Une dépêche AFP s'intéresse au nouveau manuel d'histoire distribué dans les écoles russes. Dans la grande tradition soviétique, cet ouvrage réécrit l'histoire d'une manière étonnante.
AFP
Un manuel sur l'histoire de l'URSS sème le troubleEn 1938, les lycéens d'URSS devaient rayer d'un trait noir les noms des "ennemis du peuple" sur leurs livres. Aujourd'hui, les enseignants russes craignent de nouveau une réécriture de l'histoire avec un manuel rédigé récemment sur commande du Kremlin.
Présenté en juin, le "Livre pour l'enseignant sur l'histoire contemporaine de la Russie (1945-2006)", tiré à 10.000 exemplaires, a mis le feu aux poudres.
Cet ouvrage, qui doit "aider l'élève à former sa propre conception du monde", hérisse les enseignants qui l'accusent de "justifier les répressions staliniennes" et de porter aux nues l'ère Poutine.
"Les chercheurs contemporains ont tendance à expliquer les purges (staliniennes) par la volonté (de Staline) de mobiliser la société pour la pousser à accomplir des taches irréalisables", écrit le manuel.
L'ouvrage, qui présente Staline comme "un des dirigeants les plus efficaces de l'URSS", explique également qu'"à la suite des purges une nouvelle couche administrative s'est formée, adaptée aux objectifs de modernisation" du pays.
"Autrement dit, les répressions étaient indispensables ?", s'interroge l'enseignant Leonid Katsva, lui-même auteur d'un manuel d'histoire, qui ne voit dans tout cela qu'une "réhabilitation du stalinisme".
Parlant de la période la plus récente, le livre présente les poursuites contre le Pdg du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, comme "un message de l'Etat aux hommes d'affaires : respectez la loi, payez les impôts et ne vous placez pas au-dessus de l'Etat". Beaucoup y ont vu aussi une volonté du Kremlin de briser une ambition politique trop affirmée.
Le scandale provoqué par le livre a poussé le président Vladimir Poutine à recevoir en juin un groupe d'historiens et d'enseignants et à leur expliquer son point de vue.
Après les manuels des années 1990 qui imposaient aux Russes "un sentiment de culpabilité", les nouveaux manuels doivent inculquer aux élèves "un sentiment de fierté", avait-il déjà dit en 2003.
Au lendemain de la chute de l'URSS, "plusieurs auteurs de manuels ont touché des bourses étrangères. On les paie et ils dansent une polka ou ce qu'on leur commande", a-t-il assuré en juin.
L'historien Anatoli Outkine, auteur du chapitre sur la politique étrangère de l'URSS dans le livre contesté, raconte avoir été lui-même boursier du Fonds du milliardaire américain Georges Soros, peu après l'éclatement de l'URSS.
"La Russie comptait un million de lycéens et tous les manuels étaient démodés", se souvient-il. "Nous avons traduit des manuels occidentaux, souvent brillants mais anti-russes, ou écrit nos propres livres d'histoire en nous référant à l'Occident", dit-il.
Pour lui, "il est temps de refaire ces manuels qui présentent l'histoire soviétique comme une succession de défaites et de répressions".
Le livre incrimimé préfère souligner que "l'URSS est sortie de la Seconde guerre mondiale comme une vraie super-puissance".
"L'Etat essaie de présenter notre histoire comme un enchaînement de victoires", déplore pour sa part Evguéni Sabourov, expert de l'Institut Fédéral du développement de l'Enseignement.
Pour Nikita Sokolov, expert en manuels d'histoire, "c'est un livre de propagande qui n'a rien à voir avec notre histoire".
Pavel Daniline, l'un des auteurs du livre et politologue proche du Kremlin, juge ces critiques "infondées". "On nous reproche de ne pas présenter Staline comme un monstre. Mais c'est un manuel que nous avons écrit, pas un recueil d'idées libérales", dit-il à l'AFP.
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