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Compte rendu de la conférence Anna Politkovskaïa à Paris

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Jeudi 4 octobre a eu lieu à Paris une conférence pour célébrer le triste anniversaire de la mort de Anna Politkovskaïa.
Etaient présents: Galia Ackerman, journaliste et traductrice d'Anna Politkovskaïa, Galina Kozhevnikova vice-directrice du Centre Sova, spécialiste des mouvements d'extrème droite et des législations anti-extremistes à Moscou, Alain Blum, directeur d' études à l' EHESS, Grigory Shvedov, rédacteur en chef du site Internet "Caucasian Knot" (Le Noeud du Caucase).

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De gauche à droite: Grigory Shvedov, Galina Kozhevnikova, Alain Blum, Galia Ackerman

Au début de la conférence, une interview d’Anna Politkovskaïa a été diffusée. Voici son témoignage :

«Un journaliste se doit d’examiner un problème sous tous ses angles, c’est simplement une obligation. D’un point de vue politique, on subit dans notre journal une pression quotidienne, venant de tout coté. Il y a des sujets majeurs qu’on ne peut pas aborder, par exemple on ne pt pas couvrir comme on voudrait le faire la situation en Tchétchénie. On ne pt pas critiquer la procurature générale parce qu’elle soutient l’administration présidentielle et on ne peut pas écrire non plus sur la corruption dans les institutions d’état. Alors comment est ce qu’on tient ? Je pense qu’on nous laisse survivre pour l’instant en tant que vitrine nationale pour montrer à l’Europe que chez nous tout fonctionne comme partout ailleurs. Personnellement je ne pense pas que nous vivions dans un état démocratique. Il me semble qu’il s’agit plutôt d’un système néo-soviétique. Au fond, les élections sont menées à la Soviétique avec des résultats joués d’avance. Depuis cette époque, le pouvoir n’a pas évolué, on sait d’avance qui sera élu. Depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir tout est retombé dans une sorte de marécage politique. La tragédie du théâtre a montré que la seule chose qui comptait pour l’état c’est son intérêt et que la vie humaine ne valait absolument rien. Il (Vladimir Poutine) est complètement sourd aux victimes qu ‘il a laissé mourir. J’ai une vision pessimiste, aujourd’hui je ne vois pas d’espoir, alors en quoi puis je espérer ? je peux espérer que les reformes se poursuivent et
qu’enfin on puisse vivre dans une société libre c’est à dire une société ou les lois sont respectées. Aujourd’hui je constate une tendance inverse, il y a de moins en moins de liberté, les lois existent, mais tout le monde les viole, l’état est le premier à le faire. Ils utilisent vraiment tous les moyens pour anéantir la moindre liberté de penser. En fait notre liberté se réduit à la liberté d’aimer Poutine et sa manière de gouverner ça oui c’est très encouragé.

Avez-vous peur ?

Oui bien sûr qu’on a peur. Le problème c’est que de toute manière, le risque fait partie de notre profession. On ne peut pas demander à un bibliothécaire ou à un instituteur de risquer leur vie ce n’est pas leur travail. Mais, dans notre pays, le risque fait partie du métier de journaliste, c’est comme ça que je le vois, je le comprends très bien et je l’assume. Par exemple le matin je prends mon petit-déjeuner après je sors de chez moi et là je prends un risque. C’est tout ce que je pense sur le sujet …. »

Galia Ackerman a alors lu quelques extraits du livre de témoignages Hommage à Anna Politkovskaia paru le même jour.
D’abord sur l’arrestation d’Anna en Tchétchénie où elle avait enquêté sur des détentions arbitraires où l’on emprisonnait des gens dans des trous creusés dans la terre et où, parallèlement elle y a subi un simulacre d’exécution. Voici ce qu’elle a écrit sur le sujet :

«Je ne perçois pas ce qui m’est arrivé comme quelque chose d’extraordinaire ou de tragique à titre personnel. J’ai vécu une expérience commune des gens qui vivent dans ce territoire. Il fallait que je la partage avec eux. J’ai pu m’assurer que ce que d’autres personnes m’avaient raconté était vrai. J’ai pu m’assurer que les personnes arrêtées étaient détenues dans des fosses, des trous. J’ai eu l’énorme chance de ne pas avoir été torturée de survivre d’être libérée. Je la dois uniquement au fait qu’il y a eu des témoins de mon arrestation qui se sont dépêchés d’avertir Moscou et ma rédaction. Beaucoup de prisonnier n’ont pas eu cette chance. Je ne veux pas décrire en détail mon interrogatoire qui m’a plongé dans l’atmosphère des répressions staliniennes comme je les imaginais. J’ai de la peine à croire que tout cela n’était pas un mauvais film. Mais cette épreuve m’a rendu plus forte et plus convaincue encore de la nécessité de mon travail. »

Le deuxième extrait est une réponse à la question d’un journaliste qui posait la question suivante: « personnellement vous avez choisi de lutter contre vent et marrée ? »

«Je pense que nous vivons à une époque où les efforts de chaque personne compte. Le pouvoir russe n’a de respect que pour les forts pour ceux qui n’acceptent aucune compromission. Il faut mener le combat quotidien contre les mensonges et l’arbitraire dont nous abreuvent les autorités. Je suis catégoriquement contre cette idée de la supériorité de l’état à l’individu ou citoyen. Je lutte de toutes mes forces pour défendre les gens. J’écris. J’écris sans fin et quand j’en ai la possibilité je dis les choses de vive voix, et pourquoi ? je suis journaliste je ne peux refuser d’aider les gens qui viennent me voir. Je ne peux les trahir. Chaque jour qui passe le pouvoir se durcit vis-à-vis des citoyens. Mais j’espère encore et toujours qu’un miracle se produira. J’espère que le peuple russe se rendra compte que ce groupe de clown qu’ion appelle chez nous le parti présidentiel (…)avec ses concerts de music pop et ses cadeaux distribués aux électeurs avant chaque échéance électorale n’est qu’une bande d’irresponsable… »
Le troisième extrait porte sur la complaisance à Vladimir Poutine des états européens et de leurs dirigeants :
«Paradoxalement la propagande anti-occidentale acharnée destinée aux marchés intérieurs n’empêche nullement Poutine de vouloir être membre à part entière d’un cercle très fermé des grands de ce monde. Il a le soutien complet de Bush, Chirac, Schröder et en particulier de Berlusconi qui est son avocat principal. En 2003, Chirac a même déclaré à Saint-Pétersbourg que la Russie était au premier rang des démocraties mondiales. »

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