«La Russie sera un des meilleurs marchés émergents de 2008»

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Cet article est paru dans "le temps.ch".

Questions à Tim Rogers.

Jean-Pascal Baechler, Gérant du MC Russian Market Fund
Lundi 14 janvier 2008


«J'ai repris la gestion du fonds en 1998, l'année de la crise Russe. La première année, le fonds a perdu 83% de sa valeur», raconte Timothy Rogers, gérant du MC Russian Market Fund et responsable de la gestion d'actifs de Valartis. Il a fallu cinq ans pour retrouver les niveaux d'avant la crise. Les années qui ont suivi ont permis aux cours d'être multipliés par cinq et au fonds de surperformer les indices de la bourse de Moscou grâce aux petites et moyennes capitalisations du portefeuille.

Le Temps: Qu'attendez-vous pour 2008?

Tim Rogers: L'an dernier, la Russie a réalisé l'une des moins bonnes performances des marchés émergents, mais l'indice ROS, qui réunit 30 grandes capitalisations, a quand même progressé de 25%. 2007 a aussi été une année d'incertitude sur le successeur de Vladmir Poutine à la présidence. L'annonce de la candidature de l'un de ses proches, Dmitri Medvedev, est un signe de continuité. Les entreprises combinent rentabilité des fonds propres élevée et faible endettement, mais le pays est un des marchés émergents dont la valorisation est la plus intéressante. Je pense qu'il produira cette année une des meilleures performances dans cette catégorie.

La Russie est fortement tournée vers les matières premières et l'énergie. Même si le prix du pétrole devait redescendre, l'afflux de liquidités vers le pays resterait important et protégerait la demande domestique. L'économie n'est pas entièrement immunisée contre les problèmes conjoncturels des Etats-Unis, mais la consommation n'en pâtira pas.

Cinq ans auparavant, le pétrole et le gaz, des sociétés comme Gazprom, Rosneft ou Lukoil, représentaient 70% à 80% du portefeuille. Depuis trois ans, nous donnons plus de poids à la demande domestique, via les télécommunications, qui représentent maintenant 20%, ou les banques, qui pèsent 8%. Il y a deux ans, nous avons aussi commencé à investir dans l'électricité, qui est le premier secteur du fonds, avec un poids de 22%.

- La réglementation n'est-elle pas un problème?

- L'électricité est un des principaux contributeurs à la performance du fonds, grâce à une valorisation très basse. La demande augmente de 4% à 8% par an, notamment du fait que des industries comme la sidérurgie, l'aluminium, ou la pétrochimie sont gourmandes en courant. Cependant, aucun investissement n'a été fait pendant 20 ans et la production décline. Le point où l'offre sera insuffisante est proche. Le gouvernement estime que des investissements de 150 milliards de dollars sont nécessaires au cours des quatre prochaines années. Pour attirer les groupes étrangers, il réforme le secteur. Il y aura des privatisations et le prix du courant répondra progressivement aux lois du marché. Les producteurs de courant, comme Enel, E.ON (EOA.XE), EDF et d'autres, prennent des participations.

- Avec un risque de dépossession, comme dans le gaz et le pétrole?

- Contrairement à ce qui se passe dans ces secteurs, le gouvernement montre qu'il veut voir des acteurs étrangers participer à la modernisation de l'infrastructure électrique. Mais il est vrai que le principal risque de ce pays réside dans le non-respect des droits de propriétés. Des progrès sont nécessaires. La Russie n'est peut-être pas au standard occidental, mais la situation est vraiment meilleure que ce qu'elle était il y a dix ans.

- Le recul de l'espérance de vie ne montre-t-il pas des déséquilibres économiques?

- Le changement de système a créé une génération perdue, des gens qui ont perdu leur statut, leur emploi ou dont la pension a été balayée par l'hyperinflation, et qui n'ont pas été capables d'adapter leur manière de penser. C'est malheureux, mais leur santé subit les effets de leur hygiène de vie. Par contre, chez les Russes plus jeunes, il y a eu un changement: ils boivent et fument moins.

Il y a cinq ans, 20% de la population vivait au-dessous du seuil de pauvreté, mais la situation s'est améliorée. Les écarts de richesse sont importants, mais pas plus qu'aux Etats-Unis. La croissance permet l'émergence d'une classe moyenne. Par exemple, dans notre secteur, le personnel qualifié coûte aujourd'hui deux fois plus cher à Moscou qu'à Genève.

Si la croissance se poursuit au rythme de plus de 5% par an, la Russie sera la première économie européenne d'ici une décennie. D'ailleurs, le pays n'est plus réservé aux fonds sur les marchés émergents et commence à figurer dans des portefeuilles traditionnels. Mais attention, il ne s'agit pas d'un havre de paix, mais d'un marché qui restera volatil.

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