
La quotidien Libération a publié le 24 mai un article faisant écho à la première rencontre entre Bernard Kouchner et Dmitri Medvedev. Un Kouchner plutôt séduit, même si la journaliste rappelle que, le même jour, le FSB accroissait la pression contre le groupe pétrolier BP.
Le ministre français des Affaires étrangères, qui lui a rendu une courte visite au Kremlin mercredi, est ressorti très impressionné par le personnage. «C’est rafraîchissant et même extrêmement troublant de voir ce jeune type frêle de 40 ans dans les palais du Kremlin, entendait-on au sein de la délégation française, au sortir de l’entrevue. Au début, on se dit qu’il est déplacé, mais on voit que c’est un malin ! C’est l’homme d’une nouvelle génération. Il est
certainement plus pro-occidental que Poutine.»
«L’Occident voudrait tant faire de Medvedev un libéral, s’amuse Alexeï Pouchkov, journaliste de la télévision publique. Mais mes contacts directs avec Poutine m’ont montré qu’il était lui-même un homme ouvert. Medvedev me semble au contraire plus réservé.» Si Medvedev effectue aujourd’hui ses premières visites diplomatiques au Kazakhstan et en Chine, c’est aussi parce que les mains tendues de Poutine vers l’Occident n’ont pas toujours été payées de retour, plaide cet analyste, rappelant tout ce qui agace actuellement Moscou : le projet américain de bouclier antimissile en Europe, les candidatures de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan… «Moscou fait comprendre que si l’Occident insiste sur ces positions, inacceptables pour la Russie, celle-ci a d’autres alternatives», résume Alexeï Pouchkov. Pourquoi attendre un changement à Moscou, alors que «les problèmes restent les mêmes», plaide également Fiodor
Loukianov, rédacteur en chef de la revue Russia in global affairs. Si Medvedev se rend en Chine, c’est aussi que le centre de gravité de la planète est en train de se déplacer vers l’Orient. «Pendant les huit années de présidence Poutine, le rôle de la Chine dans le monde a considérablement augmenté, souligne Fiodor Loukianov. Et la Russie a encore du mal à définir sa politique dans la région du Pacifique, elle y a accordé trop peu d’attention.»
Libération souligne que même si
Dmitri Medvedev souriait de toutes ses dents cette semaine à ses visiteurs occidentaux, ses services secrets, le FSB, poursuivaient l’offensive contre le groupe pétrolier British Petroleum (BP). Le FSB a fait une nouvelle descente cette semaine dans les bureaux moscovites du groupe BP, actuellement sous forte pression pour rendre ses parts dans un important gisement russe. L’offensive est typique des années Poutine. Elle rappelle notamment comment les dirigeants russes se sont réappropriés les gisements de Ioukos, et elle sert aussi un autre objectif central de la diplomatie russe : contribuer à la flambée des prix des hydrocarbures.
Leave a comment