
Il faut lire aujourd'hui l'hebdomadaire Le Point, qui publie un reportage fascinant concernant notamment les conditions de détention de Mikhaïl Khodorkovski. Le journaliste Marc Nexon a également interviewé la mère de Mikhaïl, qui place de (minces) espoirs dans le fait que "l'opinion de l'Occident compte beaucoup pour Medvedev". Cette interview est publiée en intégralité sur le site Internet du Point.
Nous publions ci-dessous l'intégralité de ces deux excellents textes: ...
"Khodorkovski, le milliardaire embastillé"
Elles n’ont pas envie de partir. Elles se tiennent là, à une vingtaine de mètres du portail de la prison. A observer les étages d’un grand bâtiment gris percé de petites fenêtres à barreaux. La tête emmitouflée dans leur col de fourrure, Olga et Natalia discutent à voix basse. Aujourd’hui, elles ont rendu visite à leurs fiancés, détenus ici depuis plus d’un an. « Le mien a perdu 10 kilos , s’inquiète Olga, on lui sert de la soupe tout juste bonne pour les porcs. On y trouve parfois des détritus et même des boulons ! » Mikhaïl Khodorkovski ? Evidemment, qu’elles en ont entendu parler. Ce matin, elles l’ont même aperçu en se rendant au parloir. Vêtu d’un survêtement et menotté. « Trois hommes cagoulés l’escortaient », disent-elles.
Soudain, le téléphone de Natalia sonne. « Ah, c’est toi... », pouffe-t-elle en jetant un regard au-dessus des clôtures hérissées de barbelés. A l’autre bout du fil, son fiancé Igor, qui a réussi à récupérer un portable au sein même de la prison. Igor accepte de dire un mot... Mais vite. « Je ne sais rien sur Khodorkovski. J’arrive à voir la fenêtre de sa cellule, c’est tout ! »
Pas étonnant. Celui qui fut l’homme le plus riche de Russie vit désormais sous très haute surveillance. Transféré ici en Sibérie, loin de Moscou, sur les anciennes terres du goulag, à 300 kilomètres de la Mongolie, une région où les températures hivernales plongent à-30 °C. Son crime ? Fraude fiscale à grande échelle. Voilà pour la version officielle. La vraie raison est ailleurs. Mikhaïl Khodorkovski, 44 ans, a eu la mauvaise idée de financer les partis d’opposition. Impardonnable aux yeux du Kremlin. « Poutine a cru que cet homme intelligent et fortuné voulait lui ravir le pouvoir », raconte le journaliste russe Valery Paniouchkine, auteur d’un ouvrage intitulé « Le prisonnier du silence » (Calmann-Lévy). Le 25 octobre 2003, la sentence tombe. Le milliardaire est arrêté à sa descente d’avion à Novossibirsk. Dix-neuf mois plus tard, il écope de huit ans de prison. Quant à Ioukos, sa compagnie pétrolière assise sur un volume de barils supérieur à celui du Koweït et devenue la plus compétitive du pays, elle sombre. Dépecée et revendue à des entreprises d’Etat. Dossier classé ? Nullement. Les procureurs russes instruisent une deuxième accusation à l’encontre de l’homme d’affaires : le détournement de près de 20 milliards de dollars. Soit l’équivalent de six années de production de Ioukos. « Absurde ! » lance Khodorkovski du fond de sa cellule.
Qu’importe. L’ex-magnat du pétrole risque cette fois une peine de vingt-deux ans d’emprisonnement. Sévère pour un délit politique ! Et les protestations des capitales occidentales n’y font rien. « Il savait que le pouvoir le menaçait, mais il ne pensait pas que les choses iraient aussi loin », poursuit Paniouchkine. Pourtant, Khodorkovski fait front. Il passe les deux premières années de sa détention à Krasnokamensk, un village adossé à une mine d’uranium insalubre, proche de la frontière chinoise. Il y coud des moufles huit heures par jour. A trois reprises, ses gardiens le punissent en le plaçant en cellule d’isolement. Ses fautes ? Deux citrons retrouvés dans ses affaires et une tasse de thé bue en dehors des horaires impartis. Il reçoit aussi la visite de sa famille durant soixante-douze heures tous les deux mois. Les jours s’écoulent ainsi jusqu’à l’ouverture de la deuxième enquête.
En décembre 2006, changement de programme : il est transféré à Tchita, la capitale régionale. Une ville de 350 000 habitants, fière de sa statue de Lénine en marbre, de son architecture soviétique à colonnades, de son palais rose à trois étages devenu le refuge du FSB et de ses isbas aux volets dentelés. Un abri aussi pour les mafias locales, qui y prospèrent au milieu de la steppe et des forêts de pins.
Khodorkovski, lui, découvre un nouveau décor : le centre de détention préventive IZ-75/1, construit avant la révolution bolchevique et situé à deux stations de tramway de la place Lénine. « Un cauchemar, soupire Oleg Kuznetsov, un universitaire de la ville, amené un jour à le visiter. L’air y est irrespirable et les champignons poussent sur les murs. » Ici s’entassent 2 200 prisonniers, condamnés ou simples accusés, pour 700 places. Sacha, inculpé pour trafic de bois avec les Chinois, y a séjourné neuf mois avant d’être libéré en février 2007. « Nous étions 40 dans une cellule de 18 mètres carrés avec seulement 8 lits , raconte-t-il en sirotant un thé dans sa maison en rondins à la sortie de la ville. Là-dedans, tout le monde tousse et fume. Certains attrapent la tuberculose, chez nous il y avait 15 malades. »
Rien de tel, cependant, pour Khodorkovski, totalement coupé de la vie de la prison. Sacha le sait. Pendant trois mois il a occupé le même bâtiment que l’ex-milliardaire. « Moi, j’étais au deuxième étage, lui au troisième, juste au-dessus. Un endroit truffé de caméras. » Son régime ? Une cellule de 15 mètres carrés, équipée d’une vieille télévision. Vingt gardiens le surveillent nuit et jour avec pour instruction d’éviter tout contact. « Ils viennent d’autres régions de la Russie et l’administration les remplace tous les mois », précise Sacha. Interdiction aussi pour Khodorkovski de communiquer avec les autres prisonniers. « Je l’ai croisé deux fois dans un couloir, raconte Vladimir, un blond costaud coiffé d’une casquette siglée Black Leopards et libéré l’été dernier. Les gardiens vous plaquent immédiatement ventre au mur. Le simple fait de prononcer son nom peut vous expédier au cachot. » « On place aussi régulièrement dans sa cellule un ou deux autres détenus qui ont pour mission de tout raconter et de prévenir une tentative de suicide », ajoute Sacha.
Les autorités s’acharnent.
Les journées de Khodorkovski ? Réglées à la minute. Réveil à 6 heures, promenade d’une heure dans une cour de 30 mètres carrés protégée par un filet tendu en surplomb. Et douche une fois par semaine. Le reste du temps, il lit. Beaucoup. Une centaine d’ouvrages au cours des neuf derniers mois et une soixantaine de revues auxquelles il a souscrit un abonnement dont l’hebdomadaire britannique The Economist . « Je lui faisais aussi passer mes mots fléchés par les gardiens », dit Sacha. Mais Khodorkovski s’emploie surtout à éplucher son dossier d’accusation. Des centaines de kilos de documents saisis par les enquêteurs regroupant aussi bien des factures de pressing que des albums photo ou des lettres personnelles. « Un fourre-tout sans cohérence et sans preuves, s’insurge Vadim Kliouvgant, l’un de ses avocats, mais on vérifie tout, de crainte de tomber sur un document falsifié. » Car les autorités s’acharnent.
En octobre 2007, l’oligarque aurait pu bénéficier d’une libération conditionnelle pour avoir purgé la moitié de sa peine. Pas de chance ! Une semaine avant la date fatidique, la direction de la prison le réprimande. Motif : il n’a pas maintenu ses mains dans le dos au retour d’une promenade. Khodorkovski proteste. Demande l’arbitrage de la vidéo. On lui rétorque que les caméras ne filmaient pas le passage où il se trouvait.
Dans la routine de ses journées, seul l’examen des pièces de son dossier lui donne l’occasion de sortir de la prison. Il est alors acheminé au siège de la procuration, à dix minutes de là, dans un fourgon blanc aux vitres masquées. De la fenêtre de sa cellule Sacha profite souvent de ce moment pour l’interpeller. « Hé ! Micha Ioukos ! Est-ce que t’as un lecteur DVD ? » lui crie-t-il un jour. Dans la cour, l’intéressé a le temps de répondre « oui » de la tête. « J’ai voulu lui prêter un film sur la guerre en Afghanistan mais ses gardiens ont refusé, pensant qu’il y avait un message codé sur le disque. » Paranoïa, toujours, autour du plus célèbre prisonnier du pays... Iouri, un ancien cuisinier de la prison, s’en souvient. « A partir du moment où il est arrivé, il a fallu ouvrir toutes les boîtes de conserve et verser leur contenu dans des sacs plastique. Je ne savais plus quoi en faire ! »
Hormis l’étage ultrasécurisé de Khodorkovski, la prison de Tchita obéit à ses règles propres. Celle d’une hiérarchie très stricte entre prisonniers. Avec allégeance à Nikolaï, leur chef (le smotriyachiy ) incarcéré pour le meurtre d’un policier et détenteur d’un droit de vie et de mort sur autrui. « L’année dernière, un gars se savait condamné à mort parce qu’il avait volé les affaires d’un codétenu , raconte Vladimir, l’ex-détenu à la casquette. Il a préféré se pendre avant qu’on le tue. » Règne aussi de la corruption. « Avec de l’argent, vous obtenez tout des gardiens », poursuit Vladimir. Quoi donc ? « Un téléphone portable par cellule, de la drogue, de la vodka et même une prostituée pour 15 000 roubles [440 euros] . » Alors, Khodorkovski ? Il a bien un mobile ? Sacha sourit. « Lui est privé de liberté au vrai sens du terme... » Un signe : depuis son transfert à Tchita, les visites de sa famille sont sévèrement encadrées. Au rythme d’une rencontre de trois heures, une fois par mois. « Plutôt deux heures et demie car il faut d’abord franchir une vingtaine de portes, rectifie Marina Filippovna, 72 ans, la mère de Khodorkovski, venue voir son fils en Sibérie le 20 mars. J’avale mes comprimés pour le coeur avant, pour marcher plus vite. »
Grève de la faim.
La vieille dame aux cheveux gris reçoit à 50 kilomètres de Moscou, dans l’immense propriété du lycée-internat destiné aux orphelins et jadis fondé par son fils. « Mes visites à la prison se déroulent de la même manière. Un gardien est assis à nos côtés et écoute notre conversation , raconte-t-elle en offrant des gâteaux au chocolat. Alors, on se fait des petits signes de l’oeil. » Elle se lève et éteint sa bouilloire à thé. « Il a beaucoup maigri... Deux tailles de pantalon, mais il a bon moral. » Elle évoque la grève de la faim menée par son fils en février afin de soutenir un autre ancien dirigeant de Ioukos incarcéré et privé de soins. Et poursuit : « La prison lui a alors envoyé une psychiatre pour l’inciter à stopper. "Vous me croyez fou ?" lui a-t-il demandé. A la fin, il a inversé les rôles et c’est lui qui consolait le médecin... Lorsqu’il m’a raconté cette histoire, on a ri aux larmes ! »
A cet instant apparaît Boris, le père de Khodorkovski, pris par les tremblements de la maladie de Parkinson. Sans un mot, il part chercher une photo. Celle-ci date de 2000. On y voit Poutine serrer la main de son fils lors d’une cérémonie. « Entre ce que Poutine dit et ce qu’il fait, il y a un grand fossé », reprend la mère. Une libération ? La famille s’accroche désormais à l’hypothèse d’une grâce présidentielle. Pour l’heure, Dmitri Medvedev, le nouveau président, élude la question. « L’affaire dépend de la justice », dit-il. « Notre espoir, c’est que l’opinion de l’Occident compte beaucoup pour Medvedev, ajoute Marina. Mais mon fils ne se plaint pas. Il me dit toujours : "Ne t’inquiète pas, maman, je ne perds pas mon temps ici, je lis tout ce que je n’ai jamais eu le temps de lire. Et puis, j’ai déjà eu trois vies, étudiant, businessman, prisonnier, j’en aurai une quatrième". » [voir l’intégral de l’interview sur lepoint.fr] . De sa cellule, Khodorkovski a accepté de répondre à une question transmise par Le Point sur ses projets lorsqu’il recouvrera la liberté. « Je verrai si le pays a besoin de mes connaissances et de mon expérience », écrit-il. « Je ne sais pas s’il fera de la politique, conclut sa mère, mais il s’investira dans l’éducation. Pour lui, c’est là que se bâtit une démocratie. »
Ami de khodorkovski et prêtre déchu
«V ous voyez, j'ai coupé ma barbe et mes cheveux. » Sergueï Taratoukhine a des sanglots dans la voix. « Etre prêtre, c'était toute ma vie », dit-il. Or le voilà puni pour avoir lié son sort à celui de Mikhaïl Khodorkovski. Lorsque le célèbre oligarque rejoint la prison sibérienne de Krasnokamensk en 2005, le père Sergueï officie à l'église du village. Les autorités lui demandent alors de bénir l'établissement pénitencier. Il refuse. Il a croupi pendant quatre ans dans un goulag au temps de l'URSS pour activités anticommunistes. Et il entend bien défendre la cause de tout « prisonnier politique ». Il rencontre même Khodorkovski dans sa cellule. Et l'encourage à tenir bon. Le pas de trop... L'Eglise orthodoxe le chasse de ses rangs. Un an plus tard, n'y tenant plus, il fait acte de repentance, plaidant coupable pour son « orgueil ». Cela ne suffira pas. Il s'occupe désormais du gardiennage et de la boutique de souvenirs de la cathédrale de Tchita. Un déchirement. « Je demande à redevenir prêtre dans la plus petite église de Sibérie s'il le faut... » Rien à faire. « Ce qu'il a fait est suffisamment grave, Khodorkovski n'est pas en prison par hasard », tranche l'évêque de Tchita, Ievdokimov, à l'issue de sa messe, juste avant de s'engouffrer dans un 4 x 4 Toyota noir. « C'est vrai, je n'ai pas changé d'avis sur Khodorkovski », dit le prêtre déchu, assis sur un banc de la place Lénine. Il ouvre un carnet et montre une prière qu'il a écrite et qu'il récite chaque jour : « Seigneur, pardonne à tous ceux qui torturent Khodorkovski... » M. N.
L'indifférence de la population russe
«K hodorkovski ? Oui, ça me dit quelque chose... » Le jeune Pavel, en blouson de cuir, croisé au cimetière de Tchita un dimanche après-midi, a beau se montrer aimable, il ne sait rien de l'ex-milliardaire emprisonné dans sa ville... Comme la plupart de ses compatriotes, le sort du milliardaire le laisse indifférent. Il faut se rendre dans un musée pour voir l'oeil d'une vieille gardienne s'allumer. Pas n'importe quel musée ! Celui des décembristes, un lieu érigé à la mémoire de plusieurs libéraux qui se soulevèrent en 1825 et que le tsar déporta non loin d'ici. « A la télévision, on nous dit que Khodorkovski est un voleur ! lance l'octogénaire en pantoufles. Mais c'est injuste, car il y en aurait du monde à emprisonner en Russie ! »
Pas faux. Certes, l'ancien PDG de Ioukos n'est pas un ange. Il a acquis sa compagnie pétrolière dans des conditions douteuses au cours de la grande braderie des privatisations des années Eltsine au milieu des années 90. Et il était devenu trop puissant aux yeux du Kremlin. Mais, à sa décharge, Mikhaïl Khodorkovski a été l'un des premiers dans son secteur à miser sur l'innovation et le management à l'occidentale. D'où les performances passées de son groupe.
A Tchita, on ne voit jamais arriver les quelques gazettes d'opposition publiées à Moscou. Les soutiens de Khodorkovski sont donc une poignée. Il y a trois semaines, son comité de défense a reçu la visite de cinq policiers, venus embarquer l'unique ordinateur du local. Tatiana Maltseva n'est plus surprise par le harcèlement des autorités. « Dès que l'on demande une autorisation de manifester, la mairie nous la refuse au motif qu'il y en a une autre organisée au même endroit.» M. N.
Marina Filippovna, la mère de Mikhaïl Khodorkovski, l'ex-magnat du pétrole condamné à huit ans et prison et emprisonné à Tchita en Sibérie, a accepté de se livrer au Point pour raconter la vie de son fils derrière les barreaux.
Marina Filippovna : "Medvedev n'a pas encore fait un pas"
LE POINT : Comment se déroulent vos visites à la prison ?
MARINA FILIPPOVNA : Toujours de la même façon. Chaque visite dure trois heures ou plutôt deux heures et demie car il faut franchir une vingtaine de portes et gravir plusieurs escaliers. Avant de m'y rendre, j'avale mes comprimés pour le coeur, pour marcher plus vite. En été, je peux presque courir car je porte des vêtements légers. Mais c'est moi qui décide d'accélérer le pas pour voir mon fils plus longtemps. On m'autorise à prendre mes lunettes, mes médicaments et des mouchoirs que je dois mettre dans un sac plastique transparent. Je suis en face de mon fils pendant qu'un gardien est assis à nos côtés. Il écoute toute notre conversation mais prend soin de détourner son regard. Du coup, on en profite pour se faire des petits signes de l'oeil. Je dois en revanche respecter une règle : ne jamais lui poser une question sur l'identité de ses codétenus ni sur les gardiens.
LE POINT : Dans quel état physique et moral se trouve votre fils ?
M.F. : Comment voulez-vous qu'il se porte avec une seule heure de promenade par jour. Il est pâle et amaigri. Il a perdu deux tailles de pantalon. Ses avocats ont dû lui acheter de nouveaux vêtements. J'essaie de savoir s'il est malade en me renseignant sur les médicaments qu'il prend, mais c'est très difficile. Sinon il a bon moral. Psychologiquement, il n'est pas dans l'état d'esprit d'un détenu. Il me dit toujours : "Ne t'inquiète pas maman, je ne perds pas mon temps ici, je lis tout ce que je n'ai jamais eu le temps de lire. Et puis j'ai déjà eu trois vies : étudiant, businessman, prisonnier, j'en aurai une quatrième." Par exemple, lors de la grève de la faim qu'il a suivie en février dernier pour soutenir un ex-dirigeant de Ioukos emprisonné, la prison lui a envoyé une psychiatre pour l'inciter à la stopper. "Vous me croyez fou ?", lui a-t-il demandé. À la fin, il a même inversé les rôles et c'est lui qui consolait le médecin. Lorsqu'il m'a raconté cette histoire, on a ri aux larmes.
LE POINT : Dans quelles conditions est-il détenu ?
M.F. : En hiver, il y a du chauffage mais ça sent l'humidité partout. En été, en revanche, il y fait très chaud.
LE POINT : Que fait-il pendant ses journées ?
M.F. : Il lit beaucoup, il écrit et il regarde les informations. Il épate ses codétenus parce qu'il lui arrive de prévoir certains évènements. "Mais comment sais-tu tout ça ?", lui disent-ils.
LE POINT : Regrette-t-il de ne pas avoir fui le pays avant son arrestation ?
M.F. : Il n'aurait jamais voulu vivre en Occident. Il n'a jamais lié son sort à un départ. Pour lui un exil aurait constitué une tragédie.
LE POINT : Croyez-vous à la possibilité d'une grâce présidentielle ?
M.F. : Medvedev n'a pas encore fait un pas qui montrerait une manière de penser différente de celle de Poutine. Notre espoir, c'est que l'opinion de l'Occident compte beaucoup pour Medvedev.
LE POINT : Que fera votre fils, une fois libéré ?
M.F. : Je ne sais pas s'il s'engagera dans la politique. Ça dépendra beaucoup du contexte. Mais il a toujours assuré qu'il resterait dans le business jusqu'à 45 ans, et qu'ensuite il s'investirait dans l'éducation. Pour lui, c'est là que se bâtit une démocratie.