October 2007 Archives

Le Monde sous la plume de Piotr Smolar a couvert le concert exceptionnel de musique russe qui a eu lieu le lundi 29 Octobre à Paris, salle Adyar.

On a joué du Rachmaninov et du Stravinski, lundi 29 octobre à Paris, pour la défense des droits de l'homme, bafoués en Russie. Organisé par l'association Art au service des libertés publiques, le concert visait surtout à afficher un soutien à Mikhaïl Khodorkovski, l'ancien patron du groupe Ioukos, condamné à huit ans de prison pour fraude fiscale. Le groupe a été placé en liquidation judiciaire le 1er août 2006 par le tribunal d'arbitrage de Moscou.


Le 25 octobre, Mikhaïl Khodorkovski était libérable au terme de la moitié de sa peine. Au lieu de cela, l'administration pénitentiaire l'a accusé de se conduire de façon inappropriée. "Il n'a pas tenu ses mains dans le dos au cours de la promenade, soupire Karinna Moskalenko, une de ses avocates. Il est évident qu'il ne sera pas libéré. Au contraire, le pouvoir imagine de nouvelles accusations contre lui. Mais il n'est ni amer ni aigri. Il est plus fort que tous les autres."

Incarcéré dans des conditions très pénibles à Tchita, en Sibérie, à 6 500 kilomètres de Moscou, l'homme d'affaires est visé par de nouveaux chefs d'inculpation pour "détournements de biens", qui laissent planer la menace d'un nouveau procès. "Il est clair que Khodorkovski fait très peur au Kremlin", souligne Robert Amsterdam, l'un de ses avocats. "Une énorme pression pèse sur lui en prison. Il y a un an, il a été poignardé au visage. Aujourd'hui, il est filmé 24 heures sur 24. Parmi les dix-neuf avocats qui ont représenté Khodorkovski et Platon Lebedev (son ancien associé, également incarcéré), quatorze ont été menacés de radiation", ajoute l'avocat.

INDIFFÉRENCE GÉNÉRALE

Au cours du concert parisien, le philosophe André Glucksmann a appelé l'assistance à surmonter l'indifférence qui entoure le sort de l'homme d'affaires, qui est à ses yeux "un prisonnier de conscience, un prisonnier politique." Cette indifférence n'illustre pas "une sécheresse de coeur, mais une petitesse de cervelle", a-t-il expliqué, en comparant le sort de Mikhaïl Khodorkovski à celui d'Andreï Sakharov, dissident le plus célèbre de l'époque soviétique. "Il y a des gens qui pensent que la liberté, ça vaut plus que la vie", a-t-il résumé.

Le député (UMP) Pierre Lellouche a pour sa part dressé un portrait très sombre de l'évolution de la Russie. "Plus aucun député russe n'est un authentique démocrate, a-t-il dit. Ils sont soit communistes, soit ultranationalistes."

Parmi les invités de marque de ce concert figurait l'ancien officier de marine Grigori Pasko, journaliste de profession, qui a passé deux séjours en prison entre 1997 et 2003 pour avoir dénoncé le largage en mer du Japon de déchets nucléaires. "Plus on reste en prison, plus on se renforce mentalement. On peut tuer un homme, pas le casser. Tout le monde sait que Mikhaïl Khodorkovski restera en prison tant que Poutine sera au pouvoir, explique-t-il. Il faudrait une très forte pression de la part des Russes et des dirigeants occidentaux pour obtenir sa libération."

Une récente enquête du centre Levada a illustré l'indifférence de la société russe quant au sort de M. Khodorkovski, 42 % des personnes interrogées estimant "avoir du mal à dire" s'il devrait être libéré. Ils sont 32 % à se dire opposés à son élargissement contre 22 % d'opinions favorables. Les condamnations de la Russie par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour des irrégularités de procédures dans les arrestations de Mikhaïl Khodorkovski et de Platon Lebedev tombent dans une indifférence générale.


Piotr Smolar
Article paru dans l'édition du 01.11.07.

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L'envol de la Colombe Janou Serrée, artiste engagée.

L'association "Art au service des libertés Publiques" organise un grand concert de musique russe lundi 29 octobre, salle Adyar à Paris. Ce premier concert défendra les libertés individuelles en Russie. Nous vous invitons vivement à visiter le site de l'association www.arts-libertes.org afin d'y voir le programme, les intervenants ou encore d'adhérer à l'association.

Dans un discours prononcé le 10 février 2003 lors d’une conférence de presse Vladimir Poutine, alors convié à l’Elysée par Jacques Chirac , avait déclaré en parlant de la France : « Nous avons beaucoup fait dans les relations bilatérales politiques mais il nous reste beaucoup à faire dans le domaine économique. Les résultats que nous avons dans ce domaine actuellement ne peuvent nous satisfaire. Cela concerne la structure des échanges commerciaux, bilatéraux et le
volume des investissement français dans l’économie de Russie ». Enfin il avait ajouté : « Nous avons prêté beaucoup d’attention à la coopération énergétique ».

Plus de quatre ans après où en est cette collaboration si souhaitée ?

Lors d’une visite au Kremlin Nicolas Sarkozy, ami des Etats-Unis et défenseur dévoué des droits de l’homme, avait fait part à son homologue russe du souhait des investisseurs français d’entrer dans le capital de Gazprom ; La presse locale s’était alors empressée de qualifier cette ambition de fantaisiste.
Pourtant à peine quelques mois avant Gazprom et Total avaient signé un contrat octroyant à la France 25% des actions de l'opérateur de la première phase de la mise en valeur du gisement géant de gaz de Chtokman, situé en mer de Barents et l’entreprise française projetait d’y injecter près de cinq milliards de dollars dans les années à venir.

Il semble que la cordialité si appréciée de Chirac n'est pas fait tout l'effet escompté.

En effet, les échanges commerciaux entre les deux pays s’avèrent faibles. L’importation concerne les énergies russes comme le pétrole ou le gaz.S’agissant de l’exportation ce sont les produits civils de l’industrie française qui sont à l’honneur mais ne représentent que 3,8% des parts de marché en Russie.

Néanmoins les entreprises françaises cherchent à s’implanter au pays des steppes malgré des difficultés telles qu’une administration qui se veut contraignante, une réelle absence de transparence ou encore une corruption indubitable.
De nombreux grands groupes ont d’ailleurs franchi le pas Total, Renault, l'Oréal ou Danone ne sont qu’une esquisse de l’ampleur du phénomène.
A noter un fait bizarre, on savait que les échanges étaient de nature différentes ; on savait moins par contre que le flux était si disparate : les rapports marchands dans le sens France-Russie s’accroissent tandis que à l’inverse, ils se réduisent.

Voici un scoop intéressent dont m’a fait part un ami journaliste. Sergei Storchak a annoncé le remboursement en avance d’un ancien prêt agricole de 343, 25 millions de dollars accordé par les Etats Unis, qui furent prêté durant les pires moments de la crise économique qui frappa la nouvelle fédération de Russie. S’informant auprès de journalistes à Washington, ma source m’a précisée que Storchak aurait expliqué ce geste ainsi : « D’un point de vue de l’efficacité financière, il n’était pas particulièrement économique de rembourser ce prêt si tôt, mais il était déplaisant de trainer une dette qui avait été acquise au moment où le pays était au plus mal »

Traduction : Nous préférons jeter plusieurs millions de dollars d’argent public pour essuyer un prêt embarrassant afin de marquer un point politique. Comme prévu la Russie n’est pas vraiment dans l’humeur de devoir quoi que ce soit aux Américains.

Les avocats de Platon Lebedev, l’ancien manager de Ioukos et associé de Mikhaïl Khodorkovski, ont annoncé que la Cour Européenne des droits de l’Homme de Strasbourg s’était prononcé en leur faveur, reprochant à la Russie d’avoir violée ses droits sur cinq chefs d’accusation lors de son arrestation en 2003. La Cour a considérée que la Russie avait maintenue illégalement Lebedev en détention provisoire alors que celle-ci était arrivée à son terme, a illégalement empêché que Lebedev et ses avocats puissent assister à l’audition de détention, et que les deux procédures d’appel demandées par la défense avaient été trop lentes.

Glucksmann dans le Monde

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André Glucksmann, philosophe, s'exprime au sujet de Khodorkovski dans le journal Le Monde.

Sakharov-Khodorkovski, même combat, par André Glucksmann

Merci Elena Bonner-Sakharov ! Merci Anna Politkovskaïa ! Deux femmes remarquables m'ont ouvert les yeux : Mikhaïl Khodorkovski, ancien patron tout-puissant de Ioukos, principal trust pétrolier de Russie, n'est plus le businessman jalousé qui réussit trop bien, il est prisonnier
politique, enfermé depuis quatre ans au fin fond de la Sibérie, jugé et rejugé (jusqu'à ce que mort s'ensuive ?).

En France, par tradition, il n'y a pas grande affinité entre les hommes de plume et les hommes d'argent. Pourquoi prendre la défense d'un capitaine d'industrie que ses pairs ont tôt fait d'abandonner ?
Capitalistes de tous les pays unissez-vous ? Tu parles ! Après la dissolution de l'Union soviétique, la Banque mondiale et Bill Clinton, président des Etats-Unis, ont cautionné les privatisations russes qu'Eltsine encourageait au nom d'une liberté de marché enfin trouvée. En vérité, le casse du siècle permit à quelques malins de s'enrichir, non sur le dos de prolétaires exsangues par la grâce de la "dictature du prolétariat", mais aux dépens de dirigeants communistes trop avachis pour défendre leur gâteau.

Tentons de comprendre. La fable poutinienne aligne d'un côté les "oligarques", pourris, affairistes, de l'autre les chevaliers blancs du gouvernement qui combattent les fraudeurs. Ces bons apôtres se gardent bien de redistribuer au peuple des richesses qu'il n'a jamais possédées. Ni Robespierre ni Eliot Ness, Poutine n'a rien d'un Incorruptible qui nettoie les écuries d'Augias. Il géra les affaires juteuses et les transferts lucratifs de la mairie de Saint-Pétersbourg, puis de l'administration du Kremlin. Il semble s'être fabuleusement enrichi (en milliards d'euros, dit-on à Moscou). Il a couvert les prévarications de la famille Eltsine. En contrepartie, il fut choisi pour diriger la Russie.

Le Moscou des affaires ressemble à s'y méprendre au Chicago des années 1930, quand Al Capone et les siens sévissaient. Une Saint-Valentin au jour le jour : chantages, dessous-de-table, meurtres, emprisonnements arbitraires ; les différents clans des services secrets se disputent le butin sans civilité. En clair, les autorités russes ne souhaitent
pas supprimer les oligarques, mais sélectionnent les "bons" qui obéissent et suppriment les "mauvais" qui désobéissent. Ces derniers sont punis, leur magot saisi et redistribué aux copains de la Tchéka (FSB).

N'en déplaise à nos souverainistes et aux naïfs altermondialistes, ce tri sélectif ne livre pas de lutte antilibérale, égalitaire ni de bataille contre le capital. Seuls s'illusionnent ceux qui n'ont pas les yeux en face des trous. La Russie est aujourd'hui terre de corruption, où malgré, ou à cause, d'un sous-sol fabuleux, 50 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, bouches inutiles poussées à disparaître. La mortalité croît, le pouvoir n'en a cure. Mikhaïl Khodorkovski avait offert aux innombrables employés de Ioukos les meilleures conditions de travail de Russie. Mal lui en prit.

A trois titres, le grand patron gênait la verticale du pouvoir. Primo, il a remis en question la verticale médiatique du pouvoir. Des activités humanitaires, sa fondation Russie ouverte le rendaient populaire. Deuzio, Mikhaïl Khodorkovski a contrecarré la verticale politique du
pouvoir. Le parti du Kremlin, Notre Russie, ne souffre pas d'opposant puissants. L'oligarque mal pensant a soutenu les partis libéraux et démocratiques. Enfin, péché suprême, il a perturbé la verticale économique du pouvoir. La "restructuration" à la guise du Kremlin concentre autour de monopoles les secteurs payants de l'économie. Les grands exemples sont Gazprom, pour le gaz, et Rosneft (et peut-être bientôt Gazprom ?) pour le pétrole. La même concentration a lieu dans l'aéronautique, l'exploitation du nickel et des métaux rares. La reprise en main se fait au bénéfice de "la corporation Poutine", qui dirige seule le pays, politiquement, militairement et économiquement.

Autre enjeu, pas des moindres, la "grande" politique étrangère. En 2005, quand l'Ukraine Orange se libère de sa tutelle, la Russie lui adresse une menace claire et multiplie les prix du pétrole ou du gaz, puis, pour fêter le nouvel an, elle affiche sa toute-puissance et ferme les robinets. Il en va de même pour la Géorgie des Roses soumise à ses caprices continuels et à son embargo.

Quand la Pologne et les Etats baltes, membres de l'Union européenne, rechignent, la signature du projet Schröder-Poutine sur le gazoduc germano-russe de la Baltique est avancée : il contourne l'Ukraine rétive, la Pologne et les Etats baltes, punis pour leur indépendance. Les
pays d'Europe centrale, autrefois soumis au Pacte de Varsovie, dépendent à 90 % des livraisons énergétiques russes, il est facile de les faire trembler. L'ambition du Kremlin serait-elle d'installer une sorte de prêt-bail à l'envers ? Pendant la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis expédiaient leurs subsides en Russie. Aujourd'hui, l'objectif est d'envoyer du gaz vers la côte américaine à partir de Mourmansk. La Russie se donne les moyens de faire chanter l'Occident.

Cette "grande" politique de nuisance exigeait la dislocation de Ioukos. L'entreprise jouait en solo dans la cour des grands, et son patron n'était pas aux ordres. Obstacle en politique intérieure et mondiale, Ioukos fut démantelée. Capable de bloquer les autorités russes par le
jeu du marché, Khodorkovski objectait au rapt de l'ensemble des ressources pétrolières et gazières, il privait Poutine de son arme anti-occidentale numéro un.

Le sort de Mikhaïl Khodorkovski sert d'exemple négatif aux patrons récalcitrants, comme la Tchétchénie a valeur d'épouvantail pour le peuple russe. Grozny rasée est argument pédagogique destiné à tous les citoyens de la Fédération : "Voilà ce qu'il advient des peuples
épris de liberté !"

Le cachot pour Mikhaïl Khodorkovski est une leçon destinée aux élites : "Pliez !" Le meurtre d'Anna Politkovskaïa fut asséné en guise de conseil aux journalistes curieux. L'empoisonnement au polonium de Litvinenko dissuade les anciens du KGB en mal d'honnêteté. L'agonie dans une geôle de l'avocat Trépachkine vaut avertissement pour ses pairs... Les messages sont de la même eau.

Menacé, Mikhaïl Khodorkovski n'a pas fui, il choisit de se défendre en Russie. On sous-estime le personnage et l'importance qu'il peut prendre dans son pays. Pour comprendre, il faut se référer à Sakharov.
Je me souviens de la remarque d'Elena Bonner, sa veuve et mon amie, commentant une rencontre au Kremlin, où étaient conviés autour de Poutine les oligarques les plus puissants : "Quand apparut Khodorkovski, j'ai pensé celui-là est trop intelligent et trop décontracté, courageux et inconscient, il va payer."

Khodorkovski n'est certainement pas tout blanc. Sakharov ne l'était pas plus : il parraina la bombe H soviétique. Mais prenant conscience de l'oppression et de la servitude qui l'entouraient, il protégea les dissidents et s'opposa à la dictature rouge. Khodorkovski, patron parmi les patrons, fut rebuté par le retour de l'autocratie. Beaucoup de Russes m'ont dit, et Anna Politkovskaïa en particulier : il était riche, de ce fait le petit peuple s'en méfiait, mais en Russie "si tu vas au bagne et si tu ne plies pas, une purification s'opère aux yeux de
l'opinion". Dans sa solitude mondiale, la résistance de Mikhaïl Khodorkovski le consacre grande figure d'opposition aux côtés de Garry Kasparov et de Vladimir Boukovski.

Après les menaces de contrôle de l'importation des ressources énergétiques russes par la Communauté Européenne, le premier ministre Zoubkov contre attaque en examinant ce nouveau projet.

La Russie prête à examiner un projet de gazoduc transitant par le Bélarus

MOSCOU - La Russie est prête à examiner un projet de gazoduc augmentant le transit du gaz russe vers l'Europe à travers le Bélarus et concurrentiel du gazoduc nord-européen sous la Baltique, a déclaré le Premier ministre russe Viktor Zoubkov cité par l'agence Interfax.
"Il est opportun de revenir sur le sujet concernant la construction de la deuxième branche" du gazoduc Iamal-Europe passant par le Bélarus vers la Pologne et l'Allemagne, a déclaré M. Zoubkov, en visite à Minsk.
"La deuxième branche (de Iamal-Europe) est la plus économique et la plus opportune", a de son côté souligné le Premier ministre bélarusse Sergueï Sidorski cité par Interfax.
Selon lui, la construction de la deuxième branche coûterait entre 2,5 et 3,5 milliards de dollars.
Le gazoduc Iamal-Europe est concurrentiel du projet russo-allemand de gazoduc nord-européen qui passe par le fond de la Baltique et contourne les pays baltes et la Pologne.
Environ 5% du gaz consommé par les Européens transite par la branche actuelle du gazoduc Iamal-Europe.
La déclaration de M. Zoubkov est d'autant plus surprenante que la Russie, qui a eu plusieurs différends gaziers avec Minsk, tente de différencier les voies de transit de ses hydrocarbures.
Le gazoduc nord-européen passant sous la Baltique appartient à un consortium contrôlé à 51% par Gazprom, à 24,5% par le numéro un mondial de la chimie l'allemand BASF et à 24,5% par le numéro un de l'énergie allemand EON. La première tranche de ce chantier critiqué par la Pologne et les pays baltes doit être opérationnelle en juillet 2010.

Pour Poutine, les services secrets sont un pilier de la Russie

MOSCOU (Reuters) - Les services de renseignement extérieurs sont une des institutions clés de la Russie, estime le président Vladimir Poutine, selon lequel la nomination de l'ancien Premier ministre Mikhaïl Fradkov à leur tête ne pouvait que renforcer leur stature.

Poutine, lui-même ancien agent du KGB (services de sécurité soviétiques), a placé nombre d'anciens collègues à de hautes fonctions dans l'administration russe. Ses détracteurs estiment que le pays est désormais dirigé par une réseau d'anciens ou d'actuels agents des services secrets, les "tchékisti".

"La nomination de Fradkov au poste de directeur du SVR (services de renseignement extérieurs) souligne le rôle important joué par les services de renseignement extérieurs dans le système des institutions de l'Etat russe", a dit Poutine.

"Le SVR est l'un des services spéciaux les plus professionnels et les plus efficaces, qui doit continuer de défendre la Russie contre toute menace extérieure", a-t-il dit, lors d'une cérémonie de présentation de Fradkov à son personnel.

Les autorités américaines ont déclaré cette année que l'espionnage russe aux Etats-Unis avait retrouvé ses niveaux de la guerre froide; les autorités britanniques ont dit de même pour leur pays.

Poutine, dont le second mandat à la présidence expire l'an prochain, s'est employé à redonner aux services de sécurité les moyens d'un corps privilégié.

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Dans son dernier ouvrage, Ce grand cadavre à la renverse, BHL revient sur la défaite de la gauche aux dernières éléctions et analyse les raisons de son échec. Mais cette analyse est aussi prétexte pour l'auteur de revenir sur ses grands combats intellectuels notamment en matière de défense des droits de l'Homme. Il revient ainsi sur le mouvement des "nouveaux philosophes", qui à la fin des années 70 se regroupant autour d' André Glucksman, Maurice Clavel, lui même et bien d'autres allait défrayer la chronique en imposant l'idée que les droits de l'Homme devaient rester au dessus de toute idéologie. Ils dénoncaient ainsi tous les mouvements totalitaristes, de droite comme de gauche.
Ainsi fidèle à sa vision humaniste, il ne fait aucune concession aux Etats qui ne garantissent pas tous les droits fondamentaux, notamment la Russie.
Voici un extrait :

" Ce réflexe antitotalitaire (...) c'est lui qui me fait reconnaître, sous le masque de ce Poutine que l'on nous présente, partout, comme en-chemin-vers-une-démocratie-qui-ne-s'improvise-pas-et-a-besoin-de-temps, le mufle de la bête d'Etat, kagébiste et massacreuse qu'il est toujours"

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L' agence France presse révèle aujourd'hui que Poutine a promu Vassili Iakemenko à la tête du Comité de la Jeunesse auprès du gouvernement où il sera chargé de «l'éducation patriotique». Les propos de ce dernier ne font que confirmer le sentiment ultra nationaliste qu'essaye de donner le gouvernement depuis quelques mois. Galina Kozhevnikova, participant il y a quelques jours à une conférence à Paris en hommage à Anna Politkovskaïa, avait déjà pu nous faire part de ses inquiétudes, du fait que les pouvoirs publics ne faisaient qu'exacerber un sentiment d'intolérance, dans un pays où le racisme et la xénophobie ont une tendance à être très largement acceptés, voir instrumentalisés.
AFP Le leader des «Nachi», le principal mouvement de jeunes pro-Poutine, a annoncé mercredi sa nomination à la tête du Comité de la Jeunesse auprès du gouvernement où il sera chargé de «l'éducation patriotique». «Nous nous occuperons d'éducation patriotique. L'amour de la patrie, c'est la conscience de faire partie d'une histoire» commune, déclare Vassili Iakemenko, annonçant dans une interview au quotidien Kommersant sa nomination par le président Vladimir Poutine quelques jours plus tôt.

«Nous voulons voir des jeunes qui s'intéressent à la question nationale, qui soient professionnels, sains et de préférence heureux», a ajouté M. Iakemenko.

M. Iakemenko a d'abord dirigé un premier groupe de jeunes pro-Kremlin, «Ceux qui marchent ensemble», avant de créer les «Nachi» sous la houlette du Kremlin, notamment de Vladislav Sourkov, numéro deux de l'administration présidentielle et principal idéologue du Kremlin.

M. Iakemenko prône la lecture des écrivains russes et «patriotes», appelle les jeunes à mener une vie saine et à s'opposer à tout mouvement «révolutionnaire» «financé depuis Washington» pour renverser Vladimir Poutine.

En septembre, il avait annoncé que les «Nachi» allaient former, avec l'aide de la police, des «brigades» capables de prêter main forte aux forces de l'ordre en cas de manifestation lors des élections législatives de décembre.

Avant de créer «Ceux qui marchent ensemble», M. Iakemenko avait déjà travaillé dans l'administration du Kremlin sur les questions de jeunesse.

La direction de Total a démenti récemment les bruits selon lesquels la société française pourrait racheter des actifs dans des grandes sociétés énergétiques russes.

PARIS (AFP) — Le patron de Total a déclaré mercredi que son groupe n'avait pas l'intention d'entrer au capital de Gazprom, réaffirmant que le rôle du pétrolier français n'était pas de prendre une part minoritaire dans une autre entreprise pétrolière.

Le président français Nicolas Sarkozy a affirmé mercredi à Moscou que des entreprises françaises étaient disponibles pour "entrer dans le capital" du géant gazier russe.

Interrogé pour savoir si Total faisait partie de ces entreprises, le directeur général de Total, Christophe de Margerie a répondu "non", en marge d'une conférence sur le pétrole à Paris.

"Je ne suis pas au courant que Gazprom m'ait demandé quelque chose de ce genre. Sauf s'il y a une raison un peu spécifique à adosser nos investissements à un accord patrimonial, le rôle de Total n'est pas de prendre des participations minoritaires dans des sociétés pétrolières. Nous voulons être en charge nous mêmes de nos opérations", a-t-il expliqué.

Le projet de développement du gisement gazier géant Chtokman, dans le nord de la Russie, dans lequel Total s'est associé à Gazprom, "n'a rien à avoir avec le fait d'être actionnaire minoritaire pour venir aux assemblées générales une fois par an. On transforme alors Total en holding", a-t-il dit.

Plus tôt dans la journée, une porte-parole de Total avait affirmé que le groupe français "cherchait à développer son partenariat" avec Gazprom.

"Nous cherchons à développer notre partenariat avec Gazprom et nous avons d'autres discussions avec d'autres sociétés russes, comme Rosneft", le numéro un du pétrole russe, avait-elle déclaré.

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Le classement annuel de Reporter sans Frontières sur la liberté de la presse voit logiquement la Russie occcuper un rang très bas dans le classement des pays selon le critère du respect de la liberté de la presse.

Les membres du G8 connaissent une légère amélioration, sauf la Russie

Alors qu’ils ne cessaient de dégringoler au classement depuis trois années, les pays membres du G8 ont regagné quelques positions. La France (31e), par exemple, remonte de six places par rapport à l’an dernier. Les journalistes ont été épargnés par les violences qui les avaient touchés fin 2005 lors d’un conflit syndical, en Corse, et pendant les manifestations dans les banlieues. Cependant, de nombreuses inquiétudes demeurent en raison de cas de censure persistants, de perquisitions dans des rédactions et d’un manque de garanties concernant la protection du secret des sources.

Aux Etats-Unis (48e), les violations de la liberté de la presse ont été légèrement moins nombreuses et le blogueur Josh Wolf a été libéré après 224 jours de détention. En revanche, la détention sans charge, depuis le 13 juin 2002, du cameraman soudanais d’Al-Jazira, Sami Al-Haj, sur la base militaire de Guantanamo, et l’assassinat de Chauncey Bailey à Oakland, en août 2007, empêchent toujours le pays d’accéder au peloton de tête.

L’Italie (35e) a également stoppé sa descente, même si les journalistes restent sous la menace de groupes mafieux qui les empêchent de faire leur travail en toute sécurité. Au Japon (37e), un certain répit dans les attaques de militants nationalistes à l’égard de la presse a permis au pays de regagner quatorze places.

"Ces évolutions sont une bonne nouvelle. Peut-être que les appels répétés pour que ces démocraties se comportent de manière exemplaire commencent enfin à porter leurs fruits. Il faut cependant rester prudents et vigilants. Rien n’est jamais acquis et nous espérons que cette tendance va se maintenir et même s’accentuer l’année prochaine. Nous regrettons tout de même que seuls deux pays membres du G8, le Canada (18e) et l’Allemagne (20e), parviennent à se hisser dans les vingt premiers", a indiqué Reporters sans frontières.

La Russie (144e) ne progresse pas. L’assassinat d’Anna Politkovskaïa, en octobre 2006, l’impunité des assassins de journalistes et le manque toujours criant de pluralisme dans les médias, notamment audiovisuels, pèsent lourdement dans le bilan de la situation de la liberté d’expression dans le pays.

Associated Press:

Des arrestations qui révèlent des querelles au sein du Kremlin Par VLADIMIR ISACHENKOV 10.10.07 Associated Press

Moscou,

Une bataille en coulisses entre les différents clans du Kremlin vient d’être révélée au grand jour suite à l’arrestation de hauts fonctionnaires et à des accusations publiques – un signe de la lutte de pouvoir dans le cercle proche de Vladimir Poutine avant son départ l’an prochain.

Le groupe de vétérans du KGB proches de Poutine est depuis longtemps fragilisé par des désaccords qui sont restés pour la plupart ignorés du public. Il était peut-être dans l’intérêt de Poutine de maintenir la discorde afin de préserver un équilibre dans son équipe et de tenir ses subalternes à distance.

Mais ces luttes intestines sont devenues publiques la semaine dernière au moment de l’arrestation du Général Alexander Bulbov, le bras droit de Viktor Cherkesov, un associé de longue date de Poutine qui dirige l’agence russe de contrôle des drogues.

Bulbov a été arrêté à l’aéroport de Moscou par des agents armés jusqu’aux dents du Service Fédéral de Sécurité ou FSB, la principale agence qui remplace le KGB. Plusieurs hauts fonctionnaires de l’agence de contrôle des drogues ont été également arrêtés et leurs appartements perquisitionnés.

Cherkesov a accusé ses anciens collègues du KGB de mener une guerre de “tous contre tous” qui pourrait affaiblir le gouvernement et menacer la stabilité de la nation. Il a comparé cette querelle aux divisions qui régnaient parmi les hauts fonctionnaires communistes qui marquèrent le déclin de l’Union Soviétique et accélérèrent sa chute.
“Un tel processus a autrefois mené à une catastrophe sociale et géopolitique” a-t-il déclaré.

Dans l’incertitude de sa succession, la lutte de pouvoir entre les lieutenants de Poutine semble s’intensifier.

Le très populaire président a dit qu’il cèderait sa place à la fin de son second mandat et il devrait donner sa bénédiction à un successeur de son choix. Mais le mois dernier, Poutine a brusquement annoncé qu’il prendrait la direction de la liste du parti pro-Kremlin en décembre aux élections parlementaires et qu’il pourrait ainsi briguer le poste de 1er ministre. Ce scénario pourrait lui permettre de rester aux commandes et éclipser un président au pouvoir amoindri.

Les arrestations semblent être les répercussions d’une longue bataille qui opposa Cherkesov à Igor Sechin, le puissant chef adjoint de l’équipe de Poutine et à d’autres membres influents du cercle proche de Poutine.

Andrei Illarionov, ancien conseiller économique de Poutine, a comparé ces luttes intestines aux batailles féodales entre seigneurs et selon lui cela pourrait apporter de l’instabilité et mener à des « coups » au sein du « palais ».
« Les instances juridiques russes traversent une période de dégradation rapide. ».

Cherkesov, interviewé mardi dans les pages du quotidien économique Kommersant, n’a pas cité de noms mais a déclaré que les arrestations avaient jeté la lumière sur les « luttes internes au sein des services spéciaux ».
« Il ne peut pas y avoir de gagnant dans cette guerre, il y a trop en jeu » a déclaré Cherkesov.

Bulbov a été accusé d’écoutes téléphoniques illégales, même si l’agence de contrôle des drogues fait partie des agences de sécurité qui ont le pouvoir d’utiliser de telles méthodes lors d’enquêtes officielles. Certaines sources disent qu’il était impliqué dans les écoutes téléphoniques entre Sechin et son allié Vladimir Ustinov, ce qui a fâché Poutine et a conduit à la démission d’Ustinov en tant que procureur général.

Cherkesov a déclaré que les fonctionnaires arrêtés avaient un rôle dans l’enquête sur le magasin de meubles Tri Kita de Moscou, qui était accusé de détournement de millions de dollars en droits de douane. Ils avaient également enquêté sur un autre cas de contrebande de marchandises en provenant de Chine.

De sources russes, certains hauts fonctionnaires du FSB étaient impliqués dans les deux affaires. Certains disent que ces arrestations sont la contre-attaque du FSB au service de Cherkesov.

Cherkesov, critiquant ouvertement les intérêts commerciaux de ses rivaux, a déclaré que les fonctionnaires des services spéciaux ne devraient pas être mêlés au milieu des affaires.

« Nous ne devons pas permettre aux guerriers de devenir des marchands » a-t-il dit.

Il a rappelé que la stabilité de la Russie reposait sur les services de sécurité.
« Tant que la stabilité de la société reposera sur cette force, sa qualité sera liée au sort du pays ».

Alors qu’ils se battent les uns contre les autres, les clans rivaux des anciens du KGB partagent la même défiance à l’égard des intentions occidentales.

Nikolaï Patrushev, chef du FSB, a déclaré dans une interview publiée mercredi dernier, que les espions occidentaux travaillaient à affaiblir et détruire le pays. Il a spécifiquement mentionné les services secrets britanniques, le MI6, précisant que leurs agents essayaient « d’influencer le développement de la situation politique intérieure de [son] pays ».

« Les politiciens qui pensent encore en termes de Guerre Froide conservent encore leur influence dans un certain nombre de nations occidentales. » a déclaré Patrushev à l’hebdomadaire Argumenty i Fakty. « Ils ont revendiqué la chute de l’Union soviétique et ourdissent des plans visant à démembrer la Russie. »

« Ils considèrent les services spéciaux et leurs organisations comme l’instrument efficace de leurs actions ».

Cet article paru dans le journal d'investigation Marianne sous la plume de Anne Dastakian traite de Grigori Pasko et de son actualité.

Marianne: Condamné par un tribunal militaire russe pour "trahison" puis "espionnage", le journaliste et militant écologiste Grigori Pasko a passé 4 ans en prison entre 1997 et 2003. Son crime : avoir filmé en 1993, un tanker de la marine russe en train de déverser des munitions et des déchets radioactifs en mer du Japon. Depuis sa remise en liberté, il n'a pas retrouvé d'emploi et a du attendre un an son passeport. Cependant, il vient d'être nommé correspondant de Reporters sans frontières en Russie. Pour les autorités, Pasko sent le soufre , et aucune chaîne de télé russe n'oserait l'inviter. Il a donc créé son blog (sur www.robertamsterdam.com) et parcourt la Russie plus particulierement le tracé du futur gazoduc qui doit relier le pays à l'Allemagne. Ce courageux investigateur affirme: "La direction de Gazprom, partenaire de Ruhrgas dans ce projet, se doit de respecter les normes écologistes, mais elle le fait juste pour soigner son image à l'étranger. il faudra être très vigilant, la santé de la mer Baltique en dépend !"


AFP
10 octobre 15:41 - MOSCOU (AFP) - Le président français Nicolas Sarkozy a achevé mercredi sa première visite à Moscou sans avoir infléchi la position de son homologue Vladimir Poutine sur des dossiers brûlants comme l'Iran, malgré les efforts déployés par les deux pays pour lever leurs incompréhensions.

Après un dîner mardi soir dans une résidence de la banlieue moscovite, les deux chefs d'Etat se sont retrouvés mercredi au Kremlin pour un nouvel entretien ponctué d'une conférence de presse qui a laissé paraître au grand jour leurs différences, notamment sur le nucléaire iranien.

Comme il l'avait fait la veille devant la presse française, Nicolas Sarkozy a confié mercredi avoir noté "une certaine convergence" sur ce dossier, où la Russie s'oppose, contrairement à la France, à l'adoption de nouvelles sanctions onusiennes pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme atomique.

Loin de toute convergence, Vladimir Poutine a lui redit, devant son homologue, la position ferme de son pays, assurant ne pas avoir "d'informations selon lesquelles l'Iran aspire à produire des armes nucléaires".

"Nous n'avons pas de telles données objectives, c'est pourquoi nous partons du principe que l'Iran n'a pas de tels plans", a poursuivi le président russe, assurant toutefois partager les "préoccupations" de ses partenaires.

"Il peut y avoir des divergences d'analyse. Sur +ils le font+, je crois que tout le monde est d'accord. Est-ce qu'ils vont l'utiliser, c'est une question d'analyse", a répondu le président français à propos des projets iraniens. "Ce qui est important, c'est la volonté de coopérer", a-t-il insisté.

Sur le Kosovo, autre pomme de discorde, M. Sarkozy a jugé "très important que l'Europe reste unie et que la discussion reste ouverte avec nos amis russes sur cette question" afin de trouver une "solution qui n'humilie personne".

Allié traditionnel de la Serbie, Moscou refuse l'indépendance du Kosovo que soutient la France. La "piste" dont a fait état mardi soir Nicolas Sarkozy pour "rapprocher les points de vue" n'a pas été évoquée publiquement mercredi.

Si elles sont restées éloignées sur ces dossiers, la France et la Russie ont à l'inverse loué leur partenariat sur le plan économique, notamment en matière d'espace, d'aéronautique et d'énergie.

Assurant qu'il n'y aurait "pas de protectionnisme côté français", le président Sarkozy a ajouté que des investisseurs français étaient disponibles pour "entrer dans le capital" du géant gazier russe Gazprom. "Pas de tabou, pas de limite" en la matière, a-t-il insisté, juste "transparence et réciprocité".

Pour sa part, Vladimir Poutine a assuré que les entreprises françaises avaient "la possibilité" de travailler en Russie.

Sur la question délicate des droits de l'Homme, thème de la plupart des critiques qu'il a adressées ces derniers mois à la Russie, M. Sarkozy a indiqué avoir fait valoir à M. Poutine ses convictions "avec franchise".

Il "m'a répondu avec la même franchise parce que nous considérons que l'amitié consiste à se dire les choses", a ajouté M. Sarkozy.

Le président français a ensuite rencontré des représentants d'ONG russes, dont Memorial, qui dénonce les violations des droits de l'Homme en Tchétchénie. Interrogé lors de la conférence de presse sur cette initiative, le président russe a estimé qu'il n'y voyait "rien de condamnable".

S'il a répété que "la France ne souhaite donner de leçon à personne", le président français a, avant de rejoindre le Kremlin, vanté les mérites de la démocratie devant des étudiants de l'université Bauman à Moscou.

"C'est tellement mieux de vivre dans une démocratie", s'est-il exclamé en réponse à une question sur l'arrestation en France en janvier du milliardaire russe Mikhaïl Prokhorov dans le cadre d'une affaire de prostitution.

"Un pays où la justice n'est pas indépendante, ce n'est pas un pays libre", a noté le président français. "Vous connaîtrez cela un jour, c'est ce que je vous souhaite", a-t-il lancé aux jeunes Russes.


Grigori Pasko est journaliste.

En Italie, une plaque commémorative a été inaugurée en l’honneur d’Anna. En Russie, pas de plaques et je doute qu’il y en ait une un jour tant que le pouvoir actuel sera en place : nous nous souvenons tous de l’agacement évident avec lequel Poutine parlait d’elle.

Mais pour nous, journalistes, il y a déjà un monument en l’honneur de notre collègue : il est gravé dans nos coeurs.

Cela fait un an aujourd’hui que je n’ai rien dit ni écrit au sujet d’Anna, pour une multitude de raisons. L’une d’entre elles est qu’elle et moi nous connaissions bien. Nous avions l’habitude de nous croiser lors de conférences à Moscou et à la « Novaya gazeta » où j’ai travaillé durant un an. Mais la plupart du temps, nous nous rencontrions loin des frontières russes, lors de divers salons du livre. Nous étions ensemble dans les salles d’attente des aéroports, nous étions sur les mêmes vols, etc. Une fois, à ma demande, elle m’a raconté comment dans une rue de Moscou des inconnus dans deux 4X4 massifs ont essayé de prendre sa petite Lada en étau. Ils ignoraient que ce n’était pas Anna qui était au volant, mais sa fille. Il n’était rien arrivé à Anna cette fois-là mais sa fille fut traumatisé par cet incident.

Puis il y eut des menaces près de chez elle, l’empoisonnement dans l’avion qu’elle prenait pour Beslan et pour finir…son assassinat.

Le 7 octobre ne sera plus jamais l’anniversaire de Poutine, ce sera le jour de la mort d’Anna. Sa mort marque aussi la fin de Poutine: la fin de ses relations avec les journalistes et les mass-media. La fin de la liberté d’expression et de la démocratie dans son ensemble.

J’ai eu le privilège d’entendre Anna parler à un public étranger à de nombreuses reprises. Et quel orateur elle faisait ! Je me souviens d’un salon du livre à Edimbourg où des centaines de personnes se tassaient dans une toute petite pièce pour l’écouter parler. Elle parlait de son nouveau livre sur la Russie et la Tchétchénie, sur la politique de Poutine et sur le personnage lui-même… Elle parlait courageusement, ouvertement, avec force et conviction. Elle était « bien armée » avec les faits. Je l’écoutais attentivement. Presque tout ce dont Anna parlait m’était familier mais je l’écoutais, captivé, comme tous les autres dans la pièce. Je lui disais ensuite : « Anya, comme tu as bien parlé ! » Elle me répondait en souriant : « Non, comme vous avez tous bien écouté ! ».

Cela ne faisait aucun doute qu’Anna n’aimait pas Poutine. Et quand Poutine parlait d’Anna, il était évident que le sentiment était réciproque. (En fait, j’ai l’impression que le Président de la Russie n’aime pas les femmes belles et intelligentes en général).

Je suis convaincu que le meurtre d’Anna ne sera pas élucidé tant que le pouvoir actuel sera en place, précisément parce que ce pouvoir n’y voit pas d’intérêt. Peut-être trouveront-ils les coupables - ceux qu’ils auront désignés comme les hommes de main - et iront même jusqu’à les arrêter. Cela pour l’Occident, pour qu’on arrête de harceler la Russie une bonne fois pour toutes à ce sujet. Pour le pouvoir proche de Poutine, le coupable principal qui est supposé avoir commandité le meurtre a déjà été désigné : Berezovsky, comme on pouvait s’y attendre. (On a l’impression que dans le lot d’accusations qui sont préparées contre cette personne, il est déjà écrit qu’il a aussi eu un rôle dans la crucifixion du Christ.)

J’ai remarqué que depuis le meurtre d’Anna, de nombreux journalistes semblent être plus prudents sur ce qu’ils écrivent. Je ne parle pas des journalistes pro-Etat des mass media qui servent le pouvoir : ceux-là étaient « plus bas que l’herbe et plus calmes que l’eau » avant aussi. Mais après l’assassinat d’Anna, il est devenu clair que désormais, il est inutile de jeter les journalistes en prison, ils peuvent être tout bonnement tués. Comme le disait le camarade Staline : « pas de personne, pas de problème ».

Notre défi est de tout faire pour garder vivant le souvenir d’Anna : dans nos mémoires, dans notre travail. Nous devons poursuivre ce qu’elle avait commencé et le faire avec la même honnêteté irréprochable dont elle faisait preuve pour tout ce qu’elle entreprenait.

Qu’on ne t’oublie jamais, Anna !

Selon Judith Armstrong, les Russes qui réclament un changement du système politique de leur pays le font à leurs risques et périls.

Cette semaine aurait pu constituer une date clé en Russie. Selon la loi russe, le 2 octobre aurait pu être le jour de la liberté retrouvée pour l’ancien oligarque Mikhail Khodorkovski, qui est en prison depuis que le gouvernement russe a porté des accusations de fraude contre lui en 2003. La loi russe autorise une liberté conditionnelle une fois que la moitié de la peine a été purgée mais Khodorkovski n’en bénéficiera pas car de nouvelles poursuites ont été engagées contre lui. Le lancement du nouveau procès devrait être suspendu jusqu’après les élections parlementaires de décembre et les élections présidentielles de mars, mais avec Vladimir Poutine qui vise le poste de Premier Ministre, il y a peu de chances que les choses changent.

Robert Amsterdam, avocat canadien spécialiste des Droits de l’Homme, qui était à Sydney durant l’APEC pour dénoncer l’utilisation potentielle de l’uranium australien par la Russie à des fins militaires, ainsi que les vente croissantes de ce minerai à des pays tels que l’Iran, demeure l’un des défenseurs de Khodorkovski, malgré son arrestation à Moscou et son expulsion sommaire hors du pays. Il demeure convaincu de l’innocence de son client, même si la réputation des oligarques, pour la plupart dispersés désormais, n’est peut-être pas totalement édifiante. Ils étaient considérés par le peuple russe comme des rapaces à la réussite trop évidente, ne servant que leurs propres intérêts et, du point de vue du gouvernement, ils étaient trop puissants et indépendants. Tony Jones, qui interviewait Robert Amsterdam pour « Lateline » en juin dernier, a utilisé deux fois l’expression « baron voleur » pour parler de l’ancien magnat du pétrole, comme si cela résumait tout.

Mais la carrière extraordinaire de Khodorkovski, le menant de ses origines modestes jusqu’aux fonctions de PDG de la deuxième compagnie pétrolière du monde, est fondée sur des facteurs que l’occident peut à peine imaginer : comprendre la psychologie de la formation morale et politique sous un régime totalitaire, relever les défis inhérents au développement, presque depuis sa genèse, essayer d’imposer l’autorité de la loi démocratique et une éthique embryonnaire en matière d’affaires et de profit dans une société de marché naissante. Au début des années 90, de nombreux jeunes russes astucieux pouvaient amasser de l’argent, des actifs et une puissance insoupçonnée grâce à leur sens aigu des affaires et leur capacité à servir la nouvelle élite politique. Ils n’enfreignaient aucune loi pour s’élever et crever le plafond soviétique pour la simple raison que les codes de conduite dans le milieu des affaires, sans parler de l’éthique, existaient à peine à l’époque.

Il était plus utile pour Khodorkovski d’étudier le système politique et de le travailler de l’intérieur. Il acquit sa première fortune en important des jeans, du Brandy et des ordinateurs, blanchissant soi-disant quelques uns de ses profits par la mafia russe. Non seulement Youri Andropov, ancien chef du KGB et président de l’époque, fermait les yeux sur les activités de son camarade, mais certains commentateurs affirment que le KGB offrait sa protection aux nouveaux businessmen privés qui ouvraient un marché, noir ou gris. En peu de temps, Khodorkovski et un groupe de ses semblables ouvrirent une des premières banques privées, la Menatep, dont l’une des opérations fut le transfert des compensations financières aux victimes de Tchernobyl. En 1997, Khodorkovski était le propriétaire de Ioukos, la deuxième plus grosse compagnie pétrolière de Russie, achetée au gouvernement 4 ans auparavant, lorsqu’elle accusait d’énormes pertes. Sous sa houlette, la valeur de Ioukos est montée de manière fulgurante à 6,8 milliards de dollars. Elle montera encore plus haut en 1999, l’année où Khodorkovski choisit consciemment de ne bafouer aucun principe éthique – concept totalement étranger si l’on travaille sous la loi russe. Sa décision a peut-être été motivée par la prise de conscience que les méthodes russes n’étaient pas acceptables à l’Ouest, mais cela n’exclut pas non plus une possibilité d’un amendement moral sincère.

Il commença à soutenir des initiatives touchant l’éducation, à encourager des groupes d’aide juridique, et à financer des think tanks non-partisans, ne cachant pas son désir de promouvoir une société civile et démocratique. Il exprima sa préférence pour une constitution qui garantirait plus de pouvoir au Parlement et moins au Président et un pluripartisme plutôt que le gouvernement centralisé de Poutine. Au début des années 2000, il finança des causes libérales qu’il défendait, y compris le Russian Booker Prize. En 2003, il fut soudainement arrêté et emprisonné. Quand il fut jugé deux ans plus tard, cela lui valut d’être condamné à six années de prison supplémentaires pour des accusations forgées de toutes pièces. En décembre dernier, et au début de cette année, d’autres accusations rendirent impossible une liberté conditionnelle.

Les nouvelles accusations furent décrites par le Washington Post comme « magnifiquement peu vraisemblables », mais elles servaient le gouvernement car les actifs de Ioukos, d’une valeur encore considérable, étaient ainsi gelés, ce qui permit à l’Etat russe de se les approprier. Il n’est pas surprenant que le Livre Blanc écrit par Bob Amsterdam et son associé soit intitulé « l’Abus d’autorité de l’Etat dans la fédération russe », et que ce dernier ait utilisé sa visite en Australie le mois dernier pour mettre en lumière la situation de son client, ainsi que les dangers de la vente d’uranium à un acheteur imprévisible.

Judith Armstrong, professeur associée, est membre du Contemporary Europe Research Centre, et ancienne directrice du département de russe de l’université de Melbourne. Elle donne ci-dessus son propre point de vue.

J'ai eu l'occasion il y a quelques jours d'aller voir une très émouvante exposition: "La Russie timbrée? Dix portraits de prisonniers dans la Russie d'aujourd'hui". Elle passe actuellement en France après avoir été pendant deux ans à l'affiche au Centre Sakharov de Moscou. Cette exposition est parrainée par les Associations ACAT France et Amnesty International.
Un petit aperçu ici, n'ayant pas encore eu les droits sur ces images. Nous vous préviendrons à l'avenir des lieux où elle sera exposée.

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Jeudi 4 octobre a eu lieu à Paris une conférence pour célébrer le triste anniversaire de la mort de Anna Politkovskaïa.
Etaient présents: Galia Ackerman, journaliste et traductrice d'Anna Politkovskaïa, Galina Kozhevnikova vice-directrice du Centre Sova, spécialiste des mouvements d'extrème droite et des législations anti-extremistes à Moscou, Alain Blum, directeur d' études à l' EHESS, Grigory Shvedov, rédacteur en chef du site Internet "Caucasian Knot" (Le Noeud du Caucase).

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De gauche à droite: Grigory Shvedov, Galina Kozhevnikova, Alain Blum, Galia Ackerman

Au début de la conférence, une interview d’Anna Politkovskaïa a été diffusée. Voici son témoignage :

«Un journaliste se doit d’examiner un problème sous tous ses angles, c’est simplement une obligation. D’un point de vue politique, on subit dans notre journal une pression quotidienne, venant de tout coté. Il y a des sujets majeurs qu’on ne peut pas aborder, par exemple on ne pt pas couvrir comme on voudrait le faire la situation en Tchétchénie. On ne pt pas critiquer la procurature générale parce qu’elle soutient l’administration présidentielle et on ne peut pas écrire non plus sur la corruption dans les institutions d’état. Alors comment est ce qu’on tient ? Je pense qu’on nous laisse survivre pour l’instant en tant que vitrine nationale pour montrer à l’Europe que chez nous tout fonctionne comme partout ailleurs. Personnellement je ne pense pas que nous vivions dans un état démocratique. Il me semble qu’il s’agit plutôt d’un système néo-soviétique. Au fond, les élections sont menées à la Soviétique avec des résultats joués d’avance. Depuis cette époque, le pouvoir n’a pas évolué, on sait d’avance qui sera élu. Depuis l’arrivée de Poutine au pouvoir tout est retombé dans une sorte de marécage politique. La tragédie du théâtre a montré que la seule chose qui comptait pour l’état c’est son intérêt et que la vie humaine ne valait absolument rien. Il (Vladimir Poutine) est complètement sourd aux victimes qu ‘il a laissé mourir. J’ai une vision pessimiste, aujourd’hui je ne vois pas d’espoir, alors en quoi puis je espérer ? je peux espérer que les reformes se poursuivent et
qu’enfin on puisse vivre dans une société libre c’est à dire une société ou les lois sont respectées. Aujourd’hui je constate une tendance inverse, il y a de moins en moins de liberté, les lois existent, mais tout le monde les viole, l’état est le premier à le faire. Ils utilisent vraiment tous les moyens pour anéantir la moindre liberté de penser. En fait notre liberté se réduit à la liberté d’aimer Poutine et sa manière de gouverner ça oui c’est très encouragé.

Avez-vous peur ?

Oui bien sûr qu’on a peur. Le problème c’est que de toute manière, le risque fait partie de notre profession. On ne peut pas demander à un bibliothécaire ou à un instituteur de risquer leur vie ce n’est pas leur travail. Mais, dans notre pays, le risque fait partie du métier de journaliste, c’est comme ça que je le vois, je le comprends très bien et je l’assume. Par exemple le matin je prends mon petit-déjeuner après je sors de chez moi et là je prends un risque. C’est tout ce que je pense sur le sujet …. »

Galia Ackerman a alors lu quelques extraits du livre de témoignages Hommage à Anna Politkovskaia paru le même jour.
D’abord sur l’arrestation d’Anna en Tchétchénie où elle avait enquêté sur des détentions arbitraires où l’on emprisonnait des gens dans des trous creusés dans la terre et où, parallèlement elle y a subi un simulacre d’exécution. Voici ce qu’elle a écrit sur le sujet :

«Je ne perçois pas ce qui m’est arrivé comme quelque chose d’extraordinaire ou de tragique à titre personnel. J’ai vécu une expérience commune des gens qui vivent dans ce territoire. Il fallait que je la partage avec eux. J’ai pu m’assurer que ce que d’autres personnes m’avaient raconté était vrai. J’ai pu m’assurer que les personnes arrêtées étaient détenues dans des fosses, des trous. J’ai eu l’énorme chance de ne pas avoir été torturée de survivre d’être libérée. Je la dois uniquement au fait qu’il y a eu des témoins de mon arrestation qui se sont dépêchés d’avertir Moscou et ma rédaction. Beaucoup de prisonnier n’ont pas eu cette chance. Je ne veux pas décrire en détail mon interrogatoire qui m’a plongé dans l’atmosphère des répressions staliniennes comme je les imaginais. J’ai de la peine à croire que tout cela n’était pas un mauvais film. Mais cette épreuve m’a rendu plus forte et plus convaincue encore de la nécessité de mon travail. »

Le deuxième extrait est une réponse à la question d’un journaliste qui posait la question suivante: « personnellement vous avez choisi de lutter contre vent et marrée ? »

«Je pense que nous vivons à une époque où les efforts de chaque personne compte. Le pouvoir russe n’a de respect que pour les forts pour ceux qui n’acceptent aucune compromission. Il faut mener le combat quotidien contre les mensonges et l’arbitraire dont nous abreuvent les autorités. Je suis catégoriquement contre cette idée de la supériorité de l’état à l’individu ou citoyen. Je lutte de toutes mes forces pour défendre les gens. J’écris. J’écris sans fin et quand j’en ai la possibilité je dis les choses de vive voix, et pourquoi ? je suis journaliste je ne peux refuser d’aider les gens qui viennent me voir. Je ne peux les trahir. Chaque jour qui passe le pouvoir se durcit vis-à-vis des citoyens. Mais j’espère encore et toujours qu’un miracle se produira. J’espère que le peuple russe se rendra compte que ce groupe de clown qu’ion appelle chez nous le parti présidentiel (…)avec ses concerts de music pop et ses cadeaux distribués aux électeurs avant chaque échéance électorale n’est qu’une bande d’irresponsable… »
Le troisième extrait porte sur la complaisance à Vladimir Poutine des états européens et de leurs dirigeants :
«Paradoxalement la propagande anti-occidentale acharnée destinée aux marchés intérieurs n’empêche nullement Poutine de vouloir être membre à part entière d’un cercle très fermé des grands de ce monde. Il a le soutien complet de Bush, Chirac, Schröder et en particulier de Berlusconi qui est son avocat principal. En 2003, Chirac a même déclaré à Saint-Pétersbourg que la Russie était au premier rang des démocraties mondiales. »

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Une dépêche AFP s'intéresse au nouveau manuel d'histoire distribué dans les écoles russes. Dans la grande tradition soviétique, cet ouvrage réécrit l'histoire d'une manière étonnante.

AFP
Un manuel sur l'histoire de l'URSS sème le trouble

En 1938, les lycéens d'URSS devaient rayer d'un trait noir les noms des "ennemis du peuple" sur leurs livres. Aujourd'hui, les enseignants russes craignent de nouveau une réécriture de l'histoire avec un manuel rédigé récemment sur commande du Kremlin.
Présenté en juin, le "Livre pour l'enseignant sur l'histoire contemporaine de la Russie (1945-2006)", tiré à 10.000 exemplaires, a mis le feu aux poudres.
Cet ouvrage, qui doit "aider l'élève à former sa propre conception du monde", hérisse les enseignants qui l'accusent de "justifier les répressions staliniennes" et de porter aux nues l'ère Poutine.
"Les chercheurs contemporains ont tendance à expliquer les purges (staliniennes) par la volonté (de Staline) de mobiliser la société pour la pousser à accomplir des taches irréalisables", écrit le manuel.
L'ouvrage, qui présente Staline comme "un des dirigeants les plus efficaces de l'URSS", explique également qu'"à la suite des purges une nouvelle couche administrative s'est formée, adaptée aux objectifs de modernisation" du pays.
"Autrement dit, les répressions étaient indispensables ?", s'interroge l'enseignant Leonid Katsva, lui-même auteur d'un manuel d'histoire, qui ne voit dans tout cela qu'une "réhabilitation du stalinisme".
Parlant de la période la plus récente, le livre présente les poursuites contre le Pdg du groupe pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, comme "un message de l'Etat aux hommes d'affaires : respectez la loi, payez les impôts et ne vous placez pas au-dessus de l'Etat". Beaucoup y ont vu aussi une volonté du Kremlin de briser une ambition politique trop affirmée.
Le scandale provoqué par le livre a poussé le président Vladimir Poutine à recevoir en juin un groupe d'historiens et d'enseignants et à leur expliquer son point de vue.
Après les manuels des années 1990 qui imposaient aux Russes "un sentiment de culpabilité", les nouveaux manuels doivent inculquer aux élèves "un sentiment de fierté", avait-il déjà dit en 2003.
Au lendemain de la chute de l'URSS, "plusieurs auteurs de manuels ont touché des bourses étrangères. On les paie et ils dansent une polka ou ce qu'on leur commande", a-t-il assuré en juin.
L'historien Anatoli Outkine, auteur du chapitre sur la politique étrangère de l'URSS dans le livre contesté, raconte avoir été lui-même boursier du Fonds du milliardaire américain Georges Soros, peu après l'éclatement de l'URSS.
"La Russie comptait un million de lycéens et tous les manuels étaient démodés", se souvient-il. "Nous avons traduit des manuels occidentaux, souvent brillants mais anti-russes, ou écrit nos propres livres d'histoire en nous référant à l'Occident", dit-il.
Pour lui, "il est temps de refaire ces manuels qui présentent l'histoire soviétique comme une succession de défaites et de répressions".
Le livre incrimimé préfère souligner que "l'URSS est sortie de la Seconde guerre mondiale comme une vraie super-puissance".
"L'Etat essaie de présenter notre histoire comme un enchaînement de victoires", déplore pour sa part Evguéni Sabourov, expert de l'Institut Fédéral du développement de l'Enseignement.
Pour Nikita Sokolov, expert en manuels d'histoire, "c'est un livre de propagande qui n'a rien à voir avec notre histoire".
Pavel Daniline, l'un des auteurs du livre et politologue proche du Kremlin, juge ces critiques "infondées". "On nous reproche de ne pas présenter Staline comme un monstre. Mais c'est un manuel que nous avons écrit, pas un recueil d'idées libérales", dit-il à l'AFP.


Le Monde

Dans un article paru dans le journal «le monde », le théoricien Pierre Hassner, disciple de Raymond Aron et spécialiste des relations internationales, analyse de manière méthodique le remaniement des puissances à travers les conflits d’ordre mondial.
L’essayiste analyse le XXI èm siècle comme celui de « la puissance relative ». En effet selon lui, le monde unilatéral à domination outre-atlantique tel que nous l’appréhendons depuis la guerre froide, tend à s’éteindre peu à peu pour laisser place à une période de flottement où par de multiples facteurs la prépondérance occidentale sera moindre et en tous cas changeante.
Ces causes multiples peuvent être vulgarisées ainsi : éruption des pays tels que la Chine et l’Inde, résurrection de la Russie, apparition d’un terrorisme passionnel et omniprésence médiatique.
D’après le philosophe, ces récents bouleversements bousculent la stature des antagonismes au niveau international et tendent à délaisser les bonnes vieilles recettes de grand-mères utilisées
jusqu’alors pour réinventer toujours au risque sinon de se voir devancer par les événements.
Enfin, le penseur explique s’agissant du gouvernement russe que le «néo-fasciste » Vladimir Poutine s’avère être à la fois un partenaire, un concurrent et un adversaire (tout comme le président chinois Hu Jintao) ce qui tend à démontrer que les relations de pays à pays deviennent de plus en plus complexes et méritent une intelligence renouvelée pour que le modèle démocratique occidental n’ai de cesse d’éclairer.

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adoptée mardi une résolution alertant la communauté internationale des menaces de plus en plus nombreuses exercées en Russie contre les justiciables, faisant des recours devant la Cour Européenne des droits de l’Homme. D’après les députés européens, ces menaces sont majoritairement adressées à l’encontre des populations tchétchènes mais pas seulement.
Une illustration supplémentaire de la difficile mise en application du droit sur le territoire Russe.

(Reuters) - Menaces, enlèvements, meurtres sont autant de moyens employés en Tchétchénie pour empêcher la population de porter plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), accuse l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe dans une résolution adoptée mardi. Les pressions dont font l'objet les requérants ou leurs avocats pour les convaincre de retirer leur plainte devant la juridiction de Strasbourg, "concernent essentiellement mais non exclusivement la région du Caucase du nord de la Fédération de Russie", souligne l'Assemblée.

Dans d'autres régions de la Fédération russe, en Moldavie, en Azerbaïdjan ainsi qu'en Turquie "quoique moins récemment", le rapport pointe des cas d'intimidations ou le refus exprimé par la justice locale de coopérer avec la CEDH.
Les affaires les plus graves concernent cependant la Tchétchénie où les violences contre des civils, les disparitions ou les assassinats attribués aux forces de sécurité ont déjà valu à Moscou plusieurs condamnations.
Le rapport établi par le démocrate-chrétien chypriote Christos Pourgourides au nom de la commission des droits de l'homme relève vingt-deux cas dans lesquels des Tchétchènes qui avaient porté plainte à Strasbourg ont été victimes de pressions ou de représailles.
Des agents du ministère public, des policiers, des militaires sont mis en cause pour avoir fait pression sur des requérants, menaces de mort à l'appui, ou pour avoir procédé à leur interpellation sous des prétextes divers.
Les conséquences d'une plainte sont parfois allées jusqu'à l'enlèvement ou à l'assassinat.
"Ce n'est pas une attaque lancée contre la Fédération de Russie. Les magistrats russes souhaitent changer les choses", a pris soin de préciser, lors du débat, le Néerlandais Erik Jurgens, au nom du groupe socialiste.
Se gardant de toute condamnation, l'Assemblée "regrette" que le comité des ministres du Conseil de l'Europe ait jusqu'à présent "omis" de s'intéresser au problème et l'invite à adresser une "recommandation" aux Etats membres pour que ceux-ci protègent les requérants.

Au lendemain de l’annonce par Vladimir Poutine d’un possible avenir de premier ministre, les réactions dans la presse et dans la sphère polutique internationale ont été nombreuses…
Condoleezza Rice a déclarée, dans une interview accordée au New York Post, ne pas douter de Vladimir Poutine lorsqu’celui-ci assure ne pas vouloir changer la constitution mais suppute l’existence réelle d’un contre-pouvoir efficace et s’inquiéte de la « concentration des pouvoirs au Kremlin »
Bernard Kouchner, le ministre français des affaires étrangères, s’exprimant sur cette affaire ce matin lors d’un entretien accordé à Europe 1, a défini la démarche de Vladimir Poutine comme «originale».
Quant à Gary Kasparov, fraîchement élu par ses pairs pour représenter l’ Autre Russie, il n’a pas manqué de préciser que "la société sera la proie d'un peu moins d'illusions. Les choses sont désormais plus claires quant à la façon dont Vladimir Poutine va se maintenir de facto au pouvoir. Un nouveau système politique est en train de prendre forme, plus proche d'une dictature à parti unique."
Les journaux russes n’ont pas manqué de commenter cette surprenante décision : "Vladimir Poutine vient de mettre un terme au plus insoutenable suspense politique de la Russie contemporaine, esquissant par la même les contours de l'avenir du pays", peut-on lire dans le quotidien Nezavissimaia Gazeta.
Le journal d’opposition Moskovski Komsomolets est pour sa part beaucoup moins neutre symbolisant le désarroi de toute l’opposition russe: "Jusqu'à présent, la présence au pouvoir de Vladimir Poutine était limitée par des cadres temporels évidents. En faisant sauter ces cadres, Poutine se retrouve de fait prisonnier du pouvoir. Tout dépend désormais exclusivement de son désir. Car, pour ce qui est des gens, ce sont comme chacun sait des êtres faibles… Certes, Poutine étant un virtuose des combinaisons politiques inattendues, cette analyse pourrait s'avérer incorrecte. Mais, il y a peu de chances. Poutine, c'est pour toujours. Cette formule semble aujourd'hui caractériser le mieux notre nouvelle réalité politique."

Selon le journal « Le Monde » 17 opposants à Vladimir Poutine ont été arrêtés par la police alors qu’ils déposaient leurs listes à la commission électorale pour le vote législatif de décembre.
Ces arrestations font suite à la désignation par L'Autre Russie de Gary Kasparov comme candidat aux prochaines élections présidentielles.
Lire l'article.

D'autre part des jeunes bandes pro Kremlin ont fait actes de violences contre les opposants du régime comme en témoigne ces images édifiantes filmées par l'agence Reuters.


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L’autre Russie aujourd'hui c’est lui : Gary Kasparov. Génie né à Bakou en 1963, sacré champion du monde des échecs en 1975 cet esprit fertile féru de liberté a depuis 2004 ordonné peu à peu ses pions sur l’échiquier politique russe.
L’immense joueur, opposant au pouvoir actuel de Vladimir Poutine, vient d’être désigné par les membres du parti « l’autre Russie » comme le prétendant aux prochaines élections présidentielles de 2008.
Échec et mat pour les autres postulants ! Désigné à 379 voix sur 494 Kasparov a mis a rude épreuve les cinq autres favoris dont faisait notablement parti Mikhaïl Kassianov l’ancien Premier ministre et Viktor Guerachtchenko hier président de la banque centrale Russe.
Une partie s’achève et une autre commence, Gary Kasparov doit maintenant convaincre. Crédité à trois pour cent des voix seulement, il devra à la fois séduire son peuple, se méfier des coups bats et passer outre les désaccords de son propre parti pour rassembler et ainsi multiplier les chances de vaincre, non pas sur un échiquier comme il en a l’habitude mais dans les urnes ;
Kasparov, très médiatisé depuis quelques mois, devrait bientôt être en France pour présenter son livre La vie est une partie d'échecs qui sort le 17 octobre en librairie.
Le Courrier international

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Vladimir Poutine a déclaré aujourd'hui qu'il conduirait la liste du parti Russie Unie aux législatives de décembre.
Poutine semble depuis quelques semaines préparé sa succession au pouvoir. Après avoir nommé un premier ministre pour le moins conciliant en la personne de Victor Zoubkov qui n'a pas manqué de répéter qu'il envisageait de briguer la présidence, c'est aujourd'hui au tour de Poutine de déclarer qu'il serait "parfaitement réaliste" qu'il devienne premier ministre. Le régime Russe étant proche du régime français, pourrait on imaginer Jacques Chirac encore président de la République, envisager de devenir à la fin de son mandat, premier ministre? Ce qui parait completement invraisemblable en France est en train de devenir serieusement envisageable en Russie.