La justice russe refuse la libération anticipée de Mikhaïl Khodorkovski, incarcéré depuis 2003

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Le Monde sous la plume de Piotr Smolar a couvert le concert exceptionnel de musique russe qui a eu lieu le lundi 29 Octobre à Paris, salle Adyar.

On a joué du Rachmaninov et du Stravinski, lundi 29 octobre à Paris, pour la défense des droits de l'homme, bafoués en Russie. Organisé par l'association Art au service des libertés publiques, le concert visait surtout à afficher un soutien à Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien patron du groupe Ioukos, condamné à huit ans de prison pour fraude fiscale. Le groupe a été placé en liquidation judiciaire le 1er août 2006 par le tribunal d'arbitrage de Moscou.


Le 25 octobre, Mikhaïl Khodorkovski était libérable au terme de la moitié de sa peine. Au lieu de cela, l'administration pénitentiaire l'a accusé de se conduire de façon inappropriée. "Il n'a pas tenu ses mains dans le dos au cours de la promenade, soupire Karinna Moskalenko, une de ses avocates. Il est évident qu'il ne sera pas libéré. Au contraire, le pouvoir imagine de nouvelles accusations contre lui. Mais il n'est ni amer ni aigri. Il est plus fort que tous les autres."

Incarcéré dans des conditions très pénibles à Tchita, en Sibérie, à 6 500 kilomètres de Moscou, l'homme d'affaires est visé par de nouveaux chefs d'inculpation pour "détournements de biens", qui laissent planer la menace d'un nouveau procès. "Il est clair que Khodorkovski fait très peur au Kremlin", souligne Robert Amsterdam, l'un de ses avocats. "Une énorme pression pèse sur lui en prison. Il y a un an, il a été poignardé au visage. Aujourd'hui, il est filmé 24 heures sur 24. Parmi les dix-neuf avocats qui ont représenté Khodorkovski et Platon Lebedev (son ancien associé, également incarcéré), quatorze ont été menacés de radiation", ajoute l'avocat.

INDIFFÉRENCE GÉNÉRALE

Au cours du concert parisien, le philosophe André Glucksmann a appelé l'assistance à surmonter l'indifférence qui entoure le sort de l'homme d'affaires, qui est à ses yeux "un prisonnier de conscience, un prisonnier politique." Cette indifférence n'illustre pas "une sécheresse de coeur, mais une petitesse de cervelle", a-t-il expliqué, en comparant le sort de Mikhaïl Khodorkovski à celui d'Andreï Sakharov, dissident le plus célèbre de l'époque soviétique. "Il y a des gens qui pensent que la liberté, ça vaut plus que la vie", a-t-il résumé.

Le député (UMP) Pierre Lellouche a pour sa part dressé un portrait très sombre de l'évolution de la Russie. "Plus aucun député russe n'est un authentique démocrate, a-t-il dit. Ils sont soit communistes, soit ultranationalistes."

Parmi les invités de marque de ce concert figurait l'ancien officier de marine Grigori Pasko, journaliste de profession, qui a passé deux séjours en prison entre 1997 et 2003 pour avoir dénoncé le largage en mer du Japon de déchets nucléaires. "Plus on reste en prison, plus on se renforce mentalement. On peut tuer un homme, pas le casser. Tout le monde sait que Mikhaïl Khodorkovski restera en prison tant que Poutine sera au pouvoir, explique-t-il. Il faudrait une très forte pression de la part des Russes et des dirigeants occidentaux pour obtenir sa libération."

Une récente enquête du centre Levada a illustré l'indifférence de la société russe quant au sort de M. Khodorkovski, 42 % des personnes interrogées estimant "avoir du mal à dire" s'il devrait être libéré. Ils sont 32 % à se dire opposés à son élargissement contre 22 % d'opinions favorables. Les condamnations de la Russie par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour des irrégularités de procédures dans les arrestations de Mikhaïl Khodorkovski et de Platon Lebedev tombent dans une indifférence générale.


Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 01.11.07.

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