Cette semaine, au milieu des nouvelles bien plus dramatiques de Pricewaterhouse Coopers en Russie, j’ai participé à deux différentes conférences sur l’énergie à Madrid et à Bruxelles. Cela m’a donné l’occasion d’échanger des idées avec des personnes très intéressantes, y compris avec des experts auto-proclamés du « peak oil ».
J’épargnerai aux lecteurs de mon blog le récit fastidieux de toutes les sessions mais je pense qu’il serait très utile de rendre compte de quelques commentaires des professionnels du pétrole puisque cela concerne la Russie, d’autant plus que ces sujets ont été repris récemment dans de nombreux medias.
Les “évangélistes du Peak Oil” ne sont pas étrangers à la controverse, comme j’ai pu le constater à Madrid et à Bruxelles. On compte parmi eux l’érudit, ou autres analystes en énergie crédibles et sensés, et à l’extrême inverse : tous ceux qui crient à la conspiration et qui annoncent la fin du monde tel que nous le connaissons. Considérant cela et le fréquent débat sur le changement politique que pourrait entraîner une crise du pétrole en Russie, je me suis intéressé à ce que pouvaient m’apporter mes collègues.
La célèbre citation de Sheik Yamani, ancien ministre du pétrole d’Arabie Saoudite : l’âge de pierre ne s’est pas terminé par manque de pierres, et l’âge du pétrole prendra fin bien longtemps avant que le monde soit à cours de pétrole ». L’état de dépendance actuelle de notre société aux ressources fossiles est un défi d’une échelle sans précédent, et sera déterminé dans une certaine mesure par une combinaison complexe de forces géopolitiques. Par exemple, nous avons ressenti le phénomène du nationalisme des ressources, qui, nous le savons déjà, réduira la production tout en essayant d’exploiter des prix plus élevés pour les «rentiers»du gouvernement. En même temps, ces mêmes nationalistes des ressources se heurtent aux limites imposées par le changement de climat dans le futur - un phénomène qui, avec une cruauté presque divine, aura davantage d’impact sur les pays émergeants que sur les pays développés.
Cette situation conduit à une douloureuse dialectique. Les mêmes autocrates qui sont engagés dans l’expropriation systématique des actifs, auront besoin d’énormes sommes de capitaux dans leurs infrastructures instables, tout en continuant de rendre l’investissement de moins en moins intéressant. Le second aspect de cette dialectique est la nécessité des marchés émergeants de se tourner vers l’énergie alternative ce qui pourrait, paradoxalement, réduire la valeur de leurs énergies fossiles. Poutine et Chavez peuvent jouer les Don Quichottes contre les moulins à vent dans leur esprit mais ils sont terrifiés par les vrais.
De plus, le contrôle étatique croissant sur les ressources naturelles inspire des hommes comme Poutine et Chavez à rejeter et dénoncer le caractère ouvert de la structure économique globale et à chercher à fonder une “nouvelle architecture” qui valorise la recherche de «rentes» ainsi que l’opacité et qui tolère au moins la corruption et l’autocratie.
Ce but constitue un défi direct pour l’Europe et nous devons être encouragés par le fait que le nouveau traité de réforme approuvé le week-end dernier comprenne des passages tels que celui-ci : “Dans ses relations avec le reste du monde, l’Union affirme et promeut ses valeurs et ses intérêts. Elle contribue (…) à la protection des droits de l’homme (…) ainsi qu’au respect et au développement du droit international…”
On peut donc affirmer que ce nouveau traité de réforme souligne l’expression clairement affichée des valeurs essentielles sauvegardées au sein de la Convention européenne et de la Charte des Droits fondamentaux de l’Union Européenne. Ces valeurs constituent la base de l’antidote le plus important contre le virus géopolitique du « Peak Oil ».
Il est impératif que les nations importatrices d’énergie commencent à exiger que leurs fournisseurs suivent les règles et s’engagent à entretenir des relations structurées, justes et équitables dans le commerce d’énergie, au lieu de légitimer la « nouvelle architecture financière » d’impunité et d’autocratie, comme nous l’avons vu faire par BP en Russie.
Mettre en avant les valeurs et les principes en politique extérieure est l’une des seules solutions pour écrire les derniers chapitres de l’âge du pétrole, avec moins de turbulences que le chaos et le conflit vers lesquels nous nous dirigeons actuellement.
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