La vraie campagne (électorale)
Yulia Latynina - The Moscow Times
Mercredi 12 septembre 2007 page 8
Les partis sont tous prêts pour la prochaine saison de campagnes (électorales). Je ne parle pas de ceux qui sont déjà en lice pour les élections rendues officielles par le décret du Président Vladimir Poutine paru dans “ Rossijskaya Gazeta ”, mais de partis plus importants: ceux qui font des campagnes permanentes pour gagner de l’argent et du pouvoir.
La court fédérale Tverskoi de Moscou, a, par exemple, gelé les actifs de la compagnie pétrolière Russneft le 9 août. Pourquoi ? Deux personnes tentent de mettre la main sur Russneft : Igor Sechin, chef adjoint de l’administration présidentielle et président de la compagnie pétrolière publique Rosneft, et Oleg Deripaska, le magnat proche du Kremlin, à la tête de la holding Basic Element. Avec la bénédiction de Poutine, Derispaska veut racheter Russneft.
Ensuite, Derispaska revendrait vraisemblablement Russneft à l’Etat. Alors pourquoi geler les actifs ?
Une des raisons invoquées serait si l’un des adjoints du premier ministre, Dimitry Medvedev ou Sergei Ivanov, devenait Président: Derispaska pourrait faire machine arrière et revendre Russneft à une entreprise contrôlée par Sechin. Empêcher Deripaska de vendre après les élections pourrait diminuer l’influence politique de Sechin.
Cette analyse suggère que la bataille autour de Russneft n’est pas seulement de nature commerciale. C’est l’influence politique de personnes au sein du cercle de Poutine qui est en jeu; une influence qui se mesure en milliards de dollars.
Il y a eu également l’arrestation de Vladimir Barsukov, un riche homme d’affaires et peut-être ancien patron de la pègre, en août dernier à St Petersbourg. La ville mérite son surnom de “ capitale du crime ”, non seulement parce qu’elle est pleine de bandits, mais car ces bandits comptent parmi eux l’élite politique et du milieu des affaires. A en juger par la composition du groupe qui a orchestré l’arrestation de Barsukov, cela ressemble à une victoire majeure pour Sechin et ses alliés contre le clan de ses ennemis.
Non seulement des entreprises mais aussi des régions entières sont ainsi : Poutine a installé un gouverneur qui a des relations avec Gazprom dans la région de Sakhaline et un autre qui a des liens avec Rosoboronexport, l’exportateur d’armes, monopole d’état, dans la région de Samara.
De nouvelles entreprises d’Etat sont créées en hâte, avec de confortables avantages et privilèges pour leurs dirigeants. Poutine confie ces entreprises d’Etat à ses amis au même rythme que la Grande Catherine distribuait ses biens.
Personne ne sait qui sera le successeur de Poutine mais tout le monde comprend que sous n’importe quel successeur, il y aura un changement fondamental dans la répartition des biens et du pouvoir. Avant cela, chaque clan du Kremlin essaie d’empocher autant d’actifs de source privée ou publique que possible, acquérant ceux saisis par le gouvernement dans l’espoir que cela s’ajoutera à leur poids politique – mesuré en milliards de dollars. Ainsi, quel que soit le nouveau président, il devra composer avec cette force imposante capable d’écraser, d’acheter et même de détruire.
Les dirigeants des partis officiels, comme “ A Just Russia ”, Sergei Mironov et “ United Russia ” Boris Gryzlov, n’ont plus leur place dans les campagnes aux enjeux importants, tout comme ces femmes du XIXème siècles vêtues de façon voyante dans les bals des palais pendant la bataille d’Austerlitz.
Il faut comprendre que la Douma est devenue inutile : non seulement parce qu'elle n’inclut pas de partis d’opposition mais aussi parce que les clans puissants n’y font pas leurs affaires. S’étant enrichis et ayant acquis leur statut clandestinement, ils détestent la publicité – même s'ils sont aussi présents à travers les partis qu’ils ont mis dans leur poche. United Russia ne décidera pas si Rosneft aura le contrôle de Russneft. De même, Mironov ne déterminera pas si Rosoboronexport se portera acquéreur de Magnitogorsk Iron et de Steel Works.
Si vous voulez connaître le véritable paysage politique du pays, ne regardez pas vers la Douma. Il vaut mieux se tourner vers ceux qui ont été récemment emprisonnés à Lefortovo ou dont les condamnations sont passées par la cour fédérale Basmanny de Moscou.
Yulia Latynina anime une émission politique sur la radio Ekho Moskvy.

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