutine, à l'issue d'un procès considéré comme inspiré par le Kremlin. La direction de la prison de Tchita (en Sibérie orientale, à 6.000 kilomètres de Moscou où Mikhail Khodorkovski est incarcéré) doit estimer d'ici dix jours si le comportement de l'ex-patron de Ioukos autorise une libération anticipée. Le tribunal Ingodinski de Tchita s'exprimera ensuite d'ici un mois sur la libération. Mais le chef du Département régional de l'application des peines, Iounous Amaïev, s'est déjà montré sceptique quant à une telle perspective. "Une libération anticipée ? il faut encore la mériter", a-t-il dit à l'agence Interfax. Fin 2007, alors que M. Khodorkovski avait purgé la moitié de sa peine, l'administration pénitentiaire avait déjà rejeté toute libération en invoquant des motifs futiles, comme d'être allé à la promenade sans mettre les mains derrière le dos. En cas d'un refus du tribunal, Khodorkovski peut encore bénéficier d'une grâce présidentielle. Mais début juillet, Dmitri Medvedev, dont chaque propos est scruté, a déclaré que l'exécutif ne devait "pas prendre position" dans cette affaire. Début juin, il avait rejeté une intervention de la diplomatie allemande en faveur de M. Khodorkovski, arguant du fait que "les questions relatives à l'exécution des peines et à la grâce présidentielle ne doivent pas faire l'objet de négociations interétatiques".Depuis fin juin, Khodorkovski est l'objet de nouvelles accusations, notamment d'avoir blanchi 28 milliards de dollars (18 milliards d'euros) et volé presque 350 millions de tonnes de pétrole.Selon sa défense, qui soupçonne le parquet de vouloir prolonger ainsi la procédure dans l'attente de "nouveaux ordres" du Kremlin, il s'agit simplement d'une "nouvelle mouture d'accusations avancées pour la première fois en février 2007".



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L'agence RIA Novosti a publié aujourd'hui 16 juillet une dépêche citant le président Dmitri Medvedev qui "a reconnu mardi les défaillances du système judiciaire russe, constatant que les juges subissaient parfois des pressions directes".

"Nous devons prendre toutes les mesures qui s'imposent pour renforcer l'indépendance des juges. La législation en vigueur est censée la garantir, mais il est tout à fait évident que les pressions, le trafic d'influence, l'usage de leviers administratifs et parfois les pots-de-vin directs sont monnaie courante", a-t-il indiqué lors d'une réunion dans sa résidence de campagne à Gorki, à l'ouest de Moscou. Selon M. Medvedev, l'important est de trouver des mécanismes législatifs modernes permettant de renforcer l'indépendance des magistrats. L'indépendance des juges et la lutte contre le "nihilisme juridique" faisaient partie des priorités du programme électoral de Dmitri Medvedev. Le chef du Kremlin a par ailleurs constaté que la législation procédurale russe était en conformité avec la Constitution et les engagements internationaux de la Russie, ce qui permettait théoriquement de protéger les droits et les intérêts des particuliers et des sociétés, mais que son application laissait à désirer en raison de toute une série de défaillances parmi lesquelles il a cité la longueur des procès et la corruption.

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Le Financial Times a publié hier 10 juillet un point de vue de Gary Kasparov sur l’état de la démocratie en Russie. Le leader du parti d'opposition "L'Autre Russie" critique l'Ouest pour choisir d'ignorer ce qui est selon lui la réalité sombre de son pays. Il estime que la démocratie à la mode russe n'est pas plus réelle que celle du Zimbabwe. Kasparov cite dans son article un sondage récent du Centre UE-Russie selon lequel 50% des citoyens russes les plus éduqués et les plus prospères voudraient émigrer s'ils en avaient la possibilité. “Les résultats du sondage démentent les fantasmes étrangers selon lesquels la Russie change grâce aux recettes pétrolières et aux boutiques de luxe comme si l'on pouvait transformer d'un coup de baguette magique le pays en une démocratie réelle"- souligne l'ancien champion du monde d'échecs.

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L'AFP a annoncé dans une dépêche datée d'hier 9 juillet que "le président russe Dmitri Medvedev a agité le spectre de "mesures de rétorsion" mercredi après la signature d'un accord américano-tchèque sur le bouclier antimissile, tandis que Washington jouait l'apaisement en proposant à Moscou une "coopération stratégique".

La Russie ne va pas se livrer à l'hystérie, mais réfléchir à des mesures de rétorsion", a-t-il dit à l'issue du sommet du G8 à Toyako (Japon), sans s'étendre sur la nature de ces mesures.Le nouveau président russe, plus mesuré dans la forme, n'en est pas moins apparu aussi ferme sur le fond que son prédécesseur Vladimir Poutine. La Russie affirme que ce bouclier menace sa dissuasion nucléaire, là où Washington assure vouloir parer des menaces futures de l'Iran. Dans le cadre de cet ambitieux projet, Washington et Prague ont signé mardi un accord prévoyant l'installation d'un radar ultrapuissant en République tchèque. Doivent s'y ajouter des intercepteurs de missiles en Pologne
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Sur le blog "Nice Premium", J.L.Vannier écrivait hier 6 juillet un éditorial consacré aux conséquences morales de la libération d'Ingrid Betancourt. Selon l'auteur, la libération de cette femme courageuse, qui a suscité une grande émotion dans le monde, doit constituer un premier pas vers le rétablissement du respect des droits de l'homme, partout et toujours.
Vannier souligne que Nicolas Sarkozy pourrait

profiter du Sommet du G8 qui se tient ces jours-ci à Sapporo au Japon pour demander au nouveau président russe de gracier Mikhäil Khodorkovski. Il imiterait ainsi le geste courageux de la Chancelière allemande Angela Merkel : celle-ci avait inscrit son cas au menu de ses premiers entretiens avec Dmitri Medvedev tandis que son ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeir l’évoquait avec Iouri Schmidt, son avocat moscovite. Ni Français, ni Allemand, l’ancien patron de Ioukos, injustement emprisonné en Sibérie, devient aussi une forme de symbole dans ces droits de l’homme en pleine déliquescence. Sans parler des cyberdissidents chinois arrêtés, des prisonniers libanais disparus en Syrie...et tant d’autres encore. L’accent mis sur le respect des droits de la personne ne saurait certes constituer une stratégie de compensation des catastrophes économiques. Mais les responsables politiques pourraient néanmoins s’enorgueillir, et l’ensemble des Français avec eux, d’avoir agi à la mesure de leur moyen : parmi tous les maux qui frappent l’humanité, ne pas se résoudre à abandonner le seul d’entre eux demeuré au fond de la jarre de Pandore : l’espérance.


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Nous publions ci-dessous l'intégralité de l'interview que Robert Amsterdam,
l'avocat international de Mikhaïl Khodorkovski, a accordé à l'hebdomadaire français
Marianne, qui l'a publiée dans son édition datée du 5 juillet:

Marianne:Vous avez déposé une demande de libération anticipée pour l'ancien PDG du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, qui a déjà purgé la moitié de sa peine de huit ans de prison pour fraude fiscale. Pensez-vous que le président Medvedev y sera plus favorable que Poutine ?
Robert Amsterdam: Nous espérons que Medvedev comprendra combien l'acharnement judiciaire contre Khodorkovski et notamment les blâmes pour mauvaise conduite qu'on lui a infligés pour avoir croisé les bras ou bu du thé au mauvais endroit - nuit à l'image de la Russie. Car nous sommes très inquiets pour sa vie là où il est. Je vous rappelle le sort monstrueux réservé à son ancien avocat,Vassili Alexanian, longtemps privé de soins en prison alors qu'il souffre d'un cancer et du sida.
Medvedev peut-il s'opposer à Poutine sur une affaire aussi emblématique ?
R.A. :Je pense qu'on a tort de considérer Medvedev comme un simple pantin dont Poutine actionnerait les fils. Pour autant, je ne sais pas ce qu'il est véritablement. Par ailleurs, je pense qu'on a attribué trop de pouvoir à Poutine. En fait, il a surtout su jouer l'équilibre entre les différents pouvoirs.
Beaucoup se réjouissent du ton plus conciliant de Medvedev envers l'Union européenne et les Etats-Unis, mais déplorent l'absence de réel changement...
R.A. : Il y a incontestablement un changement de ton et de vocabulaire chez Medvedev. Il y a aussi quelques signes qui vont dans le bon sens: ainsi les récentes déclarations d'un juge très critique sur les interférences de l'exécutif. A mon sens, le fait d'accorder plus d'indépendance au pouvoir judiciaire serait pour Medvedev une occasion extraordinaire de consolider son pouvoir. On est dans ses cent premiers jours de présidence.Laissons-lui un peu de temps.
Propos recueillis par Anne Dastakian
* Avocat américain de Mikhaïl Khodorkovski

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Il faut lire aujourd'hui Le Monde daté de demain qui publie un article sur les accusations présentées lundi à Mikhail Khodorkovski et Platon Lebedev. Il ne s'agit pas de nouvelles accusations, mais d'une simple ré-écriture des accusations déjà présentées en février 2007. Nous publions ci-dessous l'intégralité de ce texte intéressant...

Et voilà, Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev sont de nouveau inculpés." Un rien fataliste, l'avocat Iouri Schmidt a ainsi annoncé, mardi 1er juillet, la nouvelle mise en accusation de ses clients et anciens patrons de la major pétrolière Ioukos. Le parquet russe leur reproche d'"avoir volé des actions détenues par l'Etat, détourné (350 millions de tonnes de) pétrole et blanchi les fonds perçus lors de leur vente", rapporte l'avocat dans un communiqué mis en ligne sur le blog de Robert Amsterdam, l'un des avocats à l'étranger de Mikhaïl Khodorkovski. Le parquet estime le montant du vol, entre 1998 et 2003, à la somme astronomique de 33 milliards de dollars. S'il est reconnu coupable à l'issue d'un procès qui pourrait commencer au mois d'août, Mikhaïl Khodorkovski risque une peine de plus de vingt ans de prison. Le milliardaire déchu, libérable en 2011, purge actuellement, dans un établissement pénitentiaire de Sibérie, une première condamnation à huit ans de détention. Alors qu'il entendait prendre la tête de l'opposition politique au président russe de l'époque, Vladimir Poutine, il avait été condamné en 2005 pour escroquerie et fraude fiscale. Ses avocats et des organisations de défense des droits de l'homme avaient alors interprété cette foudre judiciaire comme le moyen de museler les ambitions politiques de ce milliardaire, enrichi à la faveur des privatisations sauvages des années 1990.

FAUX TÉMOIGNAGE

Cette fois encore, les avocats récusent le nouvel acte d'accusation qui ne serait, selon eux, qu'une version à peine rafraîchie et "mieux écrite" d'un acte déjà présenté en février 2007. "Ce sont les mêmes vieilles accusations, le même non-sens absurde", écrit maître Schmidt. Selon lui, l'objectif réel serait "une contre-attaque du pouvoir" destinée à amener Ioukos à interrompre les poursuites engagées devant des cours internationales pour contester la légalité de son dépeçage par l'Etat. Une autre raison, toujours selon Me Schmidt, tient, "sans aucun doute, à la possibilité de la libération anticipée des condamnés". Le parquet chercherait ainsi à "gagner du temps" en attendant les instructions du nouveau maître du Kremlin, Dmitri Medvedev, un ancien avocat qui s'était élevé contre "la rage administrative" dont Ioukos était l'objet. Légalement, Mikhaïl Khodorkovski, ayant purgé plus de la moitié d'une peine, peut en effet bénéficier d'une mesure de liberté conditionnelle. Or ses précédentes demandes ont toutes été rejetées par l'administration. Le témoignage d'un de ses anciens codétenus illustre toutefois"le traitement spécial" dont Mikhaïl Khodorkovski est l'objet afin de le maintenir coûte que coûte derrière les barreaux. Interrogé, lundi, par le quotidien russe Kommersant, Igor Gnezdilov, voleur de voiture récidiviste et compagnon de cellule de l'ancien milliardaire, raconte ainsi comment il a été forcé de faire un faux témoignage contre Mikhaïl Khodorkovski afin d'empêcher sa libération anticipée. Fin 2007, "on m'a demandé d'écrire que Khodorkovski a marché dans le couloir sans tenir ses mains derrière le dos ; qu'il a ignoré les ordres des gardiens et donc violé la loi", raconte M. Gnezdilov. L'administration pénitentiaire russe avait saisi ce prétexte pour le maintenir en prison. "A vrai dire, je ne me souviens pas du tout si nous avions les mains dans le dos ce jour-là", raconte aujourd'hui l'ancien détenu. Il assure avoir été menacé par un enquêteur d'être lui aussi privé de libération anticipée s'il ne témoignait pas contre Mikhaïl Khodorkovski. "Je me suis senti comme un traître, confie Igor Gnezdilov. Je lui ai raconté mon entretien avec l'administration. Il m'a dit qu'il comprenait et qu'il ne m'en voulait pas."

giffarmbuero1.gifDans une interview sur Bloomberg TV, Robert Amsterdam a commenté les "nouvelles charges" signifiées hier à Mikhaïl Khodorkovski. "Il n'y a rien de nouveau dans ces accusations"- a déclaré Bob Amsterdam, ajoutant: " Je pense qu'ils n'essaient même pas de faire semblant qu'elles sont réelles". L'avocat international de Mikhaïl Khodorkovski a souligné que le traitement infligé à son client par l'Etat russe faisait écho au sort des compagnies comme BP, en passe de perdre le contrôle de ses opérations en Russie. La majorité des directeurs étrangers de TNK-BP peuvent être forcés de quitter la Russie à la fin de mois, quand leurs cartes de séjours ne seront plus renouvelées."Il est clair que céder au gouvernement russe, comme l'a fait BP par le passé, n'achète pas la sécurité"- a rappelé Robert Amsterdam.

khodorkovsky.jpgLe journal le Monde analyse dans l'article daté d'aujourd'hui 1er juillet, premier jour de la Présidence française de l'Union Européenne, les nouveaux développement concernant Mikhaïl Khodorkovski. On ne peut que partager le message contenu dans le titre de l'article...

Jusque-là, les blâmes infligés pendant sa détention pour mauvaise conduite – il s'est levé de sa chaise sans permission, a croisé les bras, a conservé des citrons dans un tiroir – étaient autant de prétextes à sa non-remise en liberté. L'acharnement était patent. Avec l'arrivée du président Medvedev, apparemment soucieux d'en finir avec le "nihilisme juridique", les avocats du prisonnier le plus célèbre de Russie se veulent optimistes.
"Nous voulons croire que les temps ont changé (...). Khodorkovski n'aurait jamais demandé sa libération avec (le président) Poutine", a expliqué son avocat Iouri Schmidt sur les ondes de la radio Echo de Moscou, jeudi 26 juin. L'autre raison d'espérer tient à un projet d'amnistie en cours d'examen à la Douma (la Chambre basse du Parlement), qui prévoit qu'un jour passé en détention provisoire équivaudra à un jour et demi, voire deux jours de prison. Les nouvelles règles pourraient permettre la libération de Mikhaïl Khodorkovski dès 2009 car il aura alors purgé la totalité de sa peine, selon ce nouveau système de comptage.
La loi, rétroactive, pourrait concerner 50 000 personnes. Actuellement, les prisons russes comptent 894 400 détenus. Les conditions de la détention provisoire sont particulièrement pénibles : cellules bondées, insalubrité, prévalence de maladies. Or les prévenus font en moyenne de deux à cinq ans de provisoire dans l'attente de leur procès.

PROJET DE LOI ANTI-AVOCATS

Pour Mikhaïl Khodorkovski, un obstacle demeure. Depuis février 2007, l'ex-patron de Ioukos fait face à une nouvelle mise en examen pour blanchiment et détournement de fonds. Extrait de sa prison de Krasnokamensk (à la frontière avec la Chine), il est depuis dix-huit mois au centre de détention provisoire de Tchita (le chef-lieu de la région) où il prend connaissance de son acte d'accusation - des milliers de pages. (...).
Jeudi, jour de son 45e anniversaire, des centaines de personnes se sont rassemblées dans plusieurs villes (Moscou, Tchita, Tomsk) en signe de soutien. Une partie de l'opinion russe estime que "l'affaire Khodorkovski" n'est qu'une opération montée par le Kremlin pour mettre la main sur des actifs énergétiques - Ioukos était la première des majors - et pour briser les ambitions politiques du magnat. Le sort de Mikhaïl Khodorkovski est un test pour Dmitri Medvedev qui, depuis son investiture promet de réformer la justice en profondeur. Un autre test l'attend. Juste avant de quitter le Kremlin, le 6 mai, son prédécesseur, Vladimir Poutine, a fait parvenir à la Douma un projet de loi attentatoire à l'exercice de la profession d'avocat puisqu'il met fin au secret professionnel. Désormais, l'avocat devrait remettre ses dossiers au parquet si celui-ci l'exige. Par ailleurs, la procédure de radiation du barreau a été simplifiée. En 2005, la justice russe avait demandé, en vain, celle de quatre des dix avocats de Mikhaïl Khodorkovski - Anton Drel, Denis Diatlov, Elena Levina et Iouri Schmidt. Si la loi est adoptée, ce sera un jeu d'enfant.