RUSSIE • Une campagne ? Quelle campagne ?

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Cet article est paru dans courrier international.

Face à la captivante course à la Maison-Blanche qui se joue outre-Atlantique, la présidentielle russe, déjà jouée, fait pâle figure, déplore le quotidien moscovite Nezavissimaïa Gazeta.

La Russie va se choisir un président début mars ; les Etats-Unis, eux, le feront début novembre, mais, à regarder les journaux télévisés russes, on pourrait croire le contraire.
Tout un chacun est témoin des vifs débats entre Barack Obama et Hillary Clinton, deux candidats démocrates qui prônent tous deux le changement. Il y a vingt ans, en Russie, c'est ce que chantait [le célèbre rocker soviétique] Victor Tsoï : "Des changements, voilà ce que nos cœurs réclament !" Il exprimait ainsi le sentiment général, auquel faisait écho [en 1990] le cinéaste Sergueï Govoroukhine avec son film Ce n'est plus possible ! Et l'URSS a disparu peu après. Comme si elle n'avait jamais existé. Sans larmes, sans regrets. Au Soviet suprême, tout le monde – les rouges, les libéraux, l'ouvrier et le kolkhozien, le Russe et le Juif – avait voté pour une Russie nouvelle. C'était une époque. Les hommes politiques étaient sensibles au désir des masses.
Aux Etats-Unis, les démocrates pensent avoir compris ce que veut le peuple : du changement. Un sentiment qui s'accorde bien avec des images d'enfants et d'ados. Du coup, Mme Clinton et M. Obama s'entourent de jeunes, pour mieux imprimer dans les esprits l'idée que la jeunesse (c'est-à-dire l'avenir) est pour Unetelle ou Untel.
Les républicains ne sont pas en reste. Lors des primaires dans l'Iowa, c'est Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas, qui a remporté une victoire surprise, tandis que, dans le New Hampshire, c'est le sénateur John McCain, un homme riche de nombreuses années d'expérience dans le parti, qui est arrivé en tête. Il est le seul à se prononcer imperturbablement pour la guerre [et pour le maintien des troupes] en Irak, une attitude que les Américains apprécient : ce n'est pas une girouette, il reste fidèle à ses idées sans faire dans l'angélisme. Il faut les bombarder, un point c'est tout !
La très longue campagne pour la Maison-Blanche a de quoi impressionner. Voici déjà un an qu'elle dure et il reste encore dix mois ! Chaque jour apporte son lot de débats, de polémiques, d'échange de petites phrases et de déclarations entre les candidats et leurs partisans. Et personne n'ira dire que les citoyens en ont assez. Comment la population pourrait-elle se lasser quand il s'agit de choisir le meilleur pouvoir possible pour la gouverner ? Comment cela pourrait-il être ennuyeux ? A en juger par les audiences des radios et des télés, la campagne passionne les foules.
Aux Etats-Unis, on passe deux ans à se battre pour un fauteuil que l'on n'occupera que quatre ans. Et personne n'y voit un gaspillage de forces et d'argent. Les problèmes sont travaillés en profondeur, les candidats sont au fait de toutes les subtilités et connaissent sur le bout des doigts les moindres détails liés à la réalisation de leurs projets.
En Russie, la campagne présidentielle officielle n'est pas encore engagée. Dmitri Medvedev [le "dauphin" de Poutine] n'a pas dépensé le premier rouble de son budget électoral. Pourtant, il passe tous les jours à la télé. En tant que vice-Premier ministre. On le voit plus que le président et le Premier ministre. Les autres candidats sont invisibles. Aucun débat, pas de polémiques, pas de petites phrases, d'accusations, de promesses, de déclarations. Chercherait-on à épargner les électeurs, mal remis de la campagne des législatives [à l'automne 2007] ? Est-ce vraiment un labeur si éreintant de regarder, d'écouter et de tenter de comprendre ce que disent les prétendants au fauteuil présidentiel ?
Tout ce que l'élection présidentielle russe a en commun avec son équivalente américaine, c'est son nom. Pour le reste, rien à voir. Pourtant, malgré le gouffre qui les sépare, le résultat final sera comparable : les deux pays vont avoir un nouveau chef de l'Etat. Avec toutefois une différence de taille, car si nous connaissons déjà le nom de notre prochain président les Américains ignorent qui sera le leur. Et, pour le découvrir, ils devront attendre le dernier moment, le décompte de la toute dernière voix.

La rédaction de
Nezavissimaïa Gazeta

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