Le temps des mains tendues et de la franche amitié franco-russe serait elle révolue ?
Depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner, la diplomatie française se démarque de plus en plus de celle de ses prédécesseurs.
Le Monde sous la plume de Nathalie Nougeyrede analyse dans un éditorial les enjeux de la future visite de Nicolas Sarkozy à Moscou.
La France et la RussieLe Monde- Avant même la visite officielle que Nicolas Sarkozy doit faire à Moscou au mois d'octobre, un constat s'impose : les relations ont changé entre la France et la Russie. L'heure n'est plus à l'amitié, voire à la complicité, qui liait Jacques Chirac et Vladimir Poutine.
Ce changement tient à deux facteurs. D'abord, la relève politique à Paris. Le nouveau président de la République n'a pas pour la Russie la fascination, mélange d'admiration et de crainte, de son prédécesseur. Avant son élection, il avait annoncé vouloir mettre la défense des droits de l'homme au coeur de sa politique étrangère. Il avait semblé tempérer son ardeur après sa première rencontre avec M. Poutine, au sommet du G8, mais, devant les ambassadeurs français réunis à Paris, il n'a pas hésité à parler de la " brutalité " de l'attitude russe, en particulier dans le domaine énergétique.
Avant d'arriver au Quai d'Orsay, Bernard Kouchner était connu pour ses positions critiques à l'égard du pouvoir poutinien. Il n'a pas changé depuis qu'il est ministre. Lors de son récent passage à Moscou, il a rendu visite au journal Novaïa Gazeta, où travaillait Anna Politkovskaïa, assassinée l'année dernière, et il a reçu publiquement les ONG qui sont dans le collimateur du Kremlin. M. Kouchner a beau donner du " mon ami Sergueï " à M. Lavrov, son collègue russe, ces gestes tranchent avec la volonté affichée jusqu'alors par la diplomatie française de ne pas peiner - on disait " humilier " - les autorités russes.
Le second facteur est dû à la multiplication des divergences de fond. Sur le Kosovo, dont les Russes rejettent l'indépendance, sur l'Iran, contre lequel Moscou refuse d'imposer de nouvelles sanctions, et sur beaucoup d'autres sujets, les positions se sont éloignées. Les petites ouvertures tentées par Paris n'ont pas été payées de retour. Un général russe vient même de ressortir une vieille revendication du temps de la guerre froide : l'inclusion de la force de dissuasion française dans l'arsenal occidental, en cas de nouvelles négociations sur la limitation des armements.
Il est cependant un domaine où les positions françaises pourraient trouver quelque écho favorable à Moscou. Il s'agit de l'élargissement de l'OTAN. Les Américains font pression pour que, après les Baltes, d'autres Etats de l'ex-URSS soient acceptés dans l'organisation militaire atlantique, et en premier lieu la Géorgie. La Russie juge cette perspective inacceptable et elle peut compter sur les réticences de la France - entre autres - pour freiner le processus d'adhésion.
C'est un des rares points où les intérêts de Paris et de Moscou paraissent aujourd'hui converger. M. Sarkozy devra donc montrer une grande habileté pour mener avec M. Poutine un dialogue sans concession. L'exemple d'Angela Merkel devrait l'encourager.
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