Interview avec Karinna Moskalenko, avocate de Garry Kasparov

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moskakaspa271107.jpg Garry Kasparov et son avocate Karinna Moskalenko en Avril 2007

Plus tôt dans la journée, j’ai eu la chance de parler au téléphone avec Karinna Moskalenko, actuellement à Strasbourg, à propos de l’arrestation et de l’incarcération de son client Garry Kasparov. Les évènements de ces vingt quatre dernières heures ont été caractérisés par tous les pièges habituels d’un faux procès par le Kremlin, parmi lesquels de nombreuses violations de procédure, l’interférence de l’Etat avec les avocats de la défense, des auditions bâclées, des documents fabriqués, et des pressions politiques sur les autorités juridiques. Pour l’instant Garry croupit dans une cellule dans laquelle il ne peut ni manger, ni boire de l’eau par peur de se faire empoisonner, et se fera bientôt rejoindre par une vingtaine d’autres leaders d’opposition qui pourraient écoper de sentences truquées dès demain. Karinna Moskalenko est une avocate exceptionnellement courageuse qui a plusieurs fois fait face à des tentatives de radiation du barreau afin de défendre les droits de l’Homme en Russie. Elle mérite notre soutien inconditionnel dans ces périodes difficiles.

Comment Garry Kasparov a-t-il été arrêté Samedi ?

Karinna Moskalenko : C’est la deuxième fois que Garry se fait arrêter. En avril, il a été arrêté lors d’un rassemblement qui avait été empêché sans aucun motif légal. Hier, la manifestation avait reçu toutes les autorisations, mais les actions menées par l’Etat étaient complètement illicites. Avant même que se déroulent les évènements, les unités de police anti-émeutes OMON étaient à l’affût. A la fin du passage de la manifestation, certains supporters de Garry ont commencé à défiler vers le Comité central des élections afin de présenter une pétition aux autorités, puis furent rapidement arrêtés par la police. Quand Garry s’est approché pour voir ce qui se passait, lui aussi a été placé en détention.

Que s’est il passé au tribunal ?

K.M. : Parmi toutes les arrestations, Garry a été le seul à être jugé rapidement, alors que tous les autres procès ont été reportés à Lundi. Olga Mikhailova, l’avocate représentant Garry pendant la procédure, m’a dit qu’il était clair que le juge voulait reporter le procès comme tous les autres, mais après être resté seulement quelques minutes dans la chambre des délibérations, il est revenu et a condamné Kasparov sur le champ. Il était clair qu’il suivait un ordre, m’a-t-elle dit. Olga a aussi dit qu’elle avait découvert un document falsifié durant l’accusation, qu’elle a montré au juge, qui lui a garanti qui le réexaminerait. Elle a déposé sept motions au nom de son client, demandant les droits de la défense les plus élémentaires, notamment du temps pour étudier le dossier, du temps pour appeler des témoins, etc…, qui malgré cela furent toutes rejetées. Le procès a continué et Garry a été condamné à 5 jours de prison.

L’avocate de Kasparov a-t-elle eu le droit de rencontrer son client ?

KM: Il y a eu de très nombreuses obstructions à cet égard. Garry a été détenu à Petrovka 38, l’infâme quartier général de la police moscovite, et malgré les tentatives répétées des avocats cherchant à s’entretenir avec leurs clients, ils n’ont pu accéder au tribunal qu’à la dernière minute. Aujourd’hui après des retards de plusieurs heures, Olga a pu s’entretenir avec Kasparov.

Dans quelles conditions se trouve Kasparov ? A-t-il été blessé ou battu pendant l’arrestation ?

KM : À ma connaissance, Garry n’a pas été battu. Il a été attrapé virulemment et arrêté de force par des policiers très hostiles. Depuis sa garde à vue, nous lui avons strictement interdit de boire de l’eau ou de manger la nourriture qu’on lui proposerait. J’ai aussi transmis le même message à sa mère Klara Kasparova. Olga attend d’obtenir un droit d’entrée pour rencontrer Garry et lui apporter de l’eau. Il est évidemment très difficile de rester cinq jours en prison sans consommer d’eau ou de nourriture.

Quelles mesures vont maintenant être prises pour améliorer l’affaire ?

KM : Nous avons passé la nuit à préparer une motion à présenter à Amnistie International afin que Garry soit déclaré prisonnier de conscience. Quand le défenseur des droits de l’Homme Lev Ponamarev a été arrêté en Septembre et emprisonné pour trois jours, Amnistie a été en mesure de lui donner ce statut. Donc nous sommes optimistes dans l’espoir que l’organisation puisse agir.
Je voudrais ajouter que nous sommes maintenant en train de compléter notre requête à la Cour Européenne des droits de l’Homme fusionnant la plainte d’Olga avec une autre plus ancienne pour dénoncer les aggravations du gouvernement, en plus d’une demande pour qu’il y ait priorité. Nous espérons que la Cour rendra l’affaire prioritaire, car si la communauté internationale n’agit pas pour arrêter ce qui se passe ici, personne ne le fera.

Quelle est la chose la plus importante pour vous maintenant?

KM : Ce qui nous inquiète le plus maintenant c’est que lundi nous aurons à faire face à une vingtaine d’autres procès, et de plus en plus de leaders importants vont devoir faire face à l’emprisonnement. Avec les arrestations et les procès de gens comme Ponamarev et d’autres, le gouvernement lance comme message à la population que personne n’est intouchable.

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