L'Express a repris aujourd'hui 25 juin une dépêche de l'agence Reuters qui compare les styles présidentiels de Poutine et de Dmitri Medvedev. Malgré les tentatives de Medvedev de minimaliser les différences avec son prédécesseur lors de l'interview accordée à Reuters, le contraste entre les deux hommes reste frappant. Reuters s'étonne que "à aucun moment durant les 90 minutes de l'interview, Medvedev ne porte une de ces attaques anti-occidentales devenues la marque de Poutine à la fin de son second mandat sur fond de durcissement des relations entre Moscou et l'Ouest". Reuters écrit que Medvedev pesait soigneusement ses mots, insistant sur "la liberté, l'état de droit et la propriété privée."
Poutine s'en prenait avec virulence aux plans d'expansion de l'Otan aux frontières russes ou accusait Washington de déclencher une nouvelle guerre aux armements avec son projet de bouclier antimissiles; Medvedev ne mentionne lui aucun de ces dossiers lourds de contentieux. L'essence de la politique étrangère de la Russie, dit-il, est de défendre les intérêts nationaux mais sera guidée par "la liberté, la démocratie et le droit à la propriété privée". Interrogé sur les critiques portées à l'encontre de la politique étrangère de Moscou, Medvedev ne reprend pas à son compte les contre-attaques sur l'hypocrisie et la politique "du deux poids, deux mesures" qu'affectionnait Poutine. Les plaintes sont normales, dit-il, et après tout, Moscou aussi a des problèmes avec des pays tiers.Les deux hommes sont issus de milieux sociaux différents: Poutine, qui a grandi dans un quartier dur, est adepte d'un langage direct, nourri d'expressions familières. Medvedev, dont les parents étaient enseignants, pratique un discours de juriste avec des phrases riches en propositions subordonnées. Mais sur un point, pourtant, son propos recoupe parfaitement celui de Poutine: c'est lorsqu'on l'interroge sur le contrôle qu'exerce le gouvernement sur les médias russes. Medvedev s'anime davantage, déclare qu'il "ne (peut) être d'accord" avec la formulation de la question et déclare que les chaînes de télévision, les journaux et les sites internet russes sont "absolument libres". "Il n'y aujourd'hui pas plus qu'hier ou demain de problèmes d'interdiction de l'information en Russie", insiste-t-il. Une phrase qu'aurait pu prononcer directement Poutine.